Rechercher
Filtres
Le magazine des idées

Zemmour est-il le porteur ou le voleur de la flamme nationale ?

Hosanna ! Hosanna ! pouvait-on entendre du côté du quartier général de Reconquête ! à l’annonce de la validation des 500 signatures par le Conseil constitutionnel. Pendant que la myriade d’éphèbes et de bacchantes s'époumonait en acclamations pour leur champion, il venait à nos esprits comme le sentiment d’un acte manqué, comme le frisson d’une incroyable occasion qui venait de nous passer sous le nez. Alors que la lueur de l’embrasement d’un mouvement d’ampleur se présentait – si Zemmour n’avait pas obtenu ses parrainages –, la confirmation des 500 signatures parut faire l’effet d’un entonnoir posé sur une étincelle qui aurait pu allumer les brasiers de la révolte.
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur telegram
Partager sur print

La dernière semaine avant la remise des parrainages aura été haletante. En effet, trois des principaux candidats (Le Pen, Zemmour, Mélenchon) étaient dans l’incertitude à pouvoir se présenter à l’élection présidentielle. La cause ? Leurs parrainages insuffisants ne leur permettaient pas d’obtenir leur ticket tant désiré. Après un branle-bas de combat des élus nous offrant des scènes toutes plus ridicules les unes que les autres comme le tirage au sort des candidats, les lamentations sur une démocratie en danger, ou encore avec la mise en place d’une banque des parrainages par Bayrou, chacun de nos trois trublions était finalement autorisé à participer à la grande élection. « La démocratie est sauve », pouvait-on entendre après ce cataclysme évité de justesse. Toutefois, au lieu de se réjouir de ce rattrapage in extremis, n’y avait-il pas ici une occasion de mettre le système en défaut ? Et donc ne pouvons-nous pas plutôt regretter que ces trois candidats aient eu leurs 500 parrainages ?

La voie royale pour Foutriquet

Sauf accident électoral, Macron, ou Foutriquet comme Onfray l’appelle dans son dernier livre, sera réélu. Tout le monde connaît le refrain. Une fois arrivé au second tour, Le Pen ou Zemmour sera « extrême-droitisé », criminalisé, fascisé, traité d’ami de Poutine, de misogyne, ou encore de fou à lier souhaitant le retour du bruit des bottes. Tout le monde se rangera alors sagement derrière le « dernier rempart contre la bête immonde », même si certains le feront avec une pince à linge sur le nez. Foutriquet pourra ainsi, comme en 2017 avec sa célébration à la Rotonde lors de la nuit du premier tour, fêter sa victoire par avance. Sûrement, cette fois-ci, n’aura-t-il même pas à jouer son rôle de pleureuse à Oradour-Sur-Glane. La guerre russo-ukrainienne a eu raison de l’encanaillement du bourgeois de droite et ce dernier est déjà revenu, après sa fugue réac’ chez Zemmour, à la niche du parti de l’Ordre. Comble de l’humiliation, Foutriquet annonce d’ores et déjà ne pas vouloir faire débat avec les autres candidats avant le premier tour. Le succès de la pièce républicaine est si certain que notre protagoniste ne daigne même pas faire sa figuration habituelle. Il n’apparaîtra alors que pour l’acte final, et pour que son partenaire jouant le rôle du diable lui donne la réplique ultime.

Comment Zemmour a laissé passer sa chance

Le système a verrouillé l’élection présidentielle à tous les étages, et rien ne semble pouvoir entraver cette comédie jouée d’avance. Mais cela aurait-il été si sûr si Zemmour n’avait pas eu ces parrainages ? Comme nous l’avions dit dans un article précédent, la question des parrainages pour Zemmour pouvait se présenter à lui comme une aubaine. Bien que haut dans les intentions de vote mais forcément battu au second tour face à Macron, sa non-présence à l’élection présidentielle aurait pu être l’élément déclencheur d’un séisme politique. Miné par un absentéisme record, une défiance croissante envers les politiques, et un rejet en hausse des institutions, l’éviction du candidat qui fit trembler le système aurait pu être le signal de la bascule dans une nouvelle ère.

