
« Notre salut » : libre d’obéir
Présenté en compétition au Festival de Cannes, Notre salut d’Emmanuel Marre vient former un diptyque aussi involontaire que fascinant avec « Les Rayons et les Ombres » de Xavier Giannoli sorti plus tôt cette année. Les deux films racontent finalement la même chose : non pas la collaboration idéologique des fanatiques, mais celle des médiocres, des arrivistes et des ambitieux frustrés qui voient dans l’effondrement d’un pays une occasion historique d’accéder enfin à la place qu’ils pensent mériter. Là où Giannoli faisait déjà preuve d’une remarquable honnêteté intellectuelle dans son traitement de Jean Luchaire — moins monstre doctrinaire que bourgeois vénal fasciné par le pouvoir — il restait prisonnier d’une mise en scène extrêmement classique. Emmanuel Marre, lui, trouve une forme parfaitement cohérente à son sujet : brute, instable, presque documentaire. Et c’est précisément cette contemporanéité formelle qui fait de « Notre salut » un film beaucoup plus marquant.













