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Éléments n°196 : La Russie, Poutine, Douguine et nous

Contrairement à ce que laisse présager sa couverture, le nouveau numéro d’Éléments n’est pas entièrement consacré à la guerre en Ukraine ! On y parle aussi gastronomie, art contemporain et élections présidentielles, etc. Suivez le guide !
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ÉLÉMENTS : Pourquoi donc consacrer un dossier à l’esprit gourmand ? Quels sont les enjeux idéologiques dans les cuisines ?

PASCAL EYSSERIC. Rien de ce qui fait partie de l’identité de la France et de l’Europe ne nous est étranger. Depuis les banquets gaulois, la France s’est faite autour de la table. Plus sérieusement, la vérité d’un peuple, on la trouve dans sa cuisine. Être français, c’est savoir manger ensemble. La commensalité par exemple est un vieux mot français, attesté dès le XVIe siècle, qui désigne l’acte de manger habituellement avec un compagnon de table. L’Américain se nourrit seul en ouvrant la porte de son réfrigérateur, le Français n’imagine pas manger autour d’une table dressée, entre amis ou en famille. On peut en voir encore quelques traces en ce début de XXIe siècle, notamment dans ce qui reste le dernier cérémonial qui nous permet de faire nation : le repas à table. Tous les Français ou presque mangent en même temps ! Un Français sur deux est en train de manger à 13 heures et un sur trois à 20 h. A titre de comparaison, les Américains atteignent leur pic de synchronisation vers midi avec un maximum de 15 %. Notre dossier est particulièrement copieux, mais nous l’avons voulu digeste pour les lecteurs. David L’Épée s’est intéressé au procès de la gourmandise par la « gauche ascétique » tandis que Guillaume Travers s’interroge sur notre rapport pathologique avec la viande puisque nous en consommons jusqu’à plus de 80 kg par an et par personne alors que la consommation de viande est longtemps restée autour de 20 kg.

Je vous conseille le passionnant portrait croisé des chefs étoilés Olivier et son fils Hugo Roellinger, signé Alain Lefebvre. Pour Roellinger père, « l’ouverture au monde » est une dimension majeure de sa cuisine, tandis que le second veut « faire une cuisine identitaire, de chez nous, militante ». Un petit mot sur le merveilleux article de François Monestier. J’espère que vous ne refermez pas le magazine sans avoir lu sa très belle évocation de Pampille, Caroline Haedens et Marie Delcourt, trois femmes d’écrivains, auteurs de trois bibles de la cuisine « qui se lisent mieux que des romans ». Pour tout vous dire, ce dossier sur la gastronomie était une idée de feu Emmanuel Ratier, certes enquêteur de haut de vol mais surtout fin gourmet.

ÉLÉMENTS : Contrairement à ce que l’on pourrait croire vu la couverture, l’Ukraine n’est pas le seul sujet de ce numéro d’Éléments

PASCAL EYSSERIC. C’est un numéro très riche, très varié avec des sujets très forts comme cette enquête coup de poing sur la folie transgenre d’une journaliste du Wall Street Journal que nous avons interrogés, et qui prévoit un scandale sanitaire à venir dans les prochaines décennies. On y parle politique française avec un premier bilan sur la présidentielle de la part du sondeur et politologue Jérôme Sainte-Marie, littérature et des manuscrits volés de Céline avec François Gibault, rock avec une rencontre avec le groupe « Île de France », mais aussi d’art contemporain avec Alix Marmin, qui a parcouru pour Éléments l’édition 2022 d’Art Paris, la foire d’art moderne et contemporain à la recherche d’artistes français talentueux et de créateurs dont l’art assume la diversité de notre héritage européen. La pêche a été bonne puisque notre collaboratrice est revenue à la rédaction avec quatre coups de cœur : les mégalithes de Loïc Le Groumellec, l’univers fantastique d’Arnaud Rochard, les fulgurances méditerranéennes de Vincent Bioulès et les forêts de carton d’Eva Jospin.

ÉLÉMENTS : Vous n’avez pourtant pas choisi de mettre en Une le dossier sur la gastronomie. Pourquoi avoir choisi ce titre : « Russie-Ukraine : comment l’Amérique mène sa guerre en Europe » ?