Tout le monde se souvient du mythe de Prométhée. Ce mythe du titan qui devint un dieu protecteur pour les hommes après avoir volé le feu aux dieux de l’Olympe. Si l’on considère la révolte latente dans le pays comme la flamme insurrectionnelle qui monte depuis des décennies, deux choix s’offraient au « titan » Zemmour. S’il n’avait pas eu ses parrainages, Zemmour aurait pu, légitimement, aspirer à se faire le porteur « naturel » de la flamme du peuple contestataire contre ce système inique. Qu’un candidat, possiblement au deuxième tour, ne puisse pas se présenter à l’élection présidentielle, cela aurait forcément provoqué d’importants remous. Zemmour, dans ce cas, aurait pu se faire le meneur du peuple des absents de cette élection, et le seul capable d’incarner une force politique en dehors du champ républicain. Le second choix consistait à subtiliser cette flamme nationale pour la fermer dans le cul-de-sac de l’union des droites.

Et c’est la deuxième option qu’il choisit en cherchant à tout prix à avoir ses 500 signatures. Au lieu de porter la flamme de la révolte, Zemmour vola ce feu dissident pour le ramener dans l’Olympe républicaine (le système) et aux dieux en place (l’oligarchie). Ainsi nous affirmions que se présentait au candidat Zemmour l’alternative suivante : soit se faire le condottiere de droite d’une guerre interclasse, soit être le Prince détenteur d’une légitimité à conduire un mouvement contestataire et national. Son choix de participer à l’élection marqua le couronnement d’une carrière et non le commencement d’une nouvelle politique.

Une République du Centre renforcée

Les centristes des « deux rives » protègent cette supercherie politico-économique. Bien que séparés en apparence, l’éternel marais – autre nom du centrisme français – représente cette classe dominante et antipatriotique aux manettes. Céline avait déjà compris la chose quand il écrivait dans Nord : « Le vrai rideau de fer, c’est entre les riches et les miteux… Les questions d’idées sont vétilles entre égales fortunes… L’opulent nazi, un habitant du Kremlin, l’administrateur Gnome et Rhône, sont cul et chemise, à regarder de près, s’échangent les épouses, biberonnent les mêmes Scotch, parcourent les mêmes golfs, marchandent les mêmes hélicoptères, ouvrent ensemble la chasse, petits-déjeuners à Honolulu, soupers Saint-Moritz ! »

Rien n’a changé. C’est le Temple de la République – qui ne se confond pas, au passage, avec la maison France – qu’il s’agissait de plastiquer et de faire sauter. Zemmour aurait pu devenir cet artificier historique. Ce dynamiteur annonciateur d’un mouvement de masse contre cette République oligarchique et censitaire désormais démasquée.

Dorénavant le monde de droite a un instrument : le vote et les élections ; le monde de gauche conserve la presse, l’université, la justice et les médias. Tout cela est parfaitement huilé et la machine fonctionne sans accrocs. L’agitation de la marionnette du fascisme va se remettre à tourner, et les bataillons de veaux se bousculeront dans les isoloirs. Comme Rimbaud le disait si cruellement dans son poème Les Pauvres à l’église, les citoyens accompliront leur rôle de figuration en allant voter tout en « bavant la foi mendiante et stupide ». Leur sacro-saint devoir civique les fera ressembler à du bétail imbécile se jetant la tête la première sur le pistolet d’abattage.

La classe bourgeoise et libérale ne veut aucunement détruire ce système qui, par intérêt et par sentiment, est son système privilégié. Or le système ne fonctionne plus, les signes de dégénérescence lézardent les murs de ces institutions qui ne tiennent plus que par la domination d’un peuple que l’on a muselé, battu et expulsé au loin, dans la France périphérique. Le parti républicain ne peut plus se livrer à son habituel numéro d’équilibriste entre le capitalisme, la démocratie, la contestation populaire et le péril islamiste. Sa seule chance réside dans la fusion de ces forces dont Macron fut l’exemple parfait avec la réunion des deux bourgeoisies. Ce parti de l’Ordre est la partie organique de la classe dominante actuellement au pouvoir, et que les bourgeois conservateurs ne quitteront jamais sous aucun prétexte.

