Pierre Le Vigan
Il parait qu’il faut voir ce que l’on voit et dire ce que l’on voit. Ce que l’on voit dans la vraie vie et pas seulement à la télévision. J’ai vu bien entendu de jeunes délinquants immigrés. J’ai vu aussi des travailleurs immigrés. J’ai vu des immigrés africains essayer de calmer des excités eux aussi immigrés. J’ai vu – et je ne cesse voir – des immigrés se lever pour laisser leur place à une personne âgée (« de souche ») et des Français « de souche » – surtout les jeunes – rester assis, le nez collé à leur smartphone. J’ai vu encore des immigrés se faire incendier ou vandaliser leur camion de chantier par d’autres immigrés (en tout cas par des groupes de sauvageons en bonne part immigrés). J’ai vu un Polonais ivre insulter sans aucune raison un contremaître africain musulman prenant son café en hurlant : « Moi je suis européen [contrairement à toi]».
Travailleurs et profiteurs
La vérité est qu’il y a (au moins) deux types d’immigrés. Il y a ceux qui travaillent et qui s’intègrent par le travail. Cette intégration n’est pas parfaite, elle prend du temps, mais elle se produit. Et ceux qui travaillent n’ont guère le temps de demander des aides. Cela n’empêche pas que les travailleurs immigrés peuvent peser à la baisse sur les salaires, car ils ne sont pas exigeants. Cela n’empêche pas qu’il soit nécessaire d’arrêter toutes les immigrations, y compris l’immigration de travail. Mais cela veut dire qu’il faut fiche la paix aux immigrés en situation régulière qui travaillent. A moins d’être dans l’indécence la plus complète.
Et il y a une deuxième catégorie d’immigrés : ceux qui vivent d’aides sociales, sans jamais avoir été contributeurs. Ceux qui ont toujours été des ayants droits sans jamais avoir mis la main à la poche pour alimenter l’État social, pour cotiser. C’est là le problème. Pour les immigrés qui vivent exclusivement des aides sociales, il est nécessaire de plafonner ou réduire ces aides. On peut même en faire un motif de non renouvellement du titre de séjour. Il n’est pas normal que des gens soient accueillis en étant dès leur arrivée à la charge de la société française et des travailleurs, y compris immigrés (ce n’est évidemment pas la même chose si un travailleur immigré a ensuite un accident de travail, pour ne donner qu’un exemple. Il doit alors bénéficier de la solidarité entre travailleurs).
Il est bien évident aussi qu’il faut mettre fin aux acquisitions automatiques de la nationalité française (et là aussi, faire de l‘intégration par le travail une condition) et aux doubles nationalités. A moins de dissocier la citoyenneté, qui ne pourrait être qu’unique, et la nationalité, qui pourrait être double. Quant aux sans-papiers, soit arrivés illégalement, soit déboutés du droit d’asile (celui-ci si possible hors de France), soit avec un titre de séjour non renouvelé, soit autres cas, les choses devraient être simples : un État de droit, c’est un État qui ne régularise pas les sans-papiers, comme le dit justement Thomas Hennetier (régularise-t-on les sans permis de conduire ?), qui les renvoie dans leur pays ou leur continent d’origine, ou qui, entre-temps, les interne, dans des conditions dignes, avec bien entendu l’obligation de travailler, mais ne les laisse pas dans la nature.
Reconstruire le rapport à l’identité
Comment ne pas attendre aussi d’un État digne de ce nom que les délinquants étrangers soient à la fois soumis à exécution de leur peine et ensuite déboutés de tout droit à rester en France, et donc expulsables et surtout expulsés ? Parasites, glandeurs ou travailleurs, c’est le vrai clivage. Encore faut-il, pour se débarrasser des premiers, sortir de la dictature des juges, aussi bien français que ceux de l’Union dite faussement européenne. Cela ne relève pas d’une remigration, mais du jardinage social. (On coupe les broussailles. On se débarrasse des mauvaises herbes : on envoie en camp de travail les trafiquants de drogue. On met en tôle les affairistes voyous – pléonasme). Mais c’est sans doute déjà énorme : cela concerne plusieurs dizaines de milliers voire plusieurs centaines de milliers de gens qui n’ont rien à faire sur notre territoire. Ce qui est à la fois beaucoup en nombre et peu en pourcentage de ceux qui ont en situation régulière, qui vivent une vie honnête, c’est-à-dire une vie de travailleur.
