Dimanche matin, c’est la consternation générale devant le désastre. Fait rare, tout le petit monde médiatique est à peu près d’accord. Le Journal du dimanche titre : « Le Chaos ». Mais, La Tribune dimanche, son petit-frère rival du bloc central fait de même avec… « Le Chaos ». Plus révélateur, sur le site du Monde, c’est toujours sous le signe du « Chaos » qu’est présenté son direct des derniers jours. Quant au Parisien, quotidien traditionnellement frileux, c’est plus explicite encore, avec ce gros titre en première page : « Scènes d’insurrection ». Ce serait-il donc passé quelque chose d’inédit ce week-end dernier ? Manifestement, oui.
Emmanuel Macron, tel un sous-préfet aux champs…
Pas loin d’un millier de membres de force de l’ordre blessés et plus encore de commerces ravagés et pillés, l’Office du tourisme et L’Hôtel de ville de Limoges en proie aux flammes : l’état des lieux n’est pas exhaustif. Pendant ce temps, Emmanuel et Brigitte Macron se dandinent au son de Céline Dion, à l’occasion d’un des ultimes concerts parisiens. Certes, on dit que c’était celui à ne pas manquer ; mais, pour un président de la République, ce n’est peut-être pas le premier endroit où se montrer. Surtout que le lendemain, il s’envolait pour une tournée dans le Golfe persique. Ce qui lui a juste laissé le temps de s’adresser aux Français, ce dimanche 18 octobre au soir, histoire de constater les dégâts, d’affirmer que tout cela n’était pas tolérable et qu’il agirait avec la plus grande fermeté. Certains confrères journalopes plus ou moins gauchiasses et sûrement mal intentionnés, prétendent que ce laïus aurait été rédigé grâce à l’intelligence artificielle. C’est sûrement très exagéré, sachant que pour débiter de tels lieux communs, un idiot authentique fait très bien l’affaire. Mieux : en ces temps de disette budgétaire, il coûte encore moins cher. Bref, ce n’est pas que ça sente forcément la fin de règne, mais voilà qui y ressemble bougrement.
Entre-temps, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, présente sa démission ; laquelle est aussitôt refusée par l’Élysée. En effet, pourquoi se priver des meilleurs ? Là encore, la presse est unanime. La place Beauvau n’a pas mesuré l’ampleur qu’allaient prendre les évènements. Trop de policiers là où il en fallait moins et pas assez là où il en aurait fallu plus. Et surtout, des policiers fatigués. Physiquement, certes, mais moralement aussi. Surtout quand Emmanuel Macron leur reproche leur « manque d’empathie » vis-à-vis de jeunes manifestants, assez adultes pour lancer des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre, mais trop jeunes pour aller goûter les délices de l’hospitalité pénitentiaire.
Des journaux de gauche qui ne savent plus sur quel pied danser…
Sans surprise, Libération et L’Humanité, excipant de ce manque d’anticipation des services de Laurent Nuñez, désignent ces derniers comme principaux fauteurs de troubles. Là, leurs circonvolutions dialectiques valent le détour. Pour L’Humanité, qui titre sur « L’explosion sociale », il serait indélicat d’évoquer les violences dues aux voyous de cité et aux militants d’extrême gauche, le journal jadis fondé par Jean Jaurès se contentant de stigmatiser un Emmanuel Macron qui « ne fait que récolter ce qu’il a semé » ; ce qui, d’un sens, n’est pas totalement faux. On constatera seulement que l’historique quotidien communiste est aujourd’hui devenu folliculaire gauchiste. On le savait depuis longtemps ; voilà qui est confirmé. Le cas de Libération est plus jésuitique. La réalité n’y est pas niée, même si méritant quelques accommodements. Certes, on n’y fait pas l’impasse sur les racailles des « quartiers », mais on entend les découpler des militants politiques issus du mélenchonisme et de ses proches environs. Pas de vase, le quotidien publie la photo d’une succursale de la MAIF, célèbre compagnie d’assurances. Sur sa façade vandalisée, les sempiternels ACAB tagués, comme si les petits revendeurs de la DZ Mafia savaient ce que signifie cet acronyme anglo-saxon. Mettre toutes ces violences sur le dos des enfants de l’immigration est un jeu dangereux. D’ailleurs, un riverain du canal Saint-Martin, interrogé par nos confrères de Libé, livre involontairement le fond de sa pensée : « Évidemment que ça fait peur. Nous, quand on était jeunes, si on voulait du pognon, on forçait un peu le danger : on descendait dans la rue vendre de la drogue. Aujourd’hui, ces jeunes sont obsédés par l’argent. Ils n’en ont plus rien à foutre de rien. » C’est vrai, mon bon monsieur, que l’ultragauche, c’était quand même mieux avant.
Le piège de la racialisation…
Il est tout aussi vrai que cette dernière était naguère une affaire de Blancs, Blancs ayant paradoxalement théorisé le racisme anti-Blancs. Soit un boomerang conceptuel qui leur revient désormais en pleines gencives. Il ne faudrait jamais laisser les enfants jouer avec les affaires des grands. Car ce témoin interrogé ne peut ignorer que ses descendants ont également conceptualisé cette fameuse « convergence des luttes » entre jeunesse « conscientisée » et son homologue « racisée », sachant qu’à quelques exceptions près (Bally Bagayoko et Rokhaya Diallo ont eu la chance de faire des études payées par l’État colonial), ces deux populations n’obéissent pas aux mêmes logiques. Soit un hiatus dialectique au moins aussi tortueux que ces militants LGBTQUI+ AZERTYOP éperdus d’amour pour une Palestine où leur espérance de vie n’excéderait pas les deux minutes, montre en main.
Les intellectuels précaires et les gosses de riches issus des beaux quartiers veulent la fin du capitalisme (ce qui n’est pas une mauvaise idée en soi), alors que les marginaux des cités, dealers en produits divers, drogues, joggings ou chaussures de sport, ne pensent qu’à l’argent, se voient en entrepreneurs capitalistes, bimbos et piscines à l’appui, avec Dubaï pour ultime Mecque.
Soit une « convergence des luttes » ne s’annonçant pas forcément sous les meilleurs auspices pour Jean-Luc Mélenchon, surtout lorsqu’on sait qu’une partie non négligeable de cette France issue de l’immigration n’aspire qu’à vivre en paix, à l’instar de tout Français de souche, allant jusqu’à voter à hauteur de 15 % pour le Rassemblement national. La preuve en est qu’à Paris, nombre des commerces pillés par ces enfants d’immigrés étaient tenus par d’autres enfants d’immigrés, tel que noté par Pascal Praud sur Europe 1, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il est tout, hormis un immigrationniste forcené.
Cette France donnée pour « nouvelle » relève donc plus du concept racialiste que de la simple réalité. Pis, cette insurrection, même si en partie noyautée par LFI, semble avoir pris des proportions susceptibles de devenir incontrôlables, et pourrait bien ne pas arranger les affaires du président à vie de La France insoumise. Sa stratégie du bruit et de la fureur a été prévue pour un second tour l’opposant à Marine Le Pen. Mais encore faut-il qu’il parvienne à cette ultime marche du podium. Au vu de ces évènements, il n’est pas sûr qu’il soit parti pour.




