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Donné pour être un parti de tocards, le RN a plus de leçons à donner qu’à recevoir…

Donné pour être un parti de tocards, le RN a plus de leçons à donner qu’à recevoir…

L’échec du RN à Marseille et Toulon, lors des dernières élections municipales, a fait oublier un fait majeur : sa progression dans les petites et moyennes villes ; soit cette France des ronds-points et des champs où vit la majorité de nos compatriotes, trop souvent ignorée par le microcosme politico-médiatique.

Ainsi, Marine Le Pen confie-t-elle au JDNews du 1er avril, et ce n’a rien du poisson éponyme : « Un élément majeur a été passé sous silence : tous nos maires ont été réélus dès le premier tour. Aucune autre formation politique ne peut en dire autant. Après des années de diabolisation, ces résultats traduisent une véritable adhésion des habitants à la gestion du RN. On le voit très concrètement: nous essayer, c’est nous adopter. » Ce qu’affirmait déjà Jordan Bardella, président du RN au Figaro, le 25 mars : « Je pense que ce scrutin acte aussi, par la réélection de nos maires, la meilleure preuve que la gestion RN, ça marche. Partout où les Français nous ont accordé leur confiance, nous en avons été dignes et nous avons été au rendez-vous de leurs espérances. » Voilà au moins un argument qui ne saurait se discuter. Pas mal pour un binôme dont Éric Zemmour affirmait que l’une « préférait les chats aux livres », tandis que l’autre est fréquemment raillé pour son manque de diplômes. Comme si une élection présidentielle était un concours d’érudition. À ce titre, comment comprendre qu’Alain de Benoist, qui possède la plus grande bibliothèque privée de France (et qui aime les livres autant que les chats), ne soit pas à l’Élysée ?

Des critiques qui viennent parfois de ses sympathisants…

Ce reproche est d’ailleurs, très souvent et tout aussi logiquement, le fait des adversaires du RN. Mais il infuse encore dans certains cercles proches du parti lepéniste, là où l’on entend parfois des sentences péremptoires du genre : « Jordan Bardella n’est pas à la hauteur. » Et ta sœur, elle est à la hauteur ? Ou encore : « Jean-Marie, c’était tout de même autre chose que Marine… » Ce détail n’avait certes échappé à personne. Mais on admettra toutefois que Jean-Marie Le Pen n’a jamais emmené son parti au-delà des 20 %, tels qu’en témoignent ses 17,79 % des voix au second tour de l’élection présidentielle de 2002, contre 41,45 % pour Marine Le Pen pour le millésime 2022. C’est vrai. Jean-Marie Le Pen, c’était « autre chose ».

Alors oui, le Rassemblement national aurait sûrement pu faire mieux lors des dernières élections municipales. On peut toujours faire mieux ; même à Éléments, là où l’on fait ce que l’on peut avec ce que l’on a, tout en tentant de toujours mieux faire. En revanche, PS, LR et le bloc central font immanquablement pire à chaque nouveau scrutin. Et que dire des écologistes qui ont quasiment perdu toutes leurs mairies ? Ou des LFI dont le seul pouvoir tangible est désormais de nuisance, depuis qu’ils ont largué le populisme de gauche pour un racialisme nigaud directement importé des USA ? À cette aune jugée, le RN connaîtrait plutôt des problèmes de riches : « M’offrir une Maserati ou une Aston Martin ? Je peine à choisir. Ça m’empêche trop souvent de dormir. » En face, histoire de continuer à filer la métaphore automobile, l’interrogation existentielle serait plutôt celle-ci : « Comment faire pour pousser ma Twingo jusqu’aux 400 000 kilomètres, sachant que je n’ai même plus les moyens de m’acheter un vélo ? »

Fragiliser le couple Le Pen-Bardella…

Ensuite, les spéculations à propos des rapports entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. Certains misent sur une éventuelle fragilité du duo. Jules Torres, ancien de Valeurs actuelles dont la rédaction, lors de la dernière élection présidentielle, roulait pourtant pour Éric Zemmour, constate le contraire dans le JDNews : « Le RN est déjà en campagne quand les autres camps en sont encore à chercher leur visage. Depuis plusieurs années, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont installé un tandem assumé. L’une incarne la continuité, la solidité d’un socle patiemment construit ; l’autre porte une dynamique, une capacité d’élargissement, un renouvellement générationnel. Ensemble, ils forment une mécanique désormais rodée. Là où d’autres formations s’épuisent dans la guerre des égos ou l’attente d’un sauveur, le RN avance avec ses deux figures, alignées, complémentaires. »

