Quiconque a déjà déménagé et réfléchi à l’aménagement de son nouveau foyer s’est heurté au problème de se procurer rapidement une vaisselle adaptée. Et c’est là que le drame commence : on consulte les horaires d’ouverture du Leroy Merlin ou de l’Ikea le plus proche, puis on s’y engouffre, comme dans un rituel de consommation de plus en plus automatique. Les lots d’assiettes blanches, aussi charmants qu’un néon blafard, et les verres en packs de six, dignes des réfectoires de collège, sont les premières pulsions d’achat pour se constituer une vaisselle que l’on croit satisfaisante et sans fioritures. Pourtant, une vaisselle solide et esthétique, qui a traversé maintes tablées sans jamais fléchir et dont le prix reste étonnamment raisonnable, demeure trop souvent oubliée : celle des siècles passés. Le kitsch apparaît alors comme une alternative bienvenue, presque un remède.
Une vaisselle qui n’est plus dans l’air du temps, mais au fond du placard.
Le terme kitsch apparaît en Allemagne à la fin du XIXᵉ siècle. Il viendrait du verbe allemand verkitschen, qui signifie « vendre des œuvres bon marché », ou encore du mot kitschen, « brouiller, rabaisser la qualité ». Il désigne ainsi, à l’origine, des objets artistiques ou décoratifs produits en série, abordables mais considérés comme “de mauvais goût”. Ce n’est qu’aujourd’hui que le kitsch est enfin célébré comme une esthétique à part entière, une réponse sensible à la standardisation et au minimalisme glacé des rayons des grandes surfaces. Cette vaisselle est un bienfait qui dépasse son simple aspect décoratif, affriolant et profondément poétique. Elle incarne une quête saine et réconfortante vers les plaisirs simples et essentiels : déambuler dans les marchés aux puces, les brocantes ou les vide-greniers à la recherche d’un ensemble d’assiettes que l’on aurait à cœur de compléter. Elle est aussi le gage d’un raffinement qui s’épanouit en partage : un service à café bariolé, dont les coupes et les motifs convoquent l’imaginaire onirique des tableaux de Watteau ou l’atmosphère d’une gentilhommière parée de roses éternelles et de tapisseries cynégétiques, suffit à sublimer chaque instant passé en commun, pour soi comme pour ses invités.
Alors, pour ne pas trahir ces objets qui entretiennent en nous un sentiment de continuité et de solidité dans le temps et les âges, mangeons, buvons et laissons-nous nous emporter par le charme discret du fond de l’assiette.




