On savait, depuis le premier mandat d’Emmanuel Macron, que « la culture française n’existe pas. » Désormais, il nous explique que la France et son peuple historique n’existent guère plus. D’où la création envisagée d’un Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas, à l’approche du sommet Africa Forward, qui devrait se tenir les 11 et 12 mai prochain à Nairobi, au Kenya. But de la manœuvre ? « On veut mobiliser nos diasporas encore davantage. Le partenariat africain est une clef. » Parmi les personnalités pressenties pour ce nouveau comité Théodule ? Le footballeur Liliam Thuram et le judoka Teddy Riner. Petit problème, ces deux sportifs, Guadeloupéens de naissance, sont donc français depuis 1635. À ce pince-fesses, seraient encore conviés Najat Vallaud-Belkacem. Ayant été ministre de l’Éducation nationale de 2014 à 2017, elle n’a manifestement eu besoin de personne pour se hisser au plus haut de l’échelle sociale. Quant à ses origines, à la fois marocaines, espagnoles et algériennes, même si elle a vu le jour en France, on voit mal en quoi elles peuvent la qualifier pour représenter la France au Kenya. Idem pour Christiane Taubira, née en Guyane – c’est-à-dire en France, une fois de plus –, Garde des Sceaux de 2012 à 2016 ; pas spécialement à plaindre en matière d’ascension sociale. Pareillement, on se perd en conjectures sur les possibles promotions de l’écrivain haïtien Dany Laferrière et de Simeng Wang, sociologue née à Wuhan, en Chine, dont les rapports avec le continent africain semblent être des plus ténus. Et, pour couronner le tout, Isabelle Giordano est elle-aussi évoquée. En raison, sans doute de ses origines guadeloupéo-italiennes. Quel pilpoul. Car à ce compte, on aurait également pu penser à Jordan Bardella et à sa lignée, italo-algérienne. Un oubli, sans doute. Au fait, à propos de « diasporas », quid de nos Corses, nos Juifs, nos Bretons, nos Auvergnats ? Emmanuel Macron ne le dit pas.
Indignations républicaines…
Très logiquement, Henri Guaino s’insurge sur BMFTV, ce dimanche 11 janvier, rappelant, en bon républicain qu’il est, que la France est « une et indivisible », mantra qui vaut ce qu’il vaut, mais qui ne dénote pas dans sa bouche. Tout comme est parfaitement logique sa défense de la méritocratie et de l’assimilation républicaines. Pierre-Romain Thionnet eurodéputé RN et proche du Bardella plus haut cité, est encore plus direct dans ce communiqué : « Abominable. Et dire que l’on entend des propos malveillants et malhonnêtes prétendant que rien ou plus guère ne nous différencieraient de Macron : mais TOUT nous oppose à lui et à son idée de la France, du peuple français, de notre culture et de notre civilisation. » Emballé, c’est pesé.
En effet, le plus grave dans cette affaire, c’est qu’au-delà du besoin quasi pathologique d’Emmanuel Macron de perpétuellement se raccrocher aux branches en inventant de nouveaux bidules plus ou moins « disruptifs », comme on dit à Sciences-Po ; il est en train de piétiner ce « fameux pacte républicain », dont on ne connaît d’ailleurs pas l’exacte teneur et encore moins qui l’a signé, dont il se goberge en permanence. Enfin, si l’on a bien compris, il s’agirait de classer les Français en raison de la couleur de leur épiderme et du sang qui coule dans leurs veines. On a vu mieux, comme combat progressiste.
