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Le magazine des idées

Jean-François Gautier, un savoir universel contre l’universalisme

Décédé dimanche 6 décembre d’une longue et cruelle maladie, Jean-François Gautier était l’une des voix les plus puissantes et les plus secrètes de notre temps. Sa disparition laisse un vide, dans sa famille bien sûr, dans la nôtre, celle de la Nouvelle Droite, d’Éléments, de l’Institut Iliade. Il en était la colonne dorique. Adieu Jean-François !
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C’était une intelligence souveraine. Cela, on ne peut le dire que d’une poignée de personnes. De celles qui forment et qui élèvent. Abrupte, comme les cols, qu’il abordait toujours par la face nord. Un pic, de la Mirandole forcément, à l’âge de l’expertise et de la spécialisation. Autant dire qu’il semblait tomber d’on ne sait quelle Olympe. Trop sibyllin, trop ésotérique pour notre temps. Lui prenait date avec le futur. Demain viendra à lui. Il fallait le suivre, jamais sans effort. Mais le voyage en valait la chandelle. Collaborateur de longue date d’Éléments, docteur en philosophie, disciple de Lucien Jerphagnon, Jean-François Gautier avait repris le chemin des écoliers, en nous livrant tous les deux mois son « Anti-manuel de philosophie », en répondant aux questions du baccalauréat.

       Historien des sciences, il avait consacré à la cosmophysique son maître ouvrage, L’univers existe t-il ?, chez Actes sud, dans lequel il mettait en cause l’histoire du Big Bang, et, plus généralement, la volonté de la science de décréter et de redire, à l’instar des religions révélées, un commencement. C’est en philosophe qu’il avait poursuivi sa réflexion dans un essai passionnant Le sens de l’histoire, une histoire du messianisme, chez Ellipses (« L’histoire est-elle un poison ? », Chroniques de la Vieille Europe). Musicologue, il a publié Palestrina ou l’esthétique de l’âme du monde en 1994, et Claude Debussy, la musique et le mouvant, toujours chez Actes Sud, en 1999.

Ce qui éclaire ne brille pas, dit Lao Tseu. Jean-François Gautier éclairait, loin des feux de l’actualité. Il n’a jamais sacrifié aux rites médiatiques. Il savait mieux que personne combien ils sont éphémères, frappés de péremption et d’inutilité. Il a fait une exception devant les caméras de TV Libertés, au micro de Paul-Marie Couteaux, dans une série d’émissions « Conversations : Jean-François Gautier, penseur du GRECE ». Étonnante autorité de sa voix. Celle d’un maître. En peinture, musique, sciences, philosophie, dont la philosophie politique. En philologie, comme Nietzsche, dont il était un disciple, comme nous sommes désormais les siens.

Par François Bousquet et Pascal Eysseric

Ses interventions audios et vidéos

Le 22 septembre 2010, entretien avec Jean-François Gautier, à l’occasion de la sortir du numéro de la revue Krisis « La guerre ? ». Émission Les Chroniques de la Vieille Europe, sur Radio Courtoisie.


Le 25 juin 2013, entretien à propos de son livre Le sens de l’histoire, une histoire du messianisme en politique (Éditions Ellipses). Émission Les Chroniques de la Vieille Europe, sur Radio Courtoisie.

Émission équivalente sur son livre Le sens de l’histoire, une histoire du messianisme en politique.
• Le 21 août 2013, Le sens de l’Histoire, entretien sur radio courtoisie avec Emmanuel Ratier
• Le 23 avril 2013, Histoire du messianisme politique, entretien sur radio courtoisie avec Philippe Conrad et Dominique Venner

Le 25 avril 2015, intervention au colloque de l’Iliade : « La polyphonie du monde ».

Le 09 avril 2016, intervention au colloque de l’Iliade : « La pérennité de l’âme européenne ».

Le 18 mars 2017, intervention au colloque de l’Iliade: « La transmission par le patrimoine musical ».

Le 7 avril 2018, intervention au colloque de l’Iliade : « Ce que nous devons aux Européens ».

Le 6 avril 2019, intervention au colloque de l’Iliade : « Pour une politique des frontières ».

Le 21 janvier 2020, Conversations : Jean-François Gautier, penseur du GRECE (1). Émission de TV Libertés avec Paul-Marie Coûteaux.

Le 13 février 2020, Conversations : Jean-François Gautier, penseur du GRECE (2). Émission de TV Libertés avec Paul-Marie Coûteaux.

Revue de presse et témoignages

Institut Iliade, 6 décembre 2020

Disparition de Jean-François Gautier

Qui fut Jean-François Gautier ? Que nous dit-il, que nous lègue-t-il ? L’Institut Iliade rend hommage à l’un de ses principaux fondateurs, inspirateurs et piliers.

