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Qui sera le gagnant de la nouvelle course à l’armement ? Industriels, États ou robots ?

Qui sera le gagnant de la nouvelle course à l’armement ? Industriels, États ou robots ?

La fin de la guerre froide n’a fait que suspendre la course aux armements. Elle repart aujourd’hui de plus belle. Drones aériens, marins ou terrestres, intelligence artificielle, robots de combat : chaque innovation appelle presque aussitôt sa parade. En retard, l’Europe tente de suivre.

Les plus anciens se souviennent peut-être du début des années 1980, période cruciale de la guerre froide marquée par une course effrénée aux armements entre le bloc de l’OTAN et celui du pacte de Varsovie. À chaque jour son innovation technologique et à chaque jour sa réplique, plus ou moins opérationnelle, dans le camp d’en face. Sur terre, sous la mer ou dans les airs, les matériels les plus divers étaient produits par les usines des deux camps. Le summum fut probablement atteint avec la fameuse « guerre des étoiles », promue par le président américain Ronald Reagan, dont l’appellation officielle – Initiative de défense stratégique – reflétait mieux l’ambition opérationnelle : un programme au coût prodigieux qui avait pour objectif de rendre les États-Unis inaccessibles aux potentielles attaques de missiles nucléaires soviétiques.

Cette course, coûteuse pour les deux blocs (on parle de 200 à 1000 milliards de dollars), aurait provoqué l’effondrement du système soviétique incapable de suivre le mouvement. La vérité, c’est que ce sont plutôt les dysfonctionnements d’un système politique et économique sclérosé qui ont provoqué sa disparition, tant l’Union soviétique semblait depuis longtemps à bout de souffle.

Vers le Grand Réarmement

Si le camp d’en face a apparemment mieux surmonté ce choc, l’endettement public a néanmoins été nécessaire pour mener à bien cette course militaire. La chute du mur de Berlin n’en a pas moins permis aux démocraties occidentales de toucher les fameux « dividendes de la paix », soit des économies réalisées sur les budgets de défense. Autant dire que ces dividendes ont été bien mal réinvestis

Ainsi, pendant une vingtaine d’années, la plupart des pays se sont sentis moins concernés par la chose militaire, à l’exception peut-être des États-Unis, engagés dans leurs guerres en Irak et en Afghanistan après les attentats de septembre 2001. Pour les autres, ces conflits n’ont été considérés que comme des expéditions militaires engageant quelques milliers d’hommes et, au final, des moyens limités.

Mais depuis quelques années, on assiste à un véritable changement de paradigme. La guerre totale, de haute intensité, selon la terminologie communément admise, est de nouveau possible, si ce n’est probable, sur l’ensemble du territoire européen. C’est donc clairement une nouvelle course aux armements qui se met en place entre des blocs de l’Est et de l’Ouest aux contours autrement plus disparates. Quelle est la position des États-Unis vis-à-vis de l’Europe, la position de la Chine vis-à-vis de la Russie, le rôle de la Corée du Nord, le réarmement massif de l’Allemagne, la mise en place d’une économie de guerre par la France (enfin selon les déclarations du président Macron lors du salon Eurosatory, le 13 juin 2022) ? Et la liste est encore longue.

En quoi la période actuelle peut-elle être considérée comme une course à l’armement ? Quelques exemples permettent de mieux comprendre cet environnement géopolitique complexe et aux contours mouvants.

La dronisation de la guerre

Depuis le 22 février 2022 et l’attaque russe contre l’Ukraine, une guerre s’est installée sur le territoire européen. Très rapidement, ce conflit a pris une dimension particulière, même s’il prolonge par certains aspects, notamment pour les drones, le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie à l’automne 2020.

En effet, cette course à l’armement s’est intensifiée de manière extraordinaire, avec une capacité d’innovation qui ne cesse d’étonner tant du côté russe que du côté ukrainien. L’article du Monde du 30 septembre 2026 sur les drones russes et leurs évolutions successives ne manque pas d’impressionner. De l’utilisation de drones iraniens au moteur à hélices, faisant un bruit de mobylette caractéristique, à l’usage massif de drones disposant d’un moteur à réacteur et guidés avec l’aide de l’IA, l’évolution est énorme, en seulement quatre ans.

De son côté, l’Ukraine n’est pas en reste, avec une dronisation massive dans les airs, mais aussi avec le développement de drones marins, qui ont dissuadé rapidement toute présence de la flotte russe en mer Noire. La mise en œuvre plus récente de drones terrestres aux caractéristiques multiples, tant dans le soutien que dans les opérations offensives, doit aussi être soulignée. On évoque désormais la construction de plusieurs millions de drones par an de part et d’autre. Les forêts sont recouvertes désormais de fibres optiques utilisées pour piloter les drones et éviter les brouillages du camp adverse pour les drones à courte portée.

On est réellement entré dans une nouvelle configuration des conflits que personne n’avait imaginée.

Encore plus déroutant pour notre futur proche, l’article « L’Ukraine lance la guerre des robots » de la revue de géopolitique Conflits, paru sur son site Internet fin septembre 2026, ne manque pas de susciter à la fois l’intérêt et l’effroi. L’objectif annoncé de l’ancien ministre ukrainien de la Transformation numérique et (brièvement) ministre de la Défense est de développer un robot capable à court terme (six mois) de tuer un ennemi et dans un an de participer à des opérations offensives combinées hommes-robots. Cela semble à la fois ambitieux et crédible au regard des innovations apparues dans le conflit russo-ukrainien.

En parallèle, l’usage croissant de l’intelligence artificielle et l’autonomisation des décisions prises participent à cette crainte du développement d’une guerre sans contrôle humain. Même si on en est encore loin, cela n’est tout de même pas sans rappeler les premières images du film Terminator (1984) et ses affrontements entre humains et robots de guerre.

L’Europe face au retour de la guerre industrielle

Pendant ce temps, la France tente de suivre (un peu) le mouvement en développant sa BITD, la Base industrielle et technologique de défense, destinée à préparer les industriels à cette fameuse économie de guerre. Il reste cependant beaucoup de chemin, même si, à l’instar de sa fameuse « armée bonsaï », opérationnelle dans toutes les dimensions mais de petite taille, l’industrie militaire française existe bel et bien et reste efficace dans de nombreux champs (avions, missiles, commandement…) Mais elle est encore insuffisante pour prétendre répondre aux besoins d’une guerre de haute intensité. Ajoutons à cela un État en quasi faillite et le manque cruel de personnels et de compétences pour exercer dans ces industries de pointe. Le risque, pour la France et une grande partie de l’Europe, c’est alors de passer à côté de cette course aux armements, tout autant militaire qu’industrielle.

En attendant, on peut sans risquer de se tromper avancer que la course aux armements est (re)lancée. Nombreux sont les compétiteurs qui se pressent sur la ligne de départ, sans que l’on sache encore qui franchira le premier la ligne d’arrivée. Une seule certitude : dans cette course-là, l’homme ne part pas favori.

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