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Pap Ndiaye

Pap Ndiaye et le syndrome de Calimero

On ne parle que ça depuis une semaine : un décolonial ministre de l’Éducation nationale. C’est oublier que Pap Ndiaye n’est devenu « noir que sur le tard », aux États-Unis, où il s’est éveillé (woke) dans la peau de Calimero, victime archétypale.
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La nomination de Pap Ndiaye à la tête de l’Éducation nationale a secoué le Landerneau. Les LR qui ont voté Macron sont tombés de leur chaise. La gauche « universaliste » en a attrapé le hoquet et Jean-Paul Enthoven, l’ex-chouchou de Carla, quasiment avalé son exemplaire de la Critique de la raison pure. Au match des philosophes, le jeu de fond de cour d’Emmanuel Kant a été balayé par un revers de Paul Ricœur et sa laïcité positive – Paul Ricœur, le demi-dieu philosophique du jeune Macron. Emmanuel Macron ne fait pourtant que s’adonner à son sport favori : jouer avec les nerfs de l’opposition. Après avoir fait voter le centre droit pour lui à la présidentielle, il cherche à faire élire sa majorité parlementaire en draguant la gauche de la gauche. Danièle Obono n’étant pas libre, il a débauché Pap Ndiaye qui n’en demandait pas tant. Grâce à lui, le gouvernement d’Élisabeth Borne ressemblera à une coalition black-blanc-beur et la France à la nation arc-en-ciel de l’hémisphère nord. Seuls Marine et Zemmour en seront exclus. Eux continueront d’être traités comme les forces de l’Axe pendant la guerre.

Ne manque qu’Assa Traoré à l’Intérieur et Houria Bouteldja à la Culture pour compléter le tableau, s’est amusée Élisabeth Lévy. La patronne de Causeur aurait pu ajouter Ben Johnson à la lutte antidopage et Sandrine Rousseau à la politique familiale, je précise : la Sandrine Rousseau qui vit avec un homme « déconstruit ». C’est beau comme un contresens. Mais c’est celui que Macron emprunte quand il dit qu’« il n’y a pas de culture française ». Sa main droite sait toujours ce que fait sa main gauche. C’est un banquier d’affaires. Il prend des positions partout, à la hausse et à la baisse. Un jour Darmanin, un autre Pap Ndiaye.

Bachelor en jérémiades

Les catholiques avaient déjà le pape François, les écoliers auront le Pap Ndiaye. Je ne sais pas lesquels sont les plus à plaindre. C’est dans l’enseignement que la bascule démographique est la plus avancée. Il faut que le ministre ressemble aux nouveaux élèves. C’est une question d’assortiment des couleurs. Celle de Pap Ndiaye est dans le ton. La Rééducation nationale, il connaît, lui qui pense que le racisme anti-Blancs est une invention du Ku Klux Klan, que l’Opéra de Paris est le temple du suprémacisme blanc, qu’il y a un racisme structurel en France et qu’il n’y a pas d’islamo-gauchisme à l’Université. Il devrait pourtant en savoir quelque chose, lui qui est passé par l’EHESS, laboratoire du wokisme français, où c’est la guerre ouverte entre « indigénistes » et « universalistes ».

Le journaliste Christophe Boltanski raconte dans Libération que Pap Ndiaye est devenu « noir sur le tard », aux États-Unis. Jusque-là, c’était un Blanc. Ça ne se voyait pas, j’en conviens volontiers, mais c’est la stricte vérité. Quand il parle des Noirs, c’est aussi faux que Giscard déjeunant avec des éboueurs africains à l’Élysée. Il s’adresse à eux comme s’ils débarquaient encore et toujours de l’île de Gorée, épicentre de la traite négrière en Afrique de l’Ouest. On se croirait dans le Guide du routard du tourisme décolonial. C’est du tourisme parce que Pap Ndiaye a été élevé dans un univers 100 % français. C’est seulement de l’autre côté de l’Atlantique qu’il s’est découvert 100 % africain. En France, il était un petit Blanc ; aux États-Unis, il est devenu un grand Noir. Là-bas, il a appris que la souffrance est une spécialisation universitaire, qu’il faut faire de savantes études pour en décrocher le diplôme. Il a obtenu le sien, bachelor en jérémiades. Il a alors pu inscrire sur sa carte de visite : « 400 ans d’esclavage ». Du dernier chic gauchiste. Ça lui a ouvert toutes les portes sans qu’il ait à les pousser ou à les forcer, celles du New York Times, du Musée de l’immigration et de la rue de Grenelle. C’est comme une carte d’invalidité. Il double tout le monde dans la file d’attente. Si d’aucuns protestent, c’est du racisme systémique.

