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Victoire de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle : un scénario vraiment impossible ?

Selon la (quasi) totalité des commentateurs, des experts et autres spécialistes divers et variés squattant jour et nuit les colonnes des journaux, les studios de radio et les plateaux télé, l’accession de Jean-Luc Mélenchon à la magistrature suprême lors de l’élection présidentielle d’avril-mai prochain est impossible. En effet, celui-ci serait, à la lecture de tous les derniers sondages réalisés, systématiquement battu au second tour, quelle que soit la configuration, et même très largement si son opposante est Marine Le Pen. Pour Xavier Eman, cet enterrement des espérances du grand Timonier de la nouvelle France est un peu rapide.

Tout d’abord, les sondages, c’est un peu comme les promesses électorales, ça n’engage que ceux qui y croient. Quant à ceux qui les réalisent, sur commande grassement rémunérée, et qui se sont si souvent trompés, ils ont toujours, après coup, d’excellentes, doctes et savantes explications pour justifier leurs erreurs.

D’ailleurs, on pourra noter que, fort curieusement, la confiance envers les instituts de sondage et leurs productions grandit parallèlement à la pente ascendante des chiffres d’intentions de vote qu’ils vous accordent. Jadis odieux instruments de manipulation de l’opinion, aux ordres de forces obscures voulant fausser les élections, ils deviennent soudainement, dès lors qu’ils vous sont favorables, d’impeccables, honnêtes et fiables, « instantanés de la volonté populaire » dont on peut s’enorgueillir et se féliciter.

Les français ont la mémoire courte, on le sait. Les partis politiques aussi. Ainsi, le RN, qui, du temps du FN, était systématiquement sous-évalué dans les sondages, pour diverses raisons mais notamment le fait que, étant « diabolisés », caricaturés et insultés quotidiennement dans les médias, les sondés rechignaient souvent, même dans un anonymat relatif, à avouer leur inclination pour le parti à la flamme tricolore. Ne peut-on pas raisonnablement imaginer qu’il en soit de même aujourd’hui, dans certaines catégories de population, quand il s’agit d’assumer leur intention de vote pour LFI, parti qui a récupéré le totem suprême de l’abomination via l’accusation infamante et socialement létale « d’antisémitisme » ?

Le « théâtre antifasciste » n’a pas dit son dernier mot

Par ailleurs, on sous-estime, me semble-t-il, considérablement, la puissance persistante et la capacité de mobilisation et de persuasion du « mythe antifasciste » notamment auprès des plus jeunes électeurs, totalement incultes et acculturés, qui beuglent « No Pasaran » avec la même conviction hystérique pour réclamer davantage de frites à la cantine ou pour dénoncer l’interdiction du téléphone portable au sein des établissements scolaires… Bien qu’il ait été dénoncé par ses propres créateurs, de Lionel Jospin à Julien Dray, le grand cirque « antifa » conserve une grande force symbolique et morale. Il a échappé à ses maîtres, devenant un golem autonome, incontrôlable, une entité abstraite mais obsédante et surplombante, hallucinogène, permettant à n’importe quel petit bourgeois émasculé par le confort, le shit et les jeux vidéos, de se prendre pour un nouveau Jean Moulin sans autre risque, dans (vraiment) le pire des cas, qu’un coup de gazeuse ou un rappel à la loi après le pillage « anticapitaliste » d’une boutique Lacoste… Les enfants des acteurs post-soixanthuitards ont pris au sérieux le rôle tragi-comique de leurs parents et se confondent désormais avec celui-ci.

Même au-delà de cette jeunesse endoctrinée et militante, on ne mesure pas assez les ravages et les conséquences, parfois inconscientes, de plus de 50 ans de bourrage de crâne, de culpabilisation, d’amalgames et de mensonges associant toute victoire d’un parti patriote et plus particulièrement du FN/RN à un retour des terrifiques et fantasmatiques « années les plus sombres de notre histoire ». Plus personne n’y croit vraiment mais tout le monde a néanmoins une petite boule au ventre en y pensant. « Et si jamais ? Si c’était vrai ? Comment pourrais-je me pardonner d’avoir participé à cela ? Et que dirait papy qui était au maquis et oncle André qui a fait le STO ? »

Le lavage de cerveau a été diablement efficace, n’en doutons pas, et la grande mobilisation des « castors » ne manquera pas de se réaliser une nouvelle fois, d’autant plus que le « danger » d’un basculement est, pour la première fois, véritablement possible et plausible.

