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Élections présidentielles 2027 : Jean-Luc Mélenchon peut-il l’emporter ?

Le chef de fil de la France Insoumise est désormais officiellement candidat à la magistrature suprême. Après des élections municipales plutôt favorables malgré une intense « diabolisation » médiatique, quelles sont les chances de l’apôtre de la « nouvelle France » dans la course à l’Élysée ? Pour tenter de répondre à cette question, nous avons interrogé notre collaborateur Rodolphe Cart, dont une version revue et augmentée de l’ouvrage « Jean-Luc Mélenchon, le bruit et la fureur » vient de sortir aux éditions de la Nouvelle Librairie.

ÉLÉMENTS. Après avoir feint de vouloir « passer la main » à la jeunesse en 2023, Jean-Luc Mélenchon, 74 ans, a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle. Cette annonce vous a-t-elle surprise ? Quelqu’un d’autre pouvait-il envisager d’être le candidat LFI pour cette échéance ?

RODOLPHE CART. Absolument pas. Comment l’homme qui a échoué, en 2022, à 400 000 voix pour accéder au second tour de l’élection présidentielle aurait-il pu laisser passer la chance de tenter le coup une nouvelle fois ? D’élection présidentielle en élection présidentielle, Mélenchon est l’homme qui monte en puissance. Dès 2012, il fait 11 % avec son Front de gauche (alliance avec les écologistes et les communistes) – quand, à titre de comparaison et malgré une campagne réussie, Zemmour n’est parvenu qu’à 7 % lors de sa première candidature. En 2017, ce n’est plus que 600 000 voix qui lui manquent pour s’opposer à Macron. Cela aurait provoqué un bouleversement total de la vie politique française. Depuis son départ du PS en 2008, il ne pense qu’à prendre le pouvoir et à l’exercer. Alors qu’il ne lui reste plus qu’une marche pour accéder au second tour, il était inimaginable qu’il laisse sa place.

ÉLÉMENTS.  Qu’avez-vous pensé de son passage au JT de TF1 dimanche ? Peut-on déduire de sa prestation une ébauche de stratégie en vue de l’élection ?

RODOLPHE CART. Plutôt bonne. Il est apparu dans la posture du sage, de l’homme conscient de son âge et qui en joue – notamment vis à vis de possibles adversaires plus jeunes comme Jordan Bardella. D’ailleurs, son choix de costume, en délaissant la veste IIIe République pour reprendre un costume plus traditionnel, augure une campagne de surplomb et de volonté de se monter au-dessus de la mêlée – tout en dépendant largement des évènements, comme lors du meurtre de Quentin Deranque. Dernièrement, il a consolidé son socle selon les moments politiques et les élections mineures. L’électorat de Mélenchon est hétéroclite, et il a besoin de mythes politiques divers pour les mobiliser. Si le palestinisme fut incarnée par Rima Hassan, et que le bloc fait autour de Raphaël Arnault permit d’en rajouter une couche sur l’antifascisme, la mise en avant de Bally Bakayoko a offert un visage à la « Nouvelle France ». La figure de Mélenchon doit rassembler tous ces « camps ». Toutefois, il reste un autre électorat à aller chercher : les abstentionnistes, ce fameux « quatrième bloc » théorisé par Manuel Bompart. Ici, la « normalisation » du RN va lui permettre de jouer la carte de la politique de rupture offerte aux Français lassés du « système politico-médiatique ». Ainsi, dernièrement, on l’a vu essayer de séduire les « petits patrons ».

ÉLÉMENTS.  Quels sont, selon vous, les atouts et les faiblesses de cette candidature ?

RODOLPHE CART. Mélenchon fait les choses dans l’ordre. Avant de penser à devenir président, il fait déjà tout faire pour accéder au second tour. Rappelons qu’il est un homme traumatisé par 2002, et la « surprise Jean-Marie Le Pen » . Il connaît cet enseignement éternel de la politique : ne jamais jouer le second tour avant le premier.