Les habits neufs de la bourgeoisie progressiste

Aux États-Unis, il a tué le Blanc en lui, suivant en cela les conseils de Jean-Paul Sartre qui recommandait d’abattre l’Européen. Restent alors un homme mort et un homme libre. L’homme libre, c’est l’indigéniste, atout maître dans son jeu d’ambitieux. Nous voilà au cœur des nouvelles formes de reproduction mandarinale. La combinaison des avantages de la bourgeoisie éduquée, dont notre ministre maîtrise tous les codes, à commencer par les codes scolaires, et les avantages du misérabilisme bourdieusien, dont il possède les évidents attributs physiques. C’est le ticket gagnant : capital culturel + capital racial. Son CV en égrène les caractéristiques : des études au prestigieux lycée Lakanal, puis Normale Sup’, puis l’agrégation d’histoire, la thèse enfin. Bref, le ghetto du Gotha enseignant. Le seul truc qui clochait sur la photo de classe de l’écolier, c’était la peau cuivrée, mais il n’y pensait pas puisque personne ne lui en parlait, sinon comme symbole des nouveaux hussards noirs de la République. Je résume : un papa ingénieur des Ponts-et-Chaussées, retourné au Sénégal quand il avait trois ans ; et une maman prof du secondaire. Bienvenue chez les Thénardier. Lui en Gavroche, sa sœur, la romancière Marie NDiaye, en Cosette. La vie est une vallée de larmes, mais on y pleure dans des mouchoirs en soie.

Des chercheurs américains ont observé une décorrélation entre la victimisation « woke » et la réalité sociologique des victimes, appartenant très majoritairement aux classes supérieures, celles où les parents ont tendance à surprotéger les enfants, alors que, dans les catégories populaires, ils les laissent régler dans la rue leurs différends. Ces étudiants aisés ont besoin d’une autorité protectrice qui garantisse leur « sécurité émotionnelle ». Pour eux, la cellule familiale est une cellule psychologique. Ils y vivent calfeutrés, chaperonnés par leur mère. Vers 13 ou 14 ans, ils deviennent végans ou dépressifs quand leur hamster meurt d’une crise cardiaque. C’est le début de leur éveil, « woke », c’est-à-dire éveillé.

Pap Ndiaye dans la coquille de Calimero

Vous souvenez-vous de Calimero, le petit poussin noir qui porte sur sa tête sa coquille brisée ? Tout est brisé chez lui. C’est le véritable héros des décoloniaux et des indigénistes qui souffrent du syndrome du même nom, le syndrome de Calimero. Regardez un épisode du dessin animé pour vous en faire une idée. Ce ne sont que sanglots et gémissements. Comme les « woke ». Tous ressassent en boucle leur mal être en répétant la phrase fétiche du malheureux Calimero : « C’est vraiment trop z’injuste ! » Nos Calimeros encadrent leurs souffrances comme dans une salle des trophées qu’ils font visiter à la terre entière tout en accablant le reste du monde de leurs souffrances. Ils voient tout en noir et traînent un complexe de persécution en poussant des soupirs plaintifs d’une voix zézeyante. Je couine donc je suis. Tel est le fardeau de Pap Ndiaye. Il vaut bien le fardeau du grand Kipling.

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