Jean-François Gautier était d’abord un Charentais. On ne peut saisir son œuvre sans la référence au territoire et surtout au fleuve auprès duquel il choisit de vivre et de mourir. C’était d’ailleurs à cette Charente s’écoulant lentement vers la mer qu’il comparait le travail de sa pensée. On en eut une merveilleuse allégorie dans son ouvrage La sente s’efface. Comme ce fleuve bordé d’abbayes et de vignobles dont l’épicentre symbolique est Cognac – alcool des alcools – la pensée doit se frayer un chemin sans se soucier du temps, maturer et vieillir, avec douceur et patience. Il ne peut y avoir de pensée authentique sans enracinement dans une terre : cette évidence restait pour lui un socle.

Homme complet, habile de ses mains, d’un esprit aussi agile que rigoureux, Jean-François Gautier restait simple en toutes circonstances, bien que ses connaissances philosophiques et proprement encyclopédiques fussent connues de tous. Il faisait souvent référence à deux grands esprits qui avaient contribué à sa formation, Lucien Jerphagnon et Julien Freund. Sur leurs brisées, il se livra à une fréquentation assidue de l’Antiquité gréco-latine et à une appréhension des affrontements politiques et géopolitiques du monde fondée sur le réalisme. Lisant le grec dans le texte, écrivant dans une langue alliant la beauté à la profondeur, fin connaisseur de l’histoire des idées et des arts, il s’efforçait de faire ressurgir la pensée originelle de notre Europe pour la redéployer ici et maintenant, pour lui permettre un nouvel envol et ce, toujours dans une perspective éminemment politique, à savoir comment penser sur un mode tout à la fois subtil et pratique le devenir d’un peuple ancré dans un territoire.

Jean-François fut aussi un homme dont l’élévation de la pensée avait pour corollaire la délicieuse simplicité de l’existence. Ceux qui furent ses amis savaient à quel point derrière le puits de science il y avait l’homme, dans sa merveilleuse architectonique. Humain, il l’était, de manière noble et fine, sachant être à l’égard de ses proches d’une fidélité inébranlable, d’une discrétion absolue, d’une confiance aussi totale que la détermination dont il faisait montre dans les circonstances les plus difficiles. Cette hauteur d’âme s’accompagnait d’un authentique savoir-vivre au quotidien. Fin cuisinier, il était excellent musicien. Après avoir disserté sur Aristote, il empoignait une guitare, une viole ou se mettait au piano pour chanter tour à tour de vieilles ritournelles ou des chants de carabins… Enfin, homme de réflexion, Jean-François savait aussi soigner les corps. Sa passion de la logique qu’il avait hérité du Stagirite se retrouvait dans la pratique musicale de Palestrina ou de Debussy, mais aussi de manière tout aussi concrète dans l’étiopathie. Une même logique était à l’œuvre à travers lui, que ce soit pour soigner les corps, jouer d’un instrument de musique ou décortiquer les failles d’une pensée géopolitique. Ne rien accepter qui ne soit vérifié ou confirmé par l’expérience, savoir douter pour mieux avancer, s’engager à explorer les chemins de traverse fussent-ils sulfureux, et surtout, construire inlassablement et donner aux jeunes le goût d’apprendre à penser, c’était la mission qu’il s’était assignée. Il l’a remplie jusqu’à l’extrême limite de ses forces, jusqu’à ce que la mort vienne le cueillir.

Sa vie entière fut un questionnement inlassable auquel la logique intime du système aristotélicien l’aida à répondre, ou du moins à esquisser des tentatives de réponse. Ainsi, c’est d’abord par sa vie et sa manière d’être au monde, de par l’extraordinaire complexité de son personnage, que Jean-François Gautier s’impose comme une Figure, au sens que les frères Jünger donnent à ce terme. Les mille facettes de l’homme font qu’il échappe de fait à la compréhension de nos contemporains. Qu’importe ! Jean-François s’en souciait comme d’une guigne. En revanche, lui être fidèle consiste d’abord à poursuivre l’œuvre entreprise, en donnant corps à la logique d’être, de penser et d’agir qu’il prônait, en reprenant les armes et les cartes qu’il nous a léguées, pour continuer à nous battre et à vivre, en pleine lumière ou en soldats de l’ombre.

Homme de tête et homme d’action, sachant fusionner esthétique et politique en une alchimie des plus nobles, Jean-François Gautier laisse à ceux qui le connurent l’image d’un seigneur de la Renaissance italienne, puissant, noble et raffiné, indifférent aux honneurs, aux blâmes ou aux louanges, vivant en parfaite symbiose avec sa loi intérieure. Maintenant qu’il nous a quittés, certains le savent. À travers nous, JFG vivit et non vivit

Source : Institut de l’Iliade


Breizh Info, 6 décembre 2020

Avec Jean-François Gautier disparait un Pic de La Mirandole contemporain

Ce jour, notre ami et collaborateur Jean-François Gautier nous a quittés. Il a rejoint aux Champs Elysées les héros et personnes remarquables de la Grèce antique qu’il a étudiés et admirés avec passion depuis sa jeunesse.

Issu d’une vieille famille charentaise, né à Paris le 9 janvier 1950 où il passe ses premières années, Jean-François Gautier se retrouve en Normandie à Caen en 1965 quand son père devient directeur de la fabrication chez Moulinex en plein essor.

Il y obtiendra son doctorat de philosophie sous la conduite en particulier du professeur Jerphagnon à qui il vouera une grande reconnaissance pendant toute sa vie pour l’avoir initié à la culture grecque et romaine antique. Julien Freund sera un autre de ses maîtres à penser. En parallèle, il suivra des cours de musique, qui sera un autre domaine de son expertise.

Dès son enfance, il se prendra de passion pour la navigation en mer, qu’il pratiquera avec brio. De nombreux scouts bénéficieront de sa connaissance du monde marin.

Après son doctorat, il fera un service militaire de coopérant à l’université de Libreville au Gabon pendant un an comme enseignant. Cela lui ouvrait la porte d’ une carrière sans histoire de mandarin. Mais, sur place, Michel Combes lui fait découvrir le GRECE, école de pensée plus connue sous le nom de « Nouvelle droite ».

Est-ce la raison de son changement d’orientation ? A son retour, il ne s’engagera pas dans le cursus de professeur universitaire et se lancera dans ses propres recherches.

Son intérêt pour la culture le fera directeur d’édition puis directeur général des Éditions Atlas et journaliste du groupe Valmonde.

Ensuite, il élargira encore son champ de compétences en entamant de brillantes études d’étiopathie sous la houlette de Christian Trédaniel. Il quittera Paris et créera son cabinet d’étiopathe à Châteauneuf sur Charente, renouant ainsi avec ses racines familiales. Brillant thérapeute – il avait  » l’intelligence de la main » -, il deviendra également enseignant de cette discipline et formera de nombreux confrères.

Nous l’avons connu quand nos enfants se sont retrouvés dans un mouvement scout dont il s’occupait. Au fur et à mesure de notre relation, Jean-François nous est apparu comme un Pic de La Mirandole contemporain, cet homme de la Renaissance exalté par la découverte des textes de l’Antiquité, qui avait la réputation de s’intéresser à tous les domaines de la connaissance de son temps.

Même si cela est devenu très difficile avec l’extension des études et des recherches depuis cette époque, la curiosité et le travail de Jean-François faisaient de lui un véritable puits de science. Nous ne sortions jamais d’une rencontre sans qu’il ne nous ait ouvert un champ de réflexion sur l’Univers, la vie, les peuples, les hommes. Chacun pourra en juger à travers tous les sujets de ses livres et de ses articles ou son entretien avec Paul Marie Couteaux sur TVL.

Outre sa participation comme journaliste à Valeurs actuelles, il  collaborera à la revue Éléments, où depuis plusieurs années, il tenait la rubrique « Anti-manuel de Philosophie ». Il donnera aussi des contributions à la revue Nouvelle École créée par Alain de Benoist et à Antaios animée par Christopher Gérard. N’oublions pas les brillants articles publiés sur Breizh Info sur la musique, la médecine, les sciences etc.

Comme philosophe, le produit de sa réflexion sur la réalité du monde s’exprimera dans son livre consacré à la cosmophysique L’Univers existe t-il ?  chez Actes sud en 1999. Celle sur la marche du monde sera développée dans son ouvrage Le sens de l’histoire, une histoire du messianisme  chez Ellipses.

Il venait de publier un essai, «  A propos des Dieux, l’esprit des polythéismes « , une sorte de testament,  sur lequel Christopher Gérard écrit : «  L’un des leitmotiv pourrait bien être « Pourquoi pas ? ». Pourquoi pas des correspondances entre Hermès et Hestia, entre Apollon et Dionysos ? Pourquoi ne pas faire le pari de la malléabilité, de l’assimilation et de l’identification ? Pourquoi ne pas comprendre le divin comme fluide, en perpétuel mouvement ? ».

Dans La sente s’efface (Éditions Le Temps qu’il fait,1996), il s’intéresse à la poétique du paysage.