Quant au rapport à l’identité française et européenne, il est à reconstruire pour tous, pour le dire gentiment. La dernière fois que j’ai vu des étudiants français « de souche » parler entre eux, il s’agissait d’évoquer des feuilletons Netflix sur lesquels ils étaient intarissables et incollables. Et la dernière fois que j’ai vu quelqu‘un lire au café, il s’agissait d’une lectrice de Jean Racine. Une jeune fille africaine. Honneur à elle.
Nicolas Gauthier
Votre question appelle finalement plus de questions que de réponses. Ce d’autant plus que la « remigration » que vous évoquez me paraît être un concept aux contours des plus flous ; même si j’en saisis évidemment le sens. Aujourd’hui, plus personne, hormis peut-être les clowns de LFI, pour de basses raisons électorales, ne se félicite de la submersion migratoire. Ce qui était naguère présenté comme « une chance pour la France », n’est aujourd’hui qu’un problème à résoudre. La majeure partie du personnel politique entend la réguler, l’accompagner ou éventuellement la restreindre. En ce sens, c’est l’actuelle victoire du Rassemblement national et celle, posthume, de Jean-Marie Le Pen. Lesquels ne sont pas sans titres de noblesse en la matière, ayant inlassablement, et ce depuis plus d’un demi-siècle, exigé l’inversion des flux migratoires.
Cela posé, il faut toujours se méfier de ces mots incantatoires : « grand remplacement » ou « remigration ». Comme si nous avions attendu qu’une Castafiore moustachue émerge de son donjon de la rue Sainte-Anne pour expliquer en quoi l’immigration de masse n’était pas fatalement source de mille félicités. Ou qu’un journaliste politique, certes non dénué de talent, ne se fourvoie dans l’aventure politicienne qu’on sait, tout en se faisant passer pour précurseur dans le registre du lanceur d’alerte.
Qu’est-ce qu’être français ?
Pour aller court, personne n’a attendu Renaud Zemmour et Éric Camus pour se rendre compte que l’identité française était menacée. Après, cette autre question que la vôtre pose, en creux : qu’est-ce qu’être Français ? Il y a un paquet d’années, à l’époque du journal Flash, nous l’avions posée à une trentaine de personnalités issues de la « mouvance patriote », à défaut de trouver meilleur qualificatif. Pas une des trente réponses ne ressemblait à l’autre. Comme quoi la « véritable » question consiste, non point à déterminer qui est « Français » et qui ne l’est pas. Mais plutôt à savoir ce que « d’être français ». La culture, la langue, l’ethnie, la religion, l’histoire commune, l’appartenance civilisationnelle ? Tout cela à la fois, sachant que l’identité n’est pas « une », mais le plus souvent « multiple. » Il y a l’identité du village ou du quartier. Celle du bistrot ou du boulot. Du club de foot que l’on soutient ou du milieu politique auquel on appartient. Du Breton converti à l’islam ou du Maghrébin ayant fait de même du catholicisme, qui est le plus français des deux ? Boualem Sansal est-il moins français que Mathilde Panot ? Sandrine Rousseau l’est-elle plus que Jordan Bardella, au trois quarts italien et algérien pour le dernier ?
On objectera qu’il ne s’agit là que d’exceptions et que ces dernières ne font pas la règle. Or, il se trouve que celle régissant notre grammaire n’est, justement, souvent faite que d’exceptions. Certes, ce serait bien que la France ne soit peuplée que de Franco-Français. J’aimerai tout autant que les Bourbon reviennent sur le trône et chassent la République. J’aurai tout autant souhaité que jamais les Beatles ne se séparent. Mais tout l’art de la politique consiste à rendre possible ce qui est souhaitable et d’opter pour le préférable au détestable.
Alors, en attendant, si un gouvernement à venir réussissait, a minima, à mettre en œuvre ce que la loi nous permet : renvoyer les indésirables en leurs pénates, ce serait un grand pas de franchi. Sans ces délinquants, clandestins, fraudeurs aux prestations sociales et au regroupement familial, la France ne pourrait que s’en porter mieux. Ce ne serait certes pas le Grand soir migratoire, mais une mesure forte, susceptible de nous aider à y voir au moins plus clair au lendemain matin. Qui peut le plus peut le moins. Et ce simple « moins », ce ne serait pas si mal. Et permettrait surtout d’ensuite envisager une réponse plus ambitieuse.
Désolé de cette réponse plus politique que littéraire. Mais les gugusses qui chantent Les Lansquenets à quatre dans une Twingo, annonçant à la Terre entière que personne n’osera « freiner » leur « ascension grandiose », merci. On a déjà donné.



