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Voyage dans les deux « France »

Voyage dans les deux « France »

Edmond Rostand a définitivement associé le nom de Bergerac, en Dordogne, à celui de Cyrano et au panache français. Mais la vieille cité périgourdine se métamorphose peu à peu, comme la plupart des sous-préfectures, sous les effets conjugués de l’immigration et de la charia. Il ne faut pas beaucoup gratter pour trouver sous la France périphérique une nouvelle « France » islamique. Voyage au centre du malaise français. Une tribune d'Alix Le Kalonec, auditeur de l’Institut Iliade.

Ces jours-ci, j’étais à Bergerac pour les obsèques d’un ami d’enfance. Toujours triste de perdre un ami cher, même si comme l’écrivait si justement Marcel Pagnol : « Telle est la vie des Hommes, quelques joies très vite effacées par d’inoubliables chagrins. » Mais ma tristesse s’est amplifiée en découvrant ce qu’était devenue cette petite cité périgourdine. Bergerac, petite ville dont le nom est étroitement lié à celui de Cyrano dont la statue est érigée sur la place de la vieille ville. Et pourtant, en parcourant pendant quelques heures ce petit coin de France, je n’y ai ressenti aucunement cette once de panache, de grandeur, de fierté qui caractérisait si bien le personnage de Rostand. Pire, j’y ai trouvé un échantillon de ce que sera notre pays si rien n’est fait pour arrêter ce mouvement qui est en marche.

Bergerac est à mon sens la rencontre de deux « France ». La première c’est la France que j’aime, que nous aimons, qui s’est forgée dans le baptême de Clovis et s’est édifiée à travers ses belles églises dont celle de la Madeleine à Bergerac où mon ami avait été baptisé, s’était marié et y avait choisi de finir sa vie. Cette France pleine de charme avec ses vieilles maisons du Moyen Âge qui se dressent encore fièrement, leurs colombages qui parent les ruelles étroites où l’on aime flâner et se souvenir d’un pays baigné dans le romantisme chevaleresque que fut celui de Cyrano. Cette France qui se rassemble au marché le matin, cherchant quelques bons produits du terroir, si riches et si délicats, ou au café Vedry, l’un des plus vieux bistrots français où il fait bon vivre et bavasser avec quelques Périgourdins tout en se délectant d’un bon verre de Montbazillac dont les arômes et la fraîcheur sont toujours une explosion de saveur. Cette France des belles rencontres sur la place de la vieille ville avec ces Français qui vous parlent d’un temps qui se meurt et où Bergerac était encore un petit coin de paradis baigné par la Dordogne où il était si doux et agréable de se promener jusqu’à une heure tardive. Ce petit coin de France nous en sommes fiers, nous y sommes attachés car, comme le disait le général Charette, héros des guerres de Vendée : « Notre patrie à nous, c’est notre terre, ce sont nos villages, nos églises, nos autels, nos tombeaux, tout ce que nos Pères ont construit et aimé avant nous. »

La nouvelle « France »

Et puis il y a la deuxième France, celle que j’aurais préféré ne pas croiser en ces instants de tristesse, celle que l’on croit voir uniquement dans nos grandes villes, mais que l’on trouve malheureusement de plus en plus dans nos campagnes jusque-là préservées du mauvais sort. Cette France, si on peut l’appeler ainsi, c’est celle d’une population musulmane particulièrement bien ancrée avec ses cafés, ses kebabs, ses commerces halal. Une population qui impose ses codes vestimentaires avec ses hommes en qamis et ses femmes voilées déambulant près de la statue de Cyrano, donnant à Bergerac un air de souk. Cette autre France, c’est aussi celle de la laideur architecturale avec ses immeubles HLM qui se construisent à côté des maisons bourgeoises du début du XXe siècle, celle des peintures gothiques qui ornent les pitons des vielles masures moyenâgeuses. Une étrange rencontre artistique qui me fait dire que le mélange des genres est source de confusion et que la beauté n’existe dans les arts que si elle résiste à la culture dominante et est préservée dans sa fraîcheur originale. Cette autre France, je l’ai enfin découverte en me rendant dans la petite église de la Madeleine en ce jeudi matin. Pas de prêtre pour dire la messe, un simple laïc paré d’une croix nous accueille avant que chacun ne soit invité à monter dans le chœur pour dire quelques mots sur l’espérance, sur ce en quoi il croit… ou pas… sur la nécessité de se mettre en recherche d’un Dieu ou d’autre chose… Cette autre France a perdu sa foi catholique tout comme elle a aussi perdu l’éthique de la tenue. Nul dans l’assemblée présente n’a daigné porter le costume, ne serait-ce que par respect pour Dieu ou du moins pour le défunt. Triste France qui a perdu le sens du sacré, du beau, de la grandeur de sa terre et de son Histoire.

Deux France se côtoient donc à Bergerac. Comment a-t-on pu en arriver là en quelques décennies ? J’y vois plusieurs explications qui ne seront certainement pas exhaustives, mais qui me semblent cependant essentielles. La première, cause de tous les maux, est une volonté forte de nos dirigeants successifs de faire table rase du passé et d’effacer l’Europe des nations. Cette classe politique mondialiste, formée dans les sessions des Young leaders, ne voit la France que comme un village planétaire qu’il est nécessaire de connecter et de fondre dans le reste du monde. Pour elle, la France n’est qu’une idée, baignée dans un monde où Dieu est mort et où seul l’hédonisme et le consumérisme importent. Selon elle, l’étranger peut être Français, car de toute façon elle ne croit pas en notre pays, en son identité et sa souveraineté. Elle ne croit pas non plus à la civilisation européenne, à ce qui a fait sa longue mémoire et sa grandeur, mais plutôt à l’Union européenne et sa superclasse régionale. Faire de nous des citoyens du monde, déracinés et remplacés… voilà l’objectif de cette caste mondialiste, pour mieux s’enrichir et nous asservir. Le courage, l’honneur et le panache de Cyrano ont laissé place aux valeurs soi-disant humanistes mais surtout maçonniques que sont la liberté, l’égalité et la fraternité.

Vers un Califat islamique

La seconde explication est le croisement de deux courants qui effacent peu à peu notre France, celle que nous chérissons et la seule en laquelle nous croyons. Le premier est l’islamisation de notre pays à marche forcée. Pourtant, bien des Français ne le voient pas, ou refusent de le voir. Les produits hallal investissent les rayons des supermarchés, les femmes voilées sont de plus en plus nombreuses dans nos rues, et bien rares sont les villes françaises d’une certaine taille qui n’ont pas leur mosquée cathédrale. Tout est fait pour faciliter et accélérer la propagation de l’islam sur le sol européen : arrivées toujours plus massives de migrants majoritairement musulmans, collaboration assumée des institutions européennes avec les réseaux des Frères musulmans, compromission des élus politiques avec les mouvances islamistes… La France s’enfonce peu à peu dans une véritable partition de son sol national, mais cela ne semble pas inquiéter la plupart des Français, trop occupés à chaque élection présidentielle par leur pouvoir d’achat, endormis par les médias et annihilés par un État qui ne peut plus leur garantir aucune protection dans leur propre pays. Profitant de la faiblesse d’une partie de la classe politique et de la compromission de bons nombres d’élus, les réseaux islamistes ont établi de longue date une stratégie claire et cohérente. Un des premiers penseurs des Frères musulmans écrivait à cet égard : « L’islam reviendra en Europe en