Le Groenland, le Canada et les États-Unis d’Amérique
Si le Groenland et le Canada s’agrègent aux États-Unis, alors la civilisation occidentale sera bien mieux armée pour les siècles à venir.
Affaiblissement démographique (les occidentaux ne représentent plus qu’un être humain sur huit), montée en puissance économique, démographique et militaire de la Chine et d’autres puissances montantes, revitalisation d’un Islam conquérant, bombe démographique africaine, le déclin de l’Occident paraît à beaucoup inéluctable. Il existe pourtant une voie vers le sursaut et elle peut passer par le Groenland. Le Vieux Continent doit l’encourager et en tirer profit.
Donald Trump est présenté comme outrancier. C’est-à-dire qu’il n’hésite pas à nommer les choses, à identifier les problèmes et à mettre en lumière les principaux enjeux, notamment géopolitiques. Parmi ceux-ci, le Canada et le Groenland.
Le Canada, produit de la colonisation européenne en Amérique, est un territoire immense, le deuxième pays du monde en termes de superficie, peuplé de seulement 40 millions d’habitants, anglo-saxons pour l’essentiel. Des richesses naturelles immenses. (Gaz en abondance, pétrole, uranium, nickel, zinc, aluminium, plomb et or). Et un reste de Nouvelle-France, le Québec, fier de sa singularité et désireux de la conserver.
Le Groenland, gigantesque île gelée, bénéficie également de ressources naturelles essentielles au développement technologique. Des minerais (uranium, lithium, zinc, fer), les si précieuses terres rares (dysprosium, néodyme, terbium), du gaz, du pétrole. Le changement climatique qui ouvre l’accès aux pôles augmente en outre son importance géostratégique. Colonisé en son temps par le Danemark, le Groenland lui appartient toujours : il reste qu’il n’est pas en Europe (ni territoire de l’Union européenne) mais fait bel et bien partie du continent américain. Quant à la population inuite du Groenland, elle cultive un ressentiment profond envers le Danemark, estimant que les politiques conduites par Copenhague la marginalisent.
Le contexte est le suivant : les États-Unis sont protégés par les deux immenses barrières naturelles que sont les Océans Atlantique et Pacifique. Leurs frontières dès lors ne sont menacées qu’au sud du Rio Grande, où ils doivent endiguer les flux migratoires et les trafics de drogue. On verra si Trump II obtiendra sur ce terrain des résultats plus probants que Trump I (notamment sur le plan de l’immigration extra-européenne légale, largement masquée par les controverses autour de la lutte contre l’immigration illégale).
Si les États-Unis englobaient demain l’ensemble du territoire nord-américain, compte tenu de l’immensité des espaces, de l’abondance de richesses naturelles et de l’ingéniosité de leurs populations européennes, ils pourraient conforter leur statut de superpuissance, leur niveau de développement économique et technologique et ainsi assurer leur pérennité pour les siècles à venir.
Éviter le piège de Thucydide
Ils pourraient dès lors éviter de tomber dans le piège de Thucydide (ce concept géostratégique voulant qu’inévitablement une puissance dominante entrera en guerre avec une puissance émergente dont elle craint la montée en puissance), en choisissant de ne pas affronter directement la Chine au cours de ce siècle (ce qui ne les empêchera pas de fournir en armes Taïwan pour rendre l’invasion éventuelle de l’île la plus coûteuse possible pour les Chinois).
Refuser de continuer à exercer leur rôle de “gendarme du monde”, ne plus s’impliquer dans les conflits mondiaux, verrouiller leur frontière avec le Mexique et ainsi se recentrer sur le développement économique de leur territoire, renforcé des richesses naturelles des actuels territoires du Canada et du Groenland : Trump, consciemment ou inconsciemment désigne la voie d’un isolationnisme pérenne et prospère pour les siècles à venir.
Ces évolutions impliquent sans aucun doute que des garanties majeures soient accordées aux populations canadiennes et groenlandaise, en termes de niveau de vie et de préservation culturelle et identitaire (notamment pour les autochtones amérindiens et inuits, ainsi que pour les Français du Québec).
Voilà pour la question du Groenland et du Canada considérées du point de vue des intérêts américains. Quid maintenant de nos intérêts à nous, Européens ?
L’Europe et le Groenland
Les manières de Trump bien sûr nuisent souvent aux objectifs qu’il poursuit. Il aurait sans doute été plus pertinent pour les États-Unis, du point de vue de leurs propres intérêts de présenter favorablement (et poliment) aux Canadiens, Groenlandais et Européens tous les avantages qu’ils pourraient tirer des projets américains. En évitant par exemple de menacer le Danemark d’une intervention militaire alors que le Danemark qui est membre de l’OTAN, achète des F-35 et a participé, au prix de plusieurs dizaines de morts, aux opérations menées en Afghanistan.
Face à la posture hostile adoptée par Trump, que doit faire l’Europe ? Sûrement pas se coucher, ni brader la “Terre Verte”. À cet égard le positionnement militaire de plusieurs pays européens, France en tête, visant à faire respecter la souveraineté du Danemark ne peut qu’être approuvé.
Nous ne devons pas brader le Groenland. Nous devons le vendre. Très cher. Sûrement pas, comme dans le passé, pour une bouchée de pain contre les “quelques arpents de neige” dont se moquait Voltaire.
Combien ? Nous pourrions si nous en avions la volonté par exemple ouvrir les enchères au prix de 17 000 milliards d’euros, soit l’équivalent du cumul des dettes souveraines des pays de l’Union européenne. Mais ces enchères pourraient même grimper de plusieurs milliers de milliards d’euros si d’autres pays décidaient de rejoindre l’Union européenne (et en premier lieu un Royaume-Uni revenue du Brexit). Le Danemark, dans l’optique d’une réelle politique stratégique européenne commune pourrait alors devenir une clef majeure nous délestant des verrous financiers qui entravent le développement de la puissance européenne.
Nous pourrions ainsi nous désengager du carcan de cette dette détenue par des argentiers souvent étrangers dont les peuples ignorent même l’existence, rappelait Bruno Le Maire lorsqu’il était encore notre ministre de l’économie.
Le gain de souveraineté et d’indépendance stratégique, serait immensément profitable à l’entreprise d’édification d’une véritable Europe puissance.
Trop cher ? Le PIB américain annuel s’élevait à plus de 36 000 milliards d’euros en 2025. S’ils le veulent vraiment (et ils le voudront) les États-Unis pourront acheter l’île du Groenland sur les décennies nécessaires à cela. Et acquérir ainsi un boost de puissance et de sécurité pour les siècles à venir. Les Américains y gagneront. Les Européens aussi.
Et la cohérence géographique, socle d’une base civilisationnelle durable, en sortira renforcée. Il s’agit bien en effet d’assurer la pérennité de la civilisation occidentale dans tout l’hémisphère nord sur la très longue durée.
L’Alliance en devenir des Hommes du Nord, Russie incluse
Une fois confortés par l’agrégation du Canada et Groenland, il reviendra aux États-Unis de mettre en actes les discours pertinents de Donald Trump et JD. Vance. L’Amérique du Nord est une extension de la civilisation européenne. C’est le cas aussi de l’Océanie (composée de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande), ruse géographique de l’histoire européenne. Tout cela constitue l’Europe élargie, l’Europe étendue, l’Europe hémisphérique. L’Hémisphère Nord.
Cette civilisation européenne, aux profondes racines gréco-romaines, a inspiré l’architecture du Capitole de Washington comme celle du futur arc de triomphe que Trump veut copier sur celui de Paris. Elle doit perdurer, en Amérique du Nord comme sur le Vieux Continent.
L’Europe doit maintenant se concentrer sur les véritables défis qui s’imposent à elle, bien plus cruciaux que la conservation d’un Groenland que les Européens n’ont de toute façon pas su exploiter et renonceront à exploiter pour tenir leurs engagements climatiques. La préservation de sa cohérence identitaire menacée par l’immigration de masse extra-européenne. La mise en œuvre concrète d’une politique civilisationnelle, à savoir une politique reconnaissant un socle identitaire millénaire commun souhaitant perdurer pour les millénaires à venir (bien loin des vues de l’actuelle Union européenne, outil d’une mondialisation dissolvante). Le réarrimage de la Russie à la famille civilisationnelle européenne, une fois celle-ci “rentrée dans ses frontières” après avoir mis fin à son bellicisme expansionniste et à son régime tourmentant ses voisins “frères” autant que son propre peuple. L’édification, enfin, d’une véritable Europe puissance, de Reykjavik à Vladivostok.
Ainsi, Rimland et Heartland n’auront plus à s’opposer à travers les visions de Spykman et Mackinder, mais bien à marcher sur leurs jambes européennes respectives, d’un côté comme de l’autre, de l’Océan Atlantique.
Ces grands travaux, ce grand projet, pour une vision à l’horizon de la longue durée peuvent être ainsi désignés : c’est l’alliance et l’alliage des Hommes du Nord. Elle peut trouver demain sa forge dans les neiges du Groenland.



