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Élections locales en Angleterre : le choc Nigel Farage

Élections locales en Angleterre : le choc Nigel Farage

D’habitude, ce sont les Français qui sont à la traîne de la Grande-Bretagne, avec nos bourgeois louchant du côté de la monarchie constitutionnelle lors de notre Révolution, ou le culte thatchériste chez une certaine droite au siècle dernier. Aujourd’hui, les temps changent.

Leurs résultats des récentes élections locales sont sans appel. Reform UK, le parti de Nigel Farage, ancien chef de file du Brexit, rafle plus de 1400 sièges. Le Labour, parti au pouvoir, dégringole à 1060, tandis que les conservateurs tombent à 800, contre 840 pour les Libéraux démocrates, l’éternel parti pivot. Un inventaire qui serait incomplet si l’on oubliait les 540 sièges des écologistes du Green Party, mené par le nouveau venu Zack Polanski. Inutile de préciser qu’Outre-Manche, c’est la consternation. Mais ici, aussi, comme aurait pu chanter la Félicie, amie si chère de notre défunt ami Fernandel.

Le constat du Monde

Ainsi, Le Monde du 10 mai déplore-t-il, non sans lucidité : « Reform UK, qui prône l’abandon des objectifs nationaux de neutralité carbone, fait le plein des voix dans les zones les plus pauvres du pays (le Nord, les villes côtières), celles qui avaient voté pour le Brexit en 2016, où les populations se sentent, depuis des décennies, laissées pour compte par les dirigeants politiques à Westminster. En Écosse et au Pays de Galles, il récupère les suffrages qui allaient traditionnellement aux conservateurs et empiète aussi sur l’électorat travailliste. »

Mais, exception anglaise oblige, les partis autonomistes – quand ils ne sont pas tout simplement indépendantistes – progressent aussi, tels les Écossais du Scottish National Party et les Gallois du Plaid Cymru. Là, on voit bien que l’Angleterre n’est pas la France, forte d’une tradition centralisatrice remontant à l’Ancien régime. En ce sens, le jacobinisme de la Révolution française s’inscrivait dans les pas de ses prédécesseurs capétiens, alors que les identités régionales de l’île en question ont toujours été préservées, fut-ce souvent dans le sang. Bref, ce n’est sûrement pas pour rien que l’Angleterre s’appelle aussi le « Royaume-Uni ». Voire même la Grande-Bretagne. Trois noms pour un seul pays, on aurait le droit de se méfier pour moins que ça, surtout depuis Jeanne d’Arc et Fachoda. Au-delà de ces considérations historiques, la situation est assez bien résumée par Zack Polanski, sorte de Jean-Luc Mélenchon local : « Le bipartisme est mort et enterré. » Ite Missa Est.

Pour une fois, le modèle français…

En effet, le paysage politique anglais ressemble dorénavant à son homologue français. Une gauche atomisée et une droite à la ramasse. Un parti populiste, Reform UK, dont Le Monde se demande si, « doté d’une telle assise locale, M. Farage ne ferait pas désormais figure de candidat sérieux pour Downing Street aux prochaines élections générales. » Sans négliger le Green Party, autre formation populiste, plutôt de gauche, celle-là, qui vient achever de troubler le jeu politique.

La première secousse d’un possible séisme à venir a évidemment été le Brexit. Mais il ne s’agissait pas véritablement d’une surprise, tant l’Angleterre n’a jamais été un pays européen. Certes, il peut en partager parfois les mœurs et la religion ; mais sa géographie l’a toujours emmené ailleurs. En juin 1944, le Premier ministre anglais Winston Churchill parlait d’or au général de Gaulle lorsque lui confiant : « Chaque fois que nous devrons choisir entre l’Europe et le grand large, nous choisirons le grand large. »

En revanche, la France partage ce point commun avec la perfide Albion consistant à subir la même déferlante migratoire. Et là, même nos voisins britons se rendent compte que cette dernière n’est pas forcément source de mille et une félicités. Un comble pour une nation s’étant de longue date vantée de son modèle multiculturel, au même titre que ces pays nordiques dans lesquels Thorgal, notre viking de bandes dessinées, aurait désormais bien du mal à retrouver ses petits. Et ce sont ces derniers qui aujourd’hui, même si dirigés par des sociaux-démocrates, adoptent les lois les plus sévères en matière d’immigration. En attendant que nos meilleurs ennemis fassent de même, de l’autre côté de la Manche ?

Les avantages du pragmatisme…

C’est peut-être ici que résulte la force des pays à culture pragmatique. En Angleterre, on tente la république avec Cromwell ? Ça ne fonctionne pas et on fait marche arrière ; alors qu’ici, on aurait plutôt tendance à s’entêter jusqu’à la déraison. Mais il est vrai que les Français sont peut-être plus idéologues que… pragmatiques. Il n’empêche que, pour une fois, ce serait plutôt aux britanniques de nous imiter. À croire que la vengeance soit enfin venue de ce journaliste de Rock & Folk qui, demandant à Mick Jagger ce « qu’il pensait du rock français », se vit répondre : « Et si nous parlions plutôt du vin anglais ? »

Ne nous reste plus qu’à attendre les développements futurs, sachant que depuis le Swinging London, Oscar Wilde, l’agent 007 et les Spice Girls, les Anglais n’ont jamais ménagé leurs efforts pour nous étonner.

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