« New York, ce soir, vous avez donné un mandat pour le changement, un mandat pour une nouvelle forme de politique, un mandat pour une ville à la hauteur de nos espérances et un mandat pour un gouvernement qui répondra exactement à ces attentes », a-t-il déclaré en montant sur scène après l’annonce des résultats. Mais le plus marquante reste cette formule, telle une déclaration de guerre : « Alors Donald Trump, puisque je sais que vous regardez, j’ai quatre mots à vous dire : montez le son ! ».
Zohran Mamdani a écrasé ses concurrents dans la course à la mairie de la ville, battant facilement son principal adversaire, l’ancien gouverneur Andrew Cuomo, un démocrate se présentant en tant qu’indépendant, et le candidat républicain Curtis Sliwa. Mandami a été déclaré vainqueur, devançant M. Cuomo, à 50,4 % contre 41,6 % et M. Sliwa à 7,1 %.
Ce jeune socialiste a fait campagne sur un programme visant à geler les loyers, à ouvrir des épiceries gérées par le gouvernement et à étendre les services gratuits pour les habitants de la ville — le tout financé, a-t-il promis, par de nouvelles augmentations substantielles des impôts sur les entreprises et les plus riches. Pratiquement inconnu en politique il y a encore quelques mois, Zohran Mamdani est désormais en passe de devenir l’un des démocrates les plus en vue du parti et le plus jeune maire de New York depuis des générations. Son projet de diriger l’une des plus grandes cités du monde vers le socialisme a rendu les dirigeants du Parti démocrate nerveux, tandis que l’aile gauche applaudit sa promesse de réduire le coût de la vie pour les habitants à faibles revenus.
Priorité à la classe ouvrière
« C’est un programme », déclare le nouveau maire de la grosse pomme « qui placera enfin les New-Yorkais de la classe ouvrière au cœur de notre politique, une place qu’ils n’ont pas occupée depuis un certain temps ». Alors que le parti est en proie à une lutte interne sur son orientation politique, la victoire de Mamdani et ses idéaux anticapitalistes le propulsent à une position très en vue au sein de ceui-ci.« Il sera le leader d’un nouveau parti », annonce Hank Sheinkopf, stratège démocrate de la ville de New York. « On peut l’appeler les démocrates, mais il s’agit en réalité de socialistes démocrates. » Une perspective socialiste qui détonne au sein du pays qui s’est fait le champion du capitalisme, soulignant la véritable bombe que représente cette victoire électorale.
Ce qui n’a pas échappé aux électeurs du nouvel édile, affirmant que la ville est devenue trop chère et ne fait pas grand-chose pour aider les sans-abri souffrant de troubles mentaux.
« Je voudrais un maire qui se soucie davantage des gens et qui puisse aider à trouver comment rendre la ville meilleure et plus solidaire », a ainsi déclaré Daphne, une agente immobilière de 49 ans originaire de Brooklyn arborant un badge Zohran. « Je n’ai pas peur du socialisme. Je pense que nous en avons assez du capitalisme et qu’il est allé trop loin. »
Pas l’unanimité au sein du parti
Néanmoins, en dehors de New York, peu de démocrates se réjouissent. Au contraire, ibeaucoup prennent leurs distances avec Mamdani et sa base de partisans. « Ce n’est pas mon élection », déclare le sénateur John Fetterman, démocrate de l’État clé de Pennsylvanie, lors d’une interview donnée au Capitole. « Cela n’aura pas d’impact sur ma vie, et je ne pense pas — espérons-le — que cela aura un impact sur l’avenir de notre parti non plus. »
Les dirigeants du parti se sont en effet efforcés de garder Mamdani et son programme socialiste à distance, alors qu’ils s’efforcent de regagner suffisamment d’électeurs de plus en plus volages pour reconquérir la majorité à la Chambre et au Sénat lors des élections de mi-mandat de 2026.
Le leader démocrate au Sénat, Charles E. Schumer, pourtant représentant de la ville de New-York, a quant à lui refusé de soutenir Mamdani, après sa victoire aux primaires démocrates de la ville. Le patron des démocrates, en minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, qui représente une partie de Brooklyn, a, lui, apporté un soutien, mais bien tiède et de dernière minute au nouveau maire de New-York. A la question de savoir si ce dernier incarnait l’avenir du parti démocrate, Jeffries a sèchement répondu : « Non ».
De leur côté, les républicains, sont impatients de faire de Mamdani leur nouvelle cible. Si son programme semble parler au cœur de la base progressiste de la ville, les chefs d’entreprise et certains obsservateurs ont averti que ses augmentations d’impôts, associées à ses politiques dites socialistes, provoqueraient un exode et détruiraient la capitale financière des États-Unis.