Le besoin d’une nouvelle force politique

Si aucune force politique présente ne peut en finir avec cette République, alors une nouvelle force politique devait voir le jour. L’union des droites, comme en son temps le Cartel des Gauches, n’est rien qu’une duperie politique du système républicain pour se maintenir. Albert Thibaudet parlait de sinistrisme pour évoquer la poussée par la gauche de son temps. Nous avons aujourd’hui exactement la même chose à droite avec un « mouvement dextrogyre ». Comme l’union des gauches républicaines fut incapable de renverser le capitalisme, l’union des droites républicaines sera, demain, incapable – et surtout ne voudra pas – mettre cul par-dessus tête cette République. Pendant que l’union des droites aime à se présenter comme un obus de rupture pour le système actuel, elle n’est, tout au plus, qu’un pétard mouillé qui ne fera qu’éclabousser les murs du bastion républicain.

Le candidat Zemmour affirme vouloir reformer le RPR. Or, ce rôle modérateur et d’intermédiaire entre le libéralisme et le conservatisme, et qui a été joué par le RPR, ne peut plus revenir de nos jours selon ses formes du passé. Cela reviendrait à reformer un parti usé, sans prise au réel et sclérosé dans son mode de fonctionnement. Seul un nouveau parti animé d’une force dynamique nationaliste, populaire et sociale peut remplir ce rôle. Seul un parti qui rassemblerait dans un projet l’identité, la sécurité, la puissance, et la souveraineté pourrait soulever une majorité du peuple contre la dynastie bourgeoise à la tête de notre pays.

Une chose relie les grands hommes comme Alexandre, Napoléon ou Bismarck : ils étaient les meilleurs serviteurs de leur époque. En désirant se hisser au pouvoir par l’union des droites, Zemmour ne sert ni son époque ni son peuple. La révolte de cette génération est nationaliste, identitaire, souverainiste, et sociale dans le sens d’une lutte totale contre le Grand Effacement, le Grand Remplacement, la Grande Impuissance, et le Grand Déclassement. Le libéralisme et le conservatisme sont hors de l’ADN de cette génération montante. Cette nouvelle génération attendait autre chose.

L’escroquerie du couple libéral-conservateur

La contraction libéral-conservateur n’est rien de plus que deux mots assemblés pour faire un mensonge. L’arnaque « libéral-conservateur » n’a plus rien d’un secret, et tout le monde sait que, dans ce couple, c’est toujours le libéralisme qui finit par l’emporter. Ces futurs députés, journalistes, et personnalités de « droite » attachés au système parlementaire actuel, n’attaquent, en fait, la gauche que pour lui prendre la majorité, des places, des parts de marché. Cette chicane n’est qu’une énième querelle des hochets et des rubans. Le seul mérite que nous voulons reconnaître à un nouveau parti politique serait celui d’arracher les masques. Qu’on parle de droite ou de gauche, pour cette génération, ne représente qu’un intérêt secondaire. Pour elle, il n’y a plus que le parti des patriotes et le parti de l’anti-France, l’un contre l’autre et enlacés dans une lutte à mort.

L’union des droites fait encore partie de ses manigances censées nous faire croire à la possibilité d’une solution par la voie légale, « démocratique », élective. Cette génération veut tout le contraire. Sa répulsion face à ce système républicain est forte. Elle s’incarne par ce combat contre le parti de l’anti-France regroupant les mondialistes, les européistes, les centristes, les islamistes, les progressistes, les libéraux. Cette guerre civile, qui a déjà commencé mais qui ne dit pas son nom, ouvre une perspective historique comme notre pays en a peu connu dans son histoire. Ces instants sont comme ceux de la lutte du sacerdoce et de l’Empire, des gallicans et des ultramontains, des adeptes de l’Ancien régime et de la Révolution.

Les conservateurs de notre pays forment un parti honteux, un parti du néant dont rien n’est sorti depuis 50 ans. La seule chose dont le parti conservateur français peut s’enorgueillir – à tort – est d’avoir protégé le compromis bourgeois que Jean-Claude Michéa appelle l’alternance unique. Depuis 50 ans, la droite conservatrice adore endosser le rôle de diable. Comme l’avait déjà vu Abel Bonnard en son temps, nos conservateurs sont des modérés alors que la génération qui monte est constituée de radicaux. L’union des droites n’est rien d’autre que l’empêchement, l’arraisonnement, et la mise sous exploitation de la révolte de cette génération. Elle est sa réintroduction forcée dans le champ de force de cette République, alors que tout poussait, en elle, à l’en extraire. Cette jeunesse patriote et sincère restera, tout de même, la bonne nouvelle de ces élections. Leur ferveur est une lueur d’espoir pour les combats à venir.