Factuellement, c’est vrai. Si vrai que, toujours selon la même source, il y a cette déclaration d’un « présidentiable de la droite et du centre » : Aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, Marine Le Pen et Jordan Bardella sont les seuls prêts pour 2027. Ils ont un cap, des visages, une dynamique. Et surtout, ils ont le vent dans le dos. »

Factuellement, il est tout aussi vrai que Marine Le Pen aura innové en matière politique en nommant son dauphin de son vivant ; ce que n’ont jamais fait un Jacques Chirac ou un François Mitterrand. Certes, Jean-Marie Le Pen le fait lui aussi en la poussant à la présidence de son mouvement. Mais c’est plus ou moins contraint et forcé. Il lui remet les clefs du camion tout en lui permettant juste de le piloter en conduite accompagnée. Au contraire de Marine Le Pen qui laisse à Jordan Bardella une grande marge de manœuvre. Dans le monde politique, voilà qui est inédit et doit être mis à son crédit. Cette marge de manœuvre, elle la laisse également aux maires estampillés RN. À propos de Christophe Barthès, nouvel édile de Carcassonne, qui vient de prendre un arrêt anti-mendicité dans sa ville, elle répond au Parisien : « S’il prend cette décision, c’est probablement que la mendicité s’est développée de manière exponentielle dans sa ville, créant un trouble à l’ordre public, créant peut-être un sentiment d’insécurité. Par conséquent, je suppose que s’il prend cette décision, c’est probablement qu’il répond à une sollicitation de ses administrés. Permettez-moi de rappeler que, contrairement à ce qui a pu être écrit par le passé, nous n’avons jamais interféré dans le suivi des affaires des municipalités gagnées par nos candidats. Ils sont totalement libres de diriger leur commune comme ils le souhaitent, dans l’intérêt de leurs administrés. »

De gauche ? De droite ? Ou les deux à la fois…

Et comme le cercle de la raison et de la bonne gouvernance sait qu’Édouard Philippe, son nouveau héraut, est fragile, il convient de préparer le terrain et d’en rajouter dans la rivalité supposée au sein du binôme lepéno-bardellien. La première serait donc socialiste et le second libéral ; l’une pour le ni droite ni gauche, l’un pour le ni gauche ni gauche. Cela, ce sont encore les principaux intéressés qui en parlent le mieux.

Jordan Bardella, dans Le Figaro, à propos de la victoire d’Éric Ciotti à Nice dont on lui demande s’il s’agit d’une « victoire de l’union des droites » : « D’une certaine manière, oui. C’est surtout une victoire de l’union des patriotes. Marine Le Pen a raison là-dessus. La finalité de notre engagement pour la France, ce n’est pas de sauver un camp politique, c’est de rendre à la France sa grandeur millénaire. Il est vrai qu’il y a beaucoup d’électeurs patriotes qui, pendant très longtemps, ont voté pour l’UMP, ou pour LR, et qui ne se reconnaissent plus dans ce parti politique. Le général de Gaulle avait raison : la France, ce n’est pas la droite, ce n’est pas la gauche, c’est bien plus que ça. Évidemment que moi, j’inscris beaucoup de mes valeurs dans un ethos de droite, mais le Rassemblement national, c’est bien plus que cela. »

Marine Le Pen, dans Le Parisien, à propos de ces mêmes déclarations : « Il est évident que Jordan s’adresse aux électeurs de droite qui sont dans une situation de désespoir absolu parce qu’ils ont des dirigeants politiques qui courent comme des canards sans tête. Si l’on se projette dans l’hypothèse où je pourrais être candidate à la présidentielle et lui être Premier ministre, il est parfaitement dans son rôle en cherchant à élargir une majorité dont, par définition, il aurait la responsabilité. Moi, je suis candidate à la présidentielle, et, par conséquent, j’aspire à être élue présidente de tous les Français. Je m’adresse à eux sur la base d’une idée profondément ancrée en moi qui est celle de l’union nationale. »

Certes, si l’hypothèse se trouvait inversée et que, décision judiciaire oblige, Marine Le Pen doive laisser la place à Jordan Bardella, il y a fort à parier qu’il puisse plus ou moins marcher dans les pas de celle l’ayant fait prince tout en sachant que roi, il pourrait devenir un jour. Pas mal, pour un parti donné pour être de tocards.

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