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Le magazine des idées
Richard Millet pour son livre Paris bas-ventre aux éditions La Nouvelle Librairie

Le RER, tombeau du peuple français ? Richard Millet face à ses juges

Richard Millet persiste et signe. Il y a une dizaine d’années, il avait avancé dans l’émission de Frédéric Taddeï, « Ce soir (ou jamais !) » que le vrai dépaysement pour un Blanc, c’est le RER parisien. Aujourd’hui, il replonge pour en tirer un livre-vérité, ce que doit être toute bonne littérature. Alors, après Le ventre de Paris, Paris bas-ventre ? Après Zola, Millet ? Oui ! Mais si on a gagné au change, littérairement parlant, il n’en va de même humainement. Jusqu’où descendra-t-on ? Jusqu’au dernier niveau du RER !
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ÉLÉMENTS : Pourquoi le RER ? En quoi constitue-t-il un observatoire de notre monde ? Quand Malraux disait que le RPF c’était le métro à six heures du soir, il voulait dire que c’était là que se trouvait le peuple français. Par quoi ce dernier a-t-il été remplacé ?

RICHARD MILLET. Le RER est l’extension du métropolitain à la banlieue, avec ceci que le monde est en train de devenir une banlieue planétaire. Ce qu’on y voit, plus encore que dans le métro, c’est l’anti-peuple d’un anti-monde : l’immigration de masse. Le peuple français est donc ce qu’il faut soustraire, quand ou si c’est encore possible, à la domination migratoire, partout visible. D’où un effort permanent pour me rappeler ce que je suis devant le nombre qui prend ma place, et qui est particulièrement visible dans le chaudron du RER – dont les lettres pourraient signifier aussi : « Réseau d’extension remplaciste », lequel remplacement consiste en un conglomérat puissamment allogène, qui nie le peuple français par le nombre autant que par une religion majoritaire et unificatrice de forces adverses : l’islam. Ne pas le voir est une forme de suicide. Y consentir : une lâcheté.

ÉLÉMENTS : Depuis Dostoïevski, la géographie du souterrain est devenue l’espace emblématique de la modernité et de la post-modernité. Serions-nous retournés dans la caverne de Platon ?

RICHARD MILLET. Peut-être n’en sommes-nous jamais sortis… La République platonicienne est un songe puriste qui s’adresse à des esprits supérieurs… L’homme du XXe siècle, lui, est un zombie qui vit dans l’illusion d’un présent idéal, mais amnésique, inculte, bardé de droits et avec le ressentiment pour seule mémoire. Le présent où il surfe est la forme moderne de la caverne, soit une condition d’ilotisme que la propagande tente de faire passer pour liberté. Vieille rengaine qu’il faut entendre comme servitude volontaire, laquelle explique bien des choses, notamment le consentement quasi général à l’immigration de masses extra-européennes, et à la destruction qui s’ensuit.

ÉLÉMENTS : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. » Mot fameux de Péguy. Comment, à l’exception d’une poignée d’écrivains et d’intellectuels, vous, Camus et quelques autres, écrivains, journalistes, intellos sont-ils frappés de cécité, enfermés dans le déni ?

RICHARD MILLET. Cécité, déni : oui. Ajoutez-y la maîtrise absolue des appareils idéologiques d’État par quelques individus représentant l’alliance entre le capital, les médias et l’édition, et vous comprendrez pourquoi on ne voit que ce qu’on veut que vous voyiez, et que celui qui s’avise de dire, par exemple, qu’il est quelquefois le seul Blanc dans un espace symbolique, est envoyé en relégation par les Gardes rouges. En tant qu’écrivain, je suis réduit au silence par les médias et les grands éditeurs ; et mort économiquement. C’est le prix à payer pour être un témoin, aujourd’hui – comme l’ont été, oui, Péguy, Bloy, Bernanos, Pasolini et quelques autres, d’ailleurs pillés sans vergogne par le Système, lequel trouve là de quoi renforcer le déni général.

ÉLÉMENTS : S’il y a une poésie du métro, dites-vous, il n’y en a pas du RER. Pourquoi ? La tour de Babel scelle-t-elle la mort de la poésie ?

RICHARD MILLET. Babel marque la décomposition de l’Un (on revient à Platon), et il faudrait un Dante pour chanter cet Enfer, et un nouveau Balzac pour explorer la comédie humaine de notre temps. La condition néo-humaine se fabrique dans l’athanor post-ethnique dont les langues, « imparfaites en cela que plusieurs », comme disait Mallarmé, font entendre la solitude de ceux qui restent fidèles à l’héritage d’Athènes et de Jérusalem – et rejettent les prétentions déconstructionnistes à bâtir un monde meilleur. Le monde actuel, entièrement inversé, est un défi pour les écrivains qui consentent à voir ce qui se passe réellement au lieu de pleurnicher avec les oies. Le problème est que la langue elle-même se décompose et devient inaudible, faute de syntaxe forte et de style…

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