L’empêchement de la révolution nationale

La génération qui vient désire – plus que tout – s’expliquer avec la génération mai 68 qui a détruit notre pays. Il n’y a que cette guerre civile et générationnelle qui pourrait permettre cette révolution capable de redresser la France. Cette génération sait que l’insurrection est le plus sacré des devoirs, et que si elle ne renverse pas ce système républicain, alors les grands périls qui la menace s’abattront sur elles. Comme disait Pierre Drieu La Rochelle : « L’État ne peut vivre et se renouveler que par l’insurrection, la révolution, la guerre intérieure ». Or, de cette génération de possibles guerriers, l’union des droites en fera des pacifistes et des impuissants. Elle est le parti de l’évitement de cette guerre. Chaque bulletin de vote déposé dans l’urne au nom de Zemmour est un coup de fusil en moins tiré depuis les barricades de la révolution nationale. L’union des droites ne symbolisera que l’enfoncement et l’enlisement de cette génération dans l’ornière parlementaire et démocratique.

Une occasion extraordinaire était possible, et cette ouverture aurait pu être l’acte fondateur et capable d’engendrer un mouvement hors de l’« orbite républicain ». Toute l’histoire de la France en témoigne, nous avons la nostalgie des hommes d’État exceptionnels bien que certains y voient une tare. Mais l’avantage de marcher à l’aventure providentielle est que cela permet de tourner la page. C’est 1914 qui permet d’effacer des mémoires Napoléon et de « digérer le beau monstre ». Alors tant que la France vivra sur le capital emmagasiné de la période de gloire précédente – dans notre cas celle du général de Gaulle –, la digestion se fait lente et difficile. Et nous pouvons craindre que l’union des droites, au contraire de nous enlever nos crampes d’estomac, les accentue et les fasse se perpétuer. Là où il nous faut de la clarté et des lignes de front dégagées, l’union des droites installe un brouillard de guerre qui cache les ennemis de la France.

Les marchands du Temple de la maison France

L’union des droites, c’est la paix bourgeoise, la paix des financiers, la paix des renards. Pendant qu’en face la révolution nationale suppose la guerre du peuple, la guerre des braves, la guerre des lions. Si l’union des droites triomphe, cela marquera une fois de plus la victoire du libéralisme, de l’Argent et des valeurs mercantiles empêchant toute nouvelle hiérarchie d’advenir. Encore une fois la résurrection de l’esprit héroïque, qui est un caractère profondément européen et français, sera brisé pour une génération dont l’énergie sera soumise aux lois de la République. L’intérêt national sera lésé au détriment des clivages sociaux, et les intérêts privés l’emporteront sur les intérêts du peuple français.

Ce qu’il s’agit de saisir concernant l’union des droites, c’est que c’est avant tout un esprit. Un esprit de boutique, un esprit de valeurs de bourse, des commissions et de places à prendre. Cet esprit s’oppose à la philosophie du combattant ne jurant que par les vertus de l’esprit héroïque. Il faut accepter toute bourgeoisie à la condition qu’elle respecte l’archétype des fonctions tripartites indo-européennes, et donc qu’elle se range au service de la communauté. C’est parce que la classe bourgeoise est au commandement de l’État, et non sous ses ordres, que nous en sommes à ce point de déliquescence. Quand on est courageux on s’attaque aux négriers, pas à ses esclaves.

C’est une stratégie de rupture et non de réforme qu’il nous faut pour tenter de redresser la France. Zemmour le sait si bien qu’il répète sans cesse, et à juste titre, que la France est en danger de mort. En face d’un nœud gordien on tranche. On ne le démêle pas pour le remonter à sa convenance. Un homme de la trempe d’Alexandre savait très bien qu’il fallait être prêt à cette extrémité pour se faire l’empereur de son temps. Avec son union des droites, Zemmour a choisi de s’emmêler les doigts dans le nœud du problème français.

Une réponse

  1. Bonjour, très juste analyse du piège. Bravo. Il y a une contradiction flagrante à vouloir s’attaquer au système et à vouloir en garder les avatars. Le libéralisme est à la politique ce que le sucre est au cholestérol,
    Bonne fin de semaine.
    Guillaume d’Aram

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

S’abonner à la newsletter