Quant à la crainte, chez les « braves gens », des émeutes et des violences de rue des milices d’ultra-gauche mêlées aux racailles des cités, dans quel cas ont-elles le plus de chance de se déchaîner avec la plus extrême intensité ? Avec un Jean-Luc Mélenchon contrôlant et « tenant » ses troupes et ses affidés pour asseoir son nouveau statut de chef de l’État, ou avec le même, vaincu, les excitant à la résistance et les lançant à l’assaut d’un nouveau pouvoir « fasciste » marino-bardellien ? Ainsi, le « vote de la peur » pourrait aller dans un sens inattendu.

Les « riches » ont-ils vraiment peur du grand méchant Mélenchon ?

Oui, mais « la bourgeoisie ne votera jamais LFI ! » et « le Medef appellera à faire barrage au bolchévisme ! »  répète-t-on à l’envi à droite. Le bourgeois apeuré pour son portefeuille et le magot de bonne-maman investi en SICAV serait ainsi prêt à tout pour empêcher une victoire du suppôt du communisme honni. Vraiment à tout, même à glisser un bulletin « Le Pen » dans l’urne du second tour. Rien n’est pourtant moins sûr…

Prenons le Medef, par exemple, son désir de naturalisation massive des travailleurs clandestins œuvrant dans les métiers dits « en tension » tout comme sa soif de nouvelles vagues migratoires lui fournissant une main d’œuvre corvéable à merci sont tout à fait compatibles avec le programme LFIste sur ces questions. Pour les deux, les hommes ne sont que des variables d’ajustement de l’économie.

Certes, certains patrons et entrepreneurs agitent le chiffon rouge de « l’exil » économique, fiscal et même physique en cas de victoire de Jean-Luc Mélenchon, celle-ci entraînant immédiatement, selon eux, une crise de majeure de l’investissement, mais les mêmes critiquent tout aussi radicalement le programme économique du Rassemblement national, jugé « socialiste ». Pourquoi alors voteraient-ils davantage pour le second plutôt que pour le premier qui, au moins, leur assurera les approvisionnements en main d’œuvre immigrée qu’ils réclament ? Par ailleurs, faut-il prendre davantage au sérieux ces « menaces » que celles des (plus ou moins) « vedettes » de la musique ou du cinéma – du subclaquant Renaud au fils indigne Anthony Delon en passant par Alain Souchon et Enrico Macias – qui promettent avant chaque échéance électorale de priver la France de leur si précieuse et rayonnante présence ainsi que de leur fantastique et irremplaçable talent ?

Il est également probable que les milieux d’affaires ne sont pas dupes des bravades et des rodomontades du Lider maximo de la France insoumise, sachant pertinemment, que, même élu, il ne pourra pas faire ce qu’il veut, qu’il est notamment tenu par les traités européens et internationaux et que la France exsangue financièrement n’est plus libre de sa politique économique.

On se souvient notamment du précédent grec, lorsqu’à peine quelques mois après l’arrivée au pouvoir du parti de gauche radicale Syriza, dirigé par Alexis Tsipras et élu sur un programme radicalement anti-austérité, l’Union Européenne et ses créanciers ont sifflé la fin de la récréation et imposé leur propre programme, mettant à genoux les « gros durs » de la coalition d’extrême-gauche. Certes la France, même largement vacillante, reste une puissance plus conséquente que la Grèce, mais il serait bien présomptueux de ne pas prendre en compte cet épisode historique où, une fois encore, la volonté populaire a été écrasée par l’alliance de la technocratie bruxelloise et de l’oligarchie mondialiste.

On pourrait également imaginer un autre scénario, intermédiaire, où le pouvoir financier laisserait le champs libre aux délires LFIstes en matières sociétales, éducatives et culturelles tout en conservant ses prérogatives sur l’économie, Jean-Luc Mélenchon et ses lieutenants pouvant se dédouaner de leur incapacité en ce domaine sur la « puissance intouchable d’un système capitaliste mondialisé tenu par une oligarchie fasciste que seule une révolution mondiale pourra mettre à bas… »… etc.

Dans tous les cas, les véritables « riches », les très grandes fortunes apatrides et spéculatives, savent qu’elles n’ont rien à craindre de la logorrhée prétendument « anticapitaliste » de Jean-Luc Mélenchon dont les velléités « révolutionnaires » feraient aussi long feu que les espérances du programme commun de 1981, s’il entrait à l’Élysée. Seules les classes populaires, moyennes et moyennes supérieures du peuple historique auraient du souci à se faire, étant les seules à sa portée, les seules pouvant être encore un peu plus pressurées pour financer l’assistanat xénophile généralisé.

Pour les derniers vestiges de la France traditionnelle, populaire, laborieuse et enracinée, ce serait évidemment la pire des doubles peines, mais cette perspective n’a, hélas, rien d’un scénario de science-fiction. « L’imprévu dans l’histoire », cela ne fonctionne pas toujours dans le sens que l’on espère…

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