« Nous surveillons de très près la ville de New York », déclarait le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, républicain de Louisiane. « Chuck Schumer et Hakeem Jeffries font de même. Ils sont terrifiés à l’idée que des marxistes prennent le contrôle de leur parti, et les événements d’aujourd’hui pourraient bien prouver que c’est le cas. » Entre autres mesures, Mamdani souhaite créer un département de la sécurité communautaire pour traiter les appels non violents au 911 et ajouter davantage de programmes de « diversité » et de « libérations surveillées » afin de réduire la population carcérale.
La victoire de Mamdani vient galvaniser l’aile gauche du Parti démocrate, ce dernier ayant reçu le soutien de figures de proue, comme Bernie Sanders, socialiste du Vermont, ou Alexandria Ocasio-Cortez, démocrate représentant une partie du Queens. La gouverneure de New York, Kathy Hochul, a également apporté son soutien à M. Mamdani, bien qu’elle n’ait pas adhéré à son projet d’augmenter le taux d’imposition des sociétés de la ville à 11,5 % et d’imposer une surtaxe de 2 % aux millionnaires.
Le président Trump a lui menacé de retirer le financement fédéral à la ville si Mamdani remportait les élections et mettait en œuvre son programme, ne manquant pas d’ajouter que toute personne qui vote pour Mamdani « est stupide ». Le soutien de dernière minute apporté par Trump au candidat indépendant Andrew Cuomo n’a pas vraiment aidé l’ancien gouverneur, qui espérait faire son retour sur la scène politique mardi.
Qui est Zohran Mamdani ?
Né le 18 octobre 1991 à Kampala, Zohran Mamdani, malgré son statut de quasi-inconnu il y a encore quelques mois, n’est pas vraiment un enfant du caniveau. D’origine indienne sud-asiatique, avec une forte imprégnation africaine due à sa naissance et son enfance en Ouganda, Zohran Mamdani se définit lui-même comme à la fois « asiatique » et « noir ou afro-américain », soulignant « l’intersectionnalité » d’une identité multiculturelle à souhait. Il détient la double nationalité américaine et ougandaise. Son père, Mahmood Mamdani, issu de la communauté musulmane khoja (une caste marchande chiite twelver originaire du Gujarat et du Sindh, aujourd’hui au Pakistan et en Inde occidentale), est professeur à l’Université Columbia et spécialiste du colonialisme et des études africaines.
Sa mère, Mira Nair, réalisatrice américano-indienne oscarisée, issue d’une famille punjabi hindoue, est connue pour des films comme Monsoon Wedding et The Namesake, mettant en scène les thèmes de la diaspora et de la migration.
Pour financer sa campagne électorale, le candidat Mamdani a reçu des fonds de la part de la fondation Open Society de George Soros (dirigée par son fils Alex depuis 2023), par le biais de multiples associations et groupes, comme le Working Families Party (WFP) et d’autres organisations qui ont endossé et soutenu la campagne de Mamdani, pour un montant d’un peu plus de 37 millions de dollars entre 2016 et 2025. Un rapport datant d’octobre 202511 allègue un total de 40,9 millions de dollars canalisés vers six organisations liées à Soros, toutes ayant soutenu Mamdani et déployé des opérations de terrain (un massif porte-à-porte), par le biais de la Jewish Voice for Peace Action (JVPA)2. Ces fonds proviendraient de dons caritatifs détournés vers des activités politiques, potentiellement en violation des lois fiscales fédérales américaines (des plaintes ont été déposées auprès de l’IRS). Le maire sortant de New-York, Eric Adams, rappel que Mamdani a beau jeu de critiquer les milliardaires, tout en bénéficiant de leurs réseaux3. Mamdani rétorque en expliquant que sa campagne est surtout financée par de petits dons (plus de 244 000 dollars en une journée en septembre 2025 via des contributions individuelles), mais les super PAC comme New Yorkers for Lower Costs (1,3 million de dollars dépensés pour lui) reçoivent aussi des fonds indirects liés à des organisations Soros.
Une élection retentissante, qui va faire parler, accentuant un peu plus la polarisation à l’extrême du jeu politique américain, et plus globalement, celui de tous les pays occidentaux.
- From Soros Foundation to Mamdani’s Mayoral Campaign: Following the Money Through the Circular Funding Machine ↩︎
- Explosive report claims a network of charities connected to George Soros funneled $40M to support Zohran Mamdani’s political rise in tax-dodging scheme ↩︎
- George Soros funneled $37M to Working Families Party, other lefty groups backing Zohran Mamdani ↩︎




