Le magazine des idées
David Lisnard, la dernière coqueluche du bloc central

David Lisnard, la dernière coqueluche du bloc central

Le système médiatique est toujours avide de nouvelles têtes, surtout quand elles assurent des ventes et de l’audience. Il y a eu Éric Zemmour, Marion Maréchal, Sarah Knafo. C’est maintenant au tour de David Lisnard, auxquels certains vont jusqu’à prédire un destin national. Retournons plutôt sur terre.

Il est grand, il est beau. Pour un peu, il sentirait le sable chaud. Quand on le compare à Bruno Retailleau, on a l’impression de revoir la scène du camping du Corniaud, le célèbre film de Gérard Oury, quand, sous les douches, l’avorton Louis de Funès fait sa toilette à côté d’un grand gaillard musculeux. Le charisme, on l’a ou on ne l’a pas. Pour filer la métaphore musicale, grande est l’impression que David Lisnard pourrait être Johnny Hallyday, alors que Bruno Retailleau, ce serait plutôt Lucky Blondo.

À en lire la presse généraliste, il y aurait donc un effet David Lisnard. Dans Le Figaro magazine du 30 octobre, une élue LR concède : « Il y a toujours eu une petite musique autour de lui. Ça s’est intensifié par défaut. Bruno Retailleau ne bouge pas ou ne réussit pas à embarquer les gens ; la détestation d’Emmanuel Macron est telle que tous ceux qui l’ont approché sont rejetés, les électeurs de droite ont peur du duel Mélenchon-Le Pen. David Lisnard incarne une nouveauté. » Une nouveauté, vraiment ? Tenir un discours libéral mâtiné d’autorité ? Rien de bien neuf sous le soleil. Philippe de Villiers s’y est déjà risqué, avec le succès qu’on sait. D’ailleurs, le même David Lisnard, interrogé par Le Point, le 22 octobre dernier, ne dit rien de véritablement transgressif : « Je veux engager un véritable sursaut civique, rendre le pouvoir aux Français dont la plupart ne sont pas des extrémistes. Je propose un changement radical et raisonnable en libérant les forces de création et de production, en remettant de l’ordre sécuritaire et régalien, en unissant la nation autour d’une ambition éducative et scientifique. » C’est beau comme de l’Alain Madelin, autre « libéral autoritaire » et l’un des premiers à avoir rallié Emmanuel Macron, lors de l’élection présidentielle de 2017.

Le sourire et la carrure d’athlète, c’est bien, mais cela ne suffit pas forcément pour incarner la rupture appelée de ses vœux, ce genre de discours technocratique ne le distinguant guère de ses autres concurrents, Bruno Retailleau, Édouard Philippe, Gabriel Attal, en attendant Xavier Bertrand et Christine Lagarde qui pourraient bien rejoindre cette nef des fous. À croire qu’ils aient déjà intériorisé la défaite à venir, comme s’ils avaient pris conscience que leur temps était plus ou moins passé. Toujours dans Le Figaro magazine, l’élue LR plus haut évoquée remarque : « Je le sens sur le terrain. Nos électeurs m’ont dit qu’ils voteraient Marine Le Pen dès le premier tour ! Des électeurs de droite modérée ! ». Ce n’est pas le grand remplacement, mais le grand basculement. En effet, et il n’est jamais inutile d’à nouveau le répéter, il y a aujourd’hui trois pôles politiques en France : le bloc central, qui va de David Lisnard à Marine Tondelier en passant par Éric Zemmour, et les deux autres, RN et LFI.

Un bloc central réduit à la portion congrue…

Le premier est condamné à s’entre-dévorer. Quand l’un monte dans les sondages, l’autre descend dans les enquêtes d’opinion. C’était déjà vrai en 2022, quand les voix de Reconquête ! empêchèrent Valérie Pécresse d’atteindre la barre fatidique des 5 %. Pis, à en croire l’institut Cluster17, en cas de candidature unique de ce bloc, Édouard Philippe culminerait à 20 %, Bruno Retailleau à 17,5 %, Gabriel Attal à 17 %, ex-aequo avec… David Lisnard. Mais aucun de ces prétendants n’accéderait au second tour. Ce qui signifie qu’ils sont quatre à se partager un socle électoral d’à peu près un cinquième des suffrages. C’est peu. Leur seule issue ? Laisser Marine Le Pen arriver à l’Élysée, prier pour qu’elle échoue afin de mieux préparer l’échéance de 2032 ? Si pari il y a, c’est probablement le même qu’Emmanuel Macron mijote de son côté. Ensuite, les deux autres pôles, LFI et RN.

Jean-Luc Mélenchon qui joue au grand soir…

Le premier a pour le moment réussi à effectuer une véritable razzia sur l’électorat de gauche, même s’il y a résistance dans celle, sociale-démocrate à l’ancienne, aujourd’hui représentée par Raphaël Glucksmann, mais qui ne saurait lui non plus espérer parvenir en finale. D’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon joue à un tout autre jeu et se moque comme d’une guigne des institutions. Il raisonne en révolutionnaire ; bref, fait de la politique. Certes, il sait qu’il ne peut qu’échouer à un second tour l’opposant à Marine Le Pen : mais ce qui lui importe, c’est le troisième, dans la rue, le bruit et la fureur. Il ne monte guère en popularité, mais conforte son socle électoral, jouant à qui perd gagne en espérant le grand soir.

La troisième voie du Rassemblement national…

Le cas du RN est tout autre, sachant que s’il a globalement ratiboisé l’électorat de droite, dont les retraités et les CSP+, qui lui étaient jusque-là traditionnellement hostiles, il bouscule également la gauche : 30 % des professeurs, secteur de longue date acquis à cette dernière, votent désormais pour Marine Le Pen. Pour d’autres historiques bastions, c’est fait depuis longtemps, son père ayant déjà fait de ce mouvement celui plébiscité par la classe ouvrière.

Si l’on résume, La France insoumise est exclusive, jouant la nouvelle France contre l’ancienne, tandis que le Rassemblement national serait désormais du genre inclusif. Un comble pour qui connaît la vulgate médiatique en vogue. Et David Lisnard dans tout cela ? À part appeler à voter Marine Le Pen au second tour en mai prochain, on ne voit pas. Le même choix cornélien se posera encore pour ses amis Philippe, Retailleau et autres potentiels concurrents. Mais à part le suicide collectif de la « droite modérée », il n’y aura guère d’autre alternative. Ils pourront même monnayer leur soutien et voler au secours de la victoire, au risque de longuement mâcher leur chapeau. Voilà qui ne devrait pas leur poser d’épineux cas de conscience, tant ils en ont déjà bouffé, des caisses entières de galurins.

Il faut bien faire avec ces gens-là, dit-on.

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

Actuellement en kiosque – N°222 – octobre – novembre 2026

Revue Éléments

Découvrez nos formules d’abonnement

• 2 ans • 12 N° • 96€
• 1 an • 6 N° • 52€
• Durée libre • 8,90€ /2 mois
• Soutien • 12 N° • 200€

Prochains événements

Pas de nouveaux événements

Newsletter Éléments

Recevez chaque semaine, l’agenda des événements, nos dernières parutions, nos actualités.