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Le magazine des idées

Polochon et le lutin. Le monde enchanté de Lydéric Landry

On avait découvert Lydéric Landry dans L’essuie-main de l’empereur, qui nous faisait entrer par l’escalier de service dans le palais des Césars, à Rome. Une merveille de fantaisie. Avec son dernier-né, Polochon et le lutin, il fait entrer la jeune Xila – et le lecteur par là même – dans le monde des lutins des bois. Un conte de Noël et des quatre saisons, peuplé de farfadets et de (re)trouvailles heureuses, écrit pour les enfants (à partir de 8 ans). Rencontre.
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ÉLÉMENTS : Dans sa Patrouille du conte, parodie géniale du politiquement correct, Pierre Gripari avait imaginé une police sémantique qui, par fureur égalitariste, venait purger les mondes imaginaires de tout ce qui pourrait rappeler aux enfants l’Ancien Régime. Vous, c’est tout le contraire, vous vous efforcez de renouer avec les mondes merveilleux, les forêts enchantées, les anciens dieux. L’imaginaire enfantin serait-il païen ?

LYDÉRIC LANDRY. Incontestablement. Qu’il s’agisse des contes populaires recueillis au XIXe siècle par les Grimm et Andersen (et avant eux Perrault), ou bien des dessins animés de Disney, ce qui plaît aux enfants d’Europe, ce sont les fées, les sorcières, les lutins et les animaux qui parlent… toutes créatures non bibliques.

Il faut cependant relativiser. Si le folklore païen est bien présent, il en manque le côté sacré. Il n’y a pas de dieux dans les contes de fées. Les héros ne prient pas. Les dieux ne les sauvent pas ex machina ou non. Il n’y a pas de fatum, de kósmos, etc.

La mythologie est un tabou dans les contes, alors même qu’ils regorgent d’êtres surnaturels. On retrouve ce tabou dans le fantastique pour adultes. Ainsi Tolkien (fervent catholique) prend l’immense peine de créer un monde gigantesque. Il y invente des peuples (avec leurs coutumes, leur gastronomie, leurs chants), une géographie extrêmement détaillée, des langues entières avec leurs alphabets et leurs dialectes, une chronologie qui va jusqu’à tenir compte de l’ordonnancement des planètes… Et pourtant, il ne nous dit rien des divinités qu’invoquent les Hobbits, les Nains, les Elfes… ni même les hommes ! Ceci est tout aussi valable pour l’autre best-seller fantastique, Harry Potter de J. K. Rowling.

Je tente quant à moi de populariser nos anciens dieux et déesses. J’ai un attachement particulier pour les mythes fondateurs comme celui de Gaïa et Ouranos. Je suis également très sensible au culte des dieux lares, les dieux du foyer de nos ancêtres. Les dieux jouent un rôle actif dans mes livres pour enfants.

Les dieux que je mets en scène n’en sont pas pour autant des super-héros comme le personnage de Thor dans l’univers Marvel (un autre excellent exemple est La foire aux immortels de Bilal). À mes yeux, les dieux restent des dieux. Ils demeurent invisibles et mystérieux. Dotés de pouvoirs illimités, ils ne sont jamais au cœur de l’action.

Je suis heureux que vous évoquiez Pierre Gripari qui a bercé mon enfance. Je lui dois mon goût pour le burlesque, le fantastique, l’écriture impeccable et une légèreté de l’être très soutenable.

ÉLÉMENTS : « C’est une fois que l’on est parvenu à mettre un peu d’ordre dans cette vallée de larmes qu’il est judicieux de prendre la plume », dites-vous. Avant d’ajouter : « Que faut-il écrire alors ? Les livres que l’on aurait aimé lire. » Polochon et le lutin en fait-il partie ? Pourquoi ? Quels en sont les ingrédients, si l’on peut dire, et plus singulièrement les ingrédients d’un livre jeunesse ? Écrit-on pour les enfants comme on écrit pour les adultes ?

LYDÉRIC LANDRY. En ce qui me concerne, écrire pour les enfants est complètement différent. J’ai trois enfants. Mes livres jeunesse sont écrits pour eux. Ils sont mes premiers lecteurs et exercent beaucoup d’influence sur mes personnages et mes histoires.

L’ingrédient principal de Polochon et le lutin est l’observation de mes enfants, de leurs rêves et de leur imaginaire. Dans mon foyer, nous cultivons une passion pour les mythes enfantins que nous ne limitons pas au père Noël. Ainsi, nous évoquons souvent les lutins et les dieux en famille. Nous inventons un monde qu’il ne me reste qu’à mettre en scène.

Polochon et le lutin doit donc son existence à ma situation de père de famille. Sans enfants, il est probable qu’il n’eût pas vu le jour.

Je traverse le parc avec ma fille de 8 ans. Nous nous rendons à l’école. Sur le bord du chemin est couché un arbre creux, sans doute frappé par la foudre. Ma fille me demande :

– Papa, les lutins vont-ils à l’école ?

– Oui, bien sûr. Tu vois cet arbre ? C’est ça, leur école.

En faut-il davantage pour avoir le début d’une histoire ? Bien entendu, l’enfant doit être au préalable entretenu des mondes magiques. C’est facile : les enfants sont incroyablement réceptifs au surnaturel. S’il est essentiel de leur faire la lecture, il est tout aussi important de leur parler des mondes enchantés dans la vie quotidienne. Nos ancêtres, bien souvent analphabètes ou dépourvus de livres, ne procédaient pas autrement. Si nous ne remplissons pas ce rôle, Disney et Netflix s’en chargeront : est-ce vraiment satisfaisant ?

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