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Japon : à droite toute !

Japon : à droite toute !

Le Premier ministre japonais Sanae Takaichi entre une nouvelle fois dans l'histoire du pays après avoir mené son parti à une écrasante victoire lors des élections générales ce dimanche 8 février. Ce résultat pourrait considérablement modifier les relations du Japon avec la Chine et conduire à de profondes réformes économiques.

La décision de Takaichi d’organiser des élections anticipées quelques mois seulement après son ascension fulgurante au pouvoir semble porter ses fruits. La coalition menée par le Parti libéral-démocrate (PLD) de cette dernière remporte 352 des 465 sièges de la Chambre des représentants japonaise, selon les chiffres de la chaîne publique NHK, le PLD obtenant à lui seul une majorité de 316 sièges. Une augmentation spectaculaire par rapport aux 232 sièges détenus conjointement par le PLD et son partenaire de coalition avant les élections. Partout au Japon, les gens ont bravé la neige pour voter lors du premier scrutin organisé en plein hiver depuis 36 ans.

Le succès foudroyant de Sanae Takaichi contraste fortement avec le destin de ses deux prédécesseurs, sous lesquels le parti avait perdu sa majorité parlementaire en raison de scandales de corruption et de l’augmentation importante de l’inflation. Takaichi s’était engagée à démissionner si son parti ne parvenait pas à obtenir la majorité, et certains ont qualifié ces élections anticipées de pari risqué. Pari gagné !

Pour rappel, le Japon fonctionne comme une monarchie constitutionnelle avec à sa tête un empereur symbolique et un régime parlementaire, où le pouvoir réel appartient au gouvernement et à la Diète (parlement). Dominant le pourvoir depuis 1955, le PLD est souvent décrit comme un grand parti conservateur, comprenant des factions allant du conservatisme modéré à l’extrême droite et à l’ultraconservatisme. Face à lui, l’opposition demeure très fragmentée, avec le Parti constitutionnel démocrate comme principal rival.

En 2024, le PLD perd sa majorité dans les deux chambres du Parlement tandis que sa coalition avec le parti Komeito, vieille de plusieurs décennies, s’est effondrée comme un château de carte. La popularité personnelle de Takaichi, véritable électron libre et « forte en gueule » semble avoir aidé le parti, les taux d’approbation de son gouvernement oscillant dans la plupart des sondages au-dessus de 70 %. Selon les chiffres de la NHK, le partenaire actuel de la coalition du PLD, le Parti de l’innovation du Japon, aurait obtenu 36 sièges, tandis que les partis d’opposition auraient remporté 113 sièges au total.

Un vieux partenariat

Le PLD étant un soutien historique d’une alliance avec les États-Unis, cette large victoire a été saluée par le locataire de la Maison Blanche. Donald Trump a en effet félicité Takaichi pour sa victoire, la décrivant comme une dirigeante « très respectée et très populaire ». « Je vous souhaite beaucoup de succès dans la mise en œuvre de votre programme conservateur, la paix par la force », déclare Trump sur sa plateforme Truth Social. Il ajoute : « Le merveilleux peuple japonais, qui a voté avec tant d’enthousiasme, aura toujours mon soutien indéfectible. » Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, est également allé de son commentaire, affirmant que « lorsque le Japon est fort, les États-Unis sont forts en Asie » (on appréciera la remarque au regard de l’histoire…). Le Premier ministre indien Narendra Modi a également félicité Takaichi pour ce résultat « historique », se disant convaincu que l’amitié entre l’Inde et le Japon pourrait atteindre « de nouveaux sommets ».

Tout comme son homologue américain, Taikaichi fait carton plein sur les réseaux sociaux, en particulier auprès des jeunes électeurs, de plus en plus sensibles à un discours mettant en garde contre l’immigration. Le premier ministre a récemment fait pression pour durcir le système d’immigration, afin de revoir les règles relatives à la propriété étrangère de terrains japonais et lutter contre le non-paiement des impôts et de l’assurance maladie par les ressortissants étrangers. Dans un pays où seuls 3 % de la population sont des ressortissants étrangers, ses détracteurs l’ont accusée de créer inutilement de l’anxiété et des divisions.

Malgré la large victoire, le pari était risqué. En effet, Takaichi et le PLD ont été confrontés à une opposition plus unie que jamais. L’ancien partenaire de coalition du PLD, le Komeito, s’étant associé au Parti constitutionnel démocratique du Japon pour former le plus grand bloc d’opposition à la Chambre basse. Ses détracteurs, y compris les entreprises, doutent que sa promesse d’augmenter les dépenses et de réduire les impôts puisse relancer l’économie japonaise en berne, la dette publique du pays demeurant l’une des plus élevées parmi les nations développées.

Les relations avec la Chine, premier partenaire commercial du Japon, sont également tendues depuis que Takaichi a suggéré en novembre dernier que le Japon pourrait intervenir militairement si la Chine envahissait Taïwan. Avec une majorité des deux tiers, Takaichi sera néanmoins en position de force pour envisager son objectif de longue date de modifier la constitution pacifiste du Japon. Pour atteindre ce but, Sanae Takaichi courtise allégrement Donald Trump, qui l’a publiquement soutenue durant la campagne – une initiative inhabituelle de la part d’un président américain – et tous deux semblent d’accord sur le fait que le Japon doit se réarmer pour assurer sa défense. Officiellement, la Constitution dite « pacifiste » de 1947 interdit au Japon le droit à la guerre offensive, ses forces restant cantonner à la seule défense du territoire, la sécurité nationale et les missions internationales.

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