Derrière tous les portraits que j’ai fait de Mélenchon dans mon livre, on retrouve toujours le même visage déterminé et implacable : celui du « stratège ». Réduire Mélenchon à sa figure tribunitienne est une sottise. En attendant son heure, Mélenchon voit son parti comme une structure organisée et disciplinée pour influencer le débat politique, par la conflictualité et la radicalité, pour créer un climat favorable à ses idées. Chaque insoumis doit être un sans-culotte, une tricoteuse, un faiseur de journée en puissance. On retrouve ici le trotskiste tendance lambertiste qu’il a été dans sa jeunesse.

De plus, la FI est une organisation structurée, avec une équipe de parlementaires nombreux, sans parler d’un réseau de cadres formés qui peut s’appuyer sur une logistique impressionnante.

ÉLÉMENTS. Dans l’hypothèse d’une confrontation entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ou Jordan Bardella au second tour de l’élection présidentielle, l’ensemble des sondages prédisent une large voire très large victoire du candidat du Rassemblement national. Êtes-vous d’accord avec ces prévisions ?

RODOLPHE CART. Pas tout à fait. Diverses études politiques nous l’ont démontré, la mémoire électorale d’un électeur est d’environ 6 mois. Même si je pense que la victoire serait difficile pour la FI, l’écart serait moindre que celui acctuellement annoncé. L’affaire du meurtre de Quentin Deranque nous en a donné l’exemple : le mythe antifasciste tourne encore à plein (médias, politiques, société civile, syndicats, Université, monde scientifique, influenceurs, sportifs, culture, etc.). Quant à l’électorat social-démocrate ou libéral du Centre, même s’il peut détester Mélenchon, une fois dans l’isoloir, il votera sans doute néanmoins à gauche. Je pense donc que l’on verra, au second tour, un recentrage de Mélenchon, mais surtout un nouveau  et énième « barrage » républicain contre la « menace fasciste ».

ÉLÉMENTS. En cas de défaite dans les urnes du candidat « insoumis » face au RN, un « appel à la rue » et une situation de violence révolutionnaire sont-ils envisageables ?

RODOLPHE CART. Mélenchon a impulsé quelque chose dans la gauche et la jeunesse, c’est indéniable. Mais cela peut-il entraîner une bascule dans une forme de résistance – et pourquoi pas violente ? – d’une partie de la gauche militante et des banlieues en cas d’arrivée au pouvoir du camp national ? Difficile à dire… En tout cas, depuis des années, Mélenchon multiplie les appels à la désobéissance, à la résistance, et même à l’insurrection – morale, dans un premier temps – en cas d’« arrivée au pouvoir de l’extrême droite ». Si Mélenchon sait qu’il doit tenir sa langue pour ne pas déraper, on sent, derrière lui, que toute une frange de ses soutiens n’a pas les mêmes pudeurs.

Sur le sujet, on se souvient des mots Raphaël Arnault, ancien porte-parole de la Jeune Garde antifasciste et désormais député Nouveau Front populaire de la première circonscription du Vaucluse (après un parachutage). Devant une quarantaine de personnes, accompagné par Mathieu Molard, journaliste au média d’extrême gauche StreetPress, les deux hommes discutaient d’une possible arrivée au pouvoir en 2027 du camp national. Après la proposition d’un membre du public de « viser les leaders [d’extrême droite] », Arnault sourit : « Je ne vais pas dire ça ici… » Enivré par l’auditoire, il finit par se laisser aller : « On a du mal avec la violence à gauche parce qu’on rêve d’un monde sans violence. Mais face à des collectifs qui sont ultra-violents, la violence est justifiée ! ».

En tout cas, Jean-Luc Mélenchon chercherait certianement à faire aboutir une nouvelle configuration de la politique française avec un affrontement Droite/Gauche exacerbée, afin d’en finir avec la tripolarisation de la France qui induit des blocs relativement étanches, un manque d’électorat pivot capable de faire basculer une élection, et surtout l’absence de majorité claire). Aussi, Mélenchon veut tout faire pour sortir de l’affrontement Bloc populaire/Bloc élitaire, qui le dessert largement – les insoumis disent souvent que ce sera « Eux » ou « Nous » et donc, en clair, dans leur imaginaire fantasmatique, « Hitler ou le Front populaire ». C’est sûrement dans cette perspective que l’on pourrait voir éclater des « violences » de toute sorte. Car tout bon marxiste le sait : « la violence est l’accouchement de toute vielle société grosse d’une société nouvelle ».

Propos recueillis par Xavier Eman

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