PASCAL EYSSERIC. L’actualité commande la couverture. Après l’énorme coup de gueule de Gérard Depardieu dans le dernier numéro d’Éléments qui s’insurgeait contre cette guerre fratricide entre la Russie et l’Ukraine et dénonçait les va-t-en guerre, nous avons voulu explorer les soubassements géopolitiques de cette guerre à trois – Ukraine-Russie-États-Unis – en nous appuyant sur les analyses d’Alain de Benoist, d’Hervé Juvin et d’Alexandre Douguine qui nous a accordés un entretien exclusif particulièrement passionnant et éclairant. Mais comme aucune analyse ne tient si elle ne s’appuie pas solidement sur des faits, nous avons également publié le très minutieux panorama des forces en présence sur le terrain militaire par Laurent Schang, spécialiste des questions de Défense, chroniqueur militaire d’Éléments et fondateur des éditions du Polémarque. Un point de situation remarquable de précision et de rigueur qui permet d’y voir clair dans le brouillard de la guerre et que l’on peut suivre par ailleurs au jour le jour sur le site internet d’Éléments. Le tableau ne serait évidemment pas complet si je n’évoquais pasle très beau reportage à la rencontre des membres de la diaspora russe en France, déchirée entre pro-poutiniens et pro-ukrainiens. Cette nouvelle rubrique « Reportage » inaugurée avec talent par Daoud Boughezala et désormais bien installée dans les colonnes d’Éléments, nous permet d’enrichir notre palette. Cette rubrique est d’ailleurs appelée à s’étoffer encore avec des intervenants de renom. A l’avenir, Éléments proposera toujours plus d’analyses, d’interviews et des reportages qu’on ne lit nulle par ailleurs.

ÉLÉMENTS : Depuis le 24 février dernier, la guerre en Ukraine déchire l’est de l’Europe. Avec cette couverture, ne prenez-vous pas clairement partie ?

PASCAL EYSSERIC. « Il n’y a pas de bonne guerre », ce lieu commun récemment évoqué par le grand reporter et écrivain Christian Rol, après ses expériences traumatisantes en novembre 1991 en Croatie et en mai 1999 en Serbie, pourrait servir de ligne directrice d’Éléments. C’était en tout cas la nôtre lorsque Éléments avait lancé en 1999 le « Collectif non à la guerre » contre les bombardements de l’OTAN en Serbie. Vingt ans plus tard, les États-Unis et l’OTAN ont poursuivi leur marche en avant vers l’est et tout fait pour rendre une guerre russo-ukrainienne inévitable. Comme l’a justement expliqué et regretté Alain de Benoist dans son éditorial, le premier perdant dans cette guerre est « le malheureux peuple ukrainien, aujourd’hui bombardé par les Russes après avoir été utilisé cyniquement comme un pion sur l’échiquier stratégique américain ». Dans cet éditorial un peu particulier, plus long que d’habitude, Alain de Benoist met surtout au jour toutes les guerres qui se déroulent en Ukraine, notamment la guerre par procuration de Washington contre le Kremlin, qui est le sujet de notre numéro.

ÉLÉMENTS : Pourquoi avoir fait appel à Alexandre Douguine, figure « controversée », comme on dit dans les médias centraux, de l’eurasisme ?

Pascal Eysseric. Ah Douguine ! Il a été le premier intellectuel russe à être interdit d’entrée en Europe en 2016. Il y a un grand mystère autour de cette figure attachante de la Nouvelle Droite russe. Un grand mystère et beaucoup d’incompréhensions. Une longue amitié de plus de trente ans lie le théoricien de l’eurasisme à la rédaction d’Éléments. Le Mur de Berlin venait à peine de tomber lorsqu’il est intervenu pour la première fois, en 1991, lors d’un colloque du GRECE. Et il n’était pas encore âgé de trente ans lorsqu’il a lancé une version russe de notre revue sous le nom, d’Elementyi. Présenté depuis une décennie comme « le Raspoutine de Poutine » par la presse occidentale, ce dernier n’a pourtant jamais couru derrière les honneurs et a toujours eu une position critique vis-à-vis du maître du Kremlin. Ses nombreux entretiens et articles parus dans Éléments en témoignent. Mais rien n’y fait ! Peut-être est-ce à cause de sa grande barbe grisonnante qui lui donne un air plus russe que jamais ! Ou plus sûrement, malheureusement, à cause de certains de ses premiers thuriféraires qui, après avoir manié l’encensoir se défoulent désormais sur lui rageusement en alimentant sa légende noire caricaturale. Décrit comme un anti-ukrainien viscéral, Douguine nous rappelle à chaque fois qu’il est lui-même à moitié ukrainien ! On dit sa pensée exaltée et tortueuse, et pourtant, j’ai interrogé un homme lucide à la parole claire, droite et courageuse, reconnaissant à regret la nouvelle vigueur de l’OTAN et le basculement de l’Ukraine vers les États-Unis. La pensée de Douguine mérite notre attention. Et à relire ses articles dans Éléments, on ne peut qu’être frappé par ses prémonitions.

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