Depuis la première condamnation de Marine Le Pen, le 31 mars 2025, le temps a dû compter double au Rassemblement national. C’est dire si ce 7 juillet était attendu. Le scénario cauchemardesque a été évité : soit l’interdiction faite à sa candidate naturelle de se présenter à la présidentielle et l’obligation de Jordan Bardella de la remplacer au pied levé. Certes, le président du Rassemblement national y était préparé. Mais en face, ses futurs adversaires l’étaient tout autant. Pour eux, c’était le challenger idéal. Trop jeune, pas assez ceci et trop cela. Cette hypothèse appartient désormais au passé. À en croire certaines indiscrétions, il serait le premier soulagé de ne pas avoir à porter un fardeau qu’il sait être, pour le moment, trop lourd pour lui.
La justice s’implique, mais pas trop…
Ainsi, la justice laisse Marine Le Pen concourir, mais à ses risques et périls. Peut-être que ses représentants, actuellement dans la tourmente, car suspects d’incompétence dans l’affaire Lyhanna et soupçonnés d’ingérence dans la vie démocratique, ont-ils préféré jouer le billard à trois bandes plutôt que l’affrontement. Et Vincent Trémolet de Villers de noter dans Le Figaro du 8 juillet : « La décision rendue par la cour d’appel dans le procès des assistants parlementaires du RN est un brillant mélange de prudence et de malveillance. Les magistrats ont choisi de ne pas donner le coup de grâce à Marine Le Pen en lui laissant la possibilité d’être candidate à l’élection présidentielle tout en l’assortissant d’une condamnation et surtout d’un bracelet électronique. »
Le coup du pourvoi en cassation…
Ce faisant, ils ont ouvert une issue à Marine Le Pen, qu’elle a tôt transformé en boulevard en se pourvoyant en cassation. Ce qui, de facto, suspend ses peines tout en lui redonnant le statut de présumée innocente. Le pari est audacieux, mais c’est bien joué. Elle pourra donc mener campagne et, surtout, sans ce fichu bracelet. C’est ce qu’assurent ses avocats, même si d’autres de leurs confrères se montrent moins optimistes. Qu’importe, finalement, puisqu’il suffit à la candidate de jouer la montre. Dans le pire des cas de figure, le bracelet en question pourrait la rattraper en fin d’élection. C’est un risque à prendre. Elle l’a pris, en en appelant directement au peuple. Lequel ne paraît pas plus bouleversé que ça par les affaires judiciaires du RN ; autrement, Louis Aliot, lui aussi impliqué dans le même dossier, n’aurait pas été réélu dès le premier tour à sa mairie de Perpignan. Il est donc des bracelets susceptibles de se changer en couronne.
Voilà qui n’a pas échappé à L’Humanité qui titre « En cavale présidentielle », en première page. « La forcenée », affiche Libération en une. Il y a de ça. Lequel quotidien, après les effrois convenus, lui reprochant de prendre ses aises avec « l’état de droit », rapporte néanmoins ce mot de Marine Le Pen, prononcé en 2022, quand elle « a frôlé la mort politique », après son débat raté avec Emmanuel Macron, lors de l’entre-deux tours de la présidentielle : « Au bout de dix enterrements prédits, le onzième est gratuit ? » Comme si les journalistes de Libération finissaient par être fascinés par celle qu’ils aiment tant haïr.
L’inquiétude du bloc central…
D’où ces bruits de couloirs complaisamment rapportés : « “Si, le 7 juillet, Marine Le Pen est candidate, elle sera élue”, promettait une ministre fin juin. “Si c’est elle, c’est fini, osait aussi un sénateur de Renaissance, elle est intouchable, elle a gagné.” Presque admiratif, un élu LR soufflait : “Le fruit est mûr. Elle est redoutable, fait peu d’erreurs. Elle a mérité les Français.” De gauche à droite, on se racontait sans y croire le récit d’une miraculée. “En disant qu’elle a été roulée dans la boue, elle sera très forte, affirmait un ancien conseille d’Emmanuel Macron. Elle est imprenable”. » N’en jetez plus.
Du côté des Insoumis, on imagine que Jean-Luc Mélenchon n’a pas dû sabrer la bouteille de jus de quinoa. Il imaginait ne faire qu’une bouchée de Jordan Bardella ? Face à Marine Le Pen, ce sera un tout autre genre de pique-nique. Idem pour Gabriel Attal, Édouard Philippe ou Bruno Retailleau, qui doivent désormais réviser leur stratégie. Hier, tout tournait déjà autour d’un des deux candidats du RN. Aujourd’hui, c’est d’une femme ayant déjà affronté trois élections présidentielles dont il s’agit. La configuration est pour eux d’autant plus périlleuse qu’après avoir misé sur un duel avec Jordan Bardella plutôt qu’avec Marine Le Pen, ils auront les deux pour le prix d’un. Pour tout arranger, Marion Maréchal, dès le lendemain de la candidature de sa tante, était l’invitée de la matinale d’Europe 1, histoire d’occuper le terrain libéral-conservateur, face à LR et Reconquête !, Marine Le Pen ayant maintenant toute latitude d’occuper celui de ce populisme social ayant fait sa marque de fabrique.
Une stratégie lui permettant de chasser en bande, et de politiquement asphyxier ses adversaires. Bref, l’élection présidentielle vient de commencer.