Black mic-mac à LFI…
Mais là où ça devient de plus en plus jubilatoire, c’est de voir l’Élysée concurrencer La France insoumise dans sa propre chasse gardée : cet antiracisme échevelé commençant à ressembler de plus en plus bigrement à un racisme totalement décomplexé. Comme si Macron, avec sa culture française qui « n’existe pas », mettait tout en œuvre pour donner raison à un Mélenchon assurant que sa « nouvelle France » serait « créole » ou ne serait pas. Mais, à ce petit jeu, on n’est pas toujours sûr de gagner. Car malgré leurs efforts déployés, les leaders d’opinion mélenchonistes et écologistes, demeurent majoritairement blancs. La preuve en est que le 5 mars 2022, la pétulante Sandrine Rousseau, ancienne porte-parole de EELV, se lamente en ces termes et à propos de son propre parti politique : « Ça me déprime de faire de la politique dans des groupes du Ku Klux Klan. Je veux faire de la politique avec des visages de toutes les couleurs. »
Un message manifestement reçu cinq sur cinq par Rima Hassan qui, lors d’un meeting tenu en janvier 2025, affirme déjà, aux côtés d’une Mathilde Panot de plus en plus pâlissante : « L’antiracisme a besoin de voix et de visages incarnés et non pas de porte-parole éloignés de ces réalités. Cette époque du porte-parolat est révolue. Nous la voulons derrière nous car tout ce qui est fait sans nous est fait contre nous. » On ne saurait être plus clair, si l’on peut dire en la circonstance. Dans la foulée, le 23 décembre, le député LFI Carlos Martens Bilongo affirme, lors d’un entretien accordé à La Chaine africaine, noircit encore le tableau en évoquant Rachida Dati : « C’est par “promotion canapé” qu’elles sont arrivées ministre de la Culture aujourd’hui et prétendent à la mairie de Paris. » Il s’est depuis excusé et cette émission a été retirée des réseaux sociaux. Il est vrai que, malgré la solidarité diversitaire, les Noirs n’ont jamais vraiment porté les Arabes dans leur cœur. Souvenirs de la traite négrière peut-être…
La Fête de l’Huma dans le collimateur…
Malgré ce rétropédalage en urgence, le mal est fait. Déjà, le physique de Jordan Bardella dont Bilongo assure qu’il nous ramène à « l’époque hitlérienne ». Puis, ces considérations racialistes pour les moins ingénues : « Ce que nos parents et nos grands-parents ont enduré de la part des Français, on ne va pas le laisser passer. On va leur montrer qu’on est plus nombreux et qu’on est plus intelligents. Si on a fait plus de gosses qu’eux, tant pis pour eux. S’ils voulaient faire des gosses, ils avaient qu’à s’aimer, faire l’amour et faire des enfants. Nous avons réussi à en faire. Nos mamans ont réussi à nous éduquer correctement. »
En son cas, voilà qui demeure à démontrer. Et, toujours dans la même veine racialiste : « Sur les statistiques par rapport au racisme, c’est dans les territoires où les gens n’ont pas de diplôme. Là où tu as une pauvreté intellectuelle, dans des territoires, nord de la France. » Même Xavier Bertrand s’en est ému ; c’est dire.
Plus récemment, ce 5 janvier, Danièle Obono, député LFI, s’en prend cette fois au Parti communiste, évoquant ainsi sa Fête de l’Humanité, alors qu’elle y est invitée : « Ce n’est pas trop ma culture. (…) Un des problèmes de la Fête de l’Huma, et toujours aujourd’hui, demeure la fête de la gauche blanche. (…) Ça me fait honte. Et je parle de la fête de l’Huma, j’aurais pu parler des amphis de La France insoumise. Ça me fait honte, en fait. » Et Sarah Bennani, présidente de l’association Jeunesse populaire, assise à ses côtés, de remettre une couche de Ripolin : « La Fête de l’Huma, je n’ai jamais vu plus blanc que blanc. J’ai vu un cochon qui était en train d’être rôti ce matin… »
Du coup, Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer et d’origine marocaine, s’inquiète sur les réseaux sociaux : « On en arrive à expliquer qu’il faudrait voter en fonction de la couleur de la peau. À se féliciter d’avoir des candidats racisés. À laisser entendre que certains Français compteraient moins que les autres. Les idées et les projets disparaissent, l’engagement aussi. Il ne reste plus que l’origine, érigée en argument politique. » Et le meilleur pour la fin : « Ceux qui jouent avec ce poison savent très bien ce qu’ils font. Ils veulent le désordre à tout prix pour prendre le pouvoir. Et quoi de mieux que de découper le pays en identités rivales ? »
À ce jeu, il n’est pas sûr qu’un Jean-Luc Mélenchon sorte forcément vainqueur. Lui qui se veut un « Maghrébin européen » devrait savoir qu’ils sont nombreux, ces janissaires qui, censés défendre leur sultan, l’ont finalement renversé. Et comprendre peut-être que, si le racisme peut se montrer pesant, cet antiracisme à front de gnou l’est tout autant ; voir plus. Au moins, nos racistes tricolores ont-ils l’excuse de jouer à domicile… Sans négliger le fait que la diversité ne saurait être une fin en soi. Au siècle dernier, les Inconnus l’avaient bien vu dans l’un de leurs sketches joliment intitulé United Colors of Bande de cons, qui se finissait sur cette conclusion : « Ce n’est pas parce qu’on est différents qu’on est plus intelligents »…
Quant à Emmanuel Macron, à part faire le malin, on ne voit pas très bien ce qui le motive, si ce n’est peut-être le sourd ressentiment contre un peuple qu’il ne juge pas à la hauteur de son auguste stature. Il est vrai que notre Jupiter à rouflaquettes n’est pas né le jour de la Saint-Modeste. Mélenchon non plus, par ailleurs.