Comme musicologue, il publiera des essais remarqués comme Palestrina ou l’esthétique de l’âme du monde en 1994 chez Actes Sud ou Claude Debussy, la musique et le mouvant chez Actes Sud en 1999.

Dans le domaine médical, il a notamment publié Logique et pensée médicale en 1991, Le syndrome CNV en 1993, Le système circulatoire en 1994.

Mais Jean-François n’était pas seulement un penseur, c’était un homme d’engagement qui se préoccupait de l’avenir de nos enfants. il a largement contribué à l’organisation de camps scouts. Plus récemment, il a été une cheville ouvrière de la création de l’Institut Iliade. Celui-ci a pour objectif de transmettre aux jeunes générations la culture millénaire de la civilisation européenne.

Enfin et surtout, en homme de la Renaissance, il aimait la vie et les rencontres. Sa maison de Châteauneuf était largement ouverte aux amis de passage, qui en profitaient pour bénéficier de ses soins d’étiopathe… et de sa cuisine qui était fameuse !  C’était un conteur riche de mille anecdotes, fruits de ses expériences multiples et de sa curiosité sans limite.

Jean-François nous manque déjà.

Nous pensons à ses enfants et petits-enfants auxquels toute l’équipe de Breizh Info adresse son affectueuse sympathie.

Source : Thierry Monvoisin et Philippe Le Grand
pour le site breizh-info.com


Thibault Isabel
Directeur de publication de L’inactuelle

Bien que très peu de personnes le connaissent ou aient jamais lu ses livres, Jean-François Gautier fut assurément un des plus grands esprits de sa génération. Ce phare admirable allumé dans la nuit sera toujours resté dissimulé par l’épaisseur du brouillard contemporain. Quand d’autres attirent la lumière, lui habitait les ombres. Les hommes dont l’intelligence m’a autant impressionné se comptent sur les doigts de la main. Savoir qu’il arpentait le monde en même temps que moi donnait du sens à mon passage sur cette terre. Jean-François me manquera terriblement. Il demeurait discret, et le brouhaha imbécile du temps ne se souciait guère de lui. Mais le silence lui-même pleure aujourd’hui en sa mémoire. Désormais, chaque parcelle de silence sera pour l’éternité une pierre sacrée plantée dans le jardin spirituel de ce merveilleux érudit. Retourne auprès des dieux, mon ami. Ta place n’est plus parmi nous. Puisse ton héritage nous inspirer.


Alain de Benoist
Philosophe et essayiste français

Jean-François Gautier n’était pas seulement pour moi un ami de plus de 40 ans. Sa gentillesse, sa modestie, son sens de l’hospitalité, son extraordinaire érudition étaient connus de tous ceux qui ont eu le bonheur de l’approcher. Compliment rare sous ma plume : il n’y a pas de texte publié par lui dans lequel je n’ai pas appris quelque chose. Maintenant qu’il n’est plus là physiquement, il ne va plus cesser de nous accompagner.


Pierre Vial
Président de Terre & Peuple

Je salue comme elle le mérite la mémoire de mon vieux camarade Jean-François. À lui s’applique la formule qu’aimait Jean Mabire : “À ses côtés je ferais bien la guerre”. Peu d’hommes méritent ces mots : Jean-François en était.


Édouard Chanot
Président de Terre & Peuple

Grande tristesse, mais infinie reconnaissance. J’ai rencontré Jean-François Gautier il y a six ans, quasiment jour pour jour. L’automne était ensoleillé dans le Vexin. Son intervention sur la philosophie européenne le samedi soir s’était conclue de façon bien mystérieuse, par l’affirmation que l’esprit européen était “polyphonique”. Mais c’est avec un exposé musical qu’il nous tira le dimanche matin de la somnolence. Pendant deux heures, il nous fit écouter Schubert ou Stravinsky, nous intimant de prêter l’oreille à un seul et unique instrument. Cloisonner rigoureusement, pour ensuite décloisonner, déployer la raison, la rendre volumineuse. Cette fois, tout devint clair : j’avais compris ce qu’était l’esprit polyphonique. Gautier lui-même en était doté, toujours affable, avec son regard de faune espiègle. Au revoir, maître.“


Jean-Yves Le Gallou
Président de la fondation Polemia et cofondateur de l’Institut Iliade

Essayiste, étiopathe, philosophe, musicologue, Jean-François Gautier eut été druide à l’époque de Merlin et humaniste à la Renaissance. Il était présent sur l’Olympe lors de la fondation de l’Institut Iliade. Il a rejoint le banquet des Immortels.


Jean-Yves Camus
Politologue

Au colloque de l’Institut Iliade en 2018, son intervention m’avait impressionné. Comme ses articles. Pour une fois, je ne me sens pas à la hauteur de la nécrologie à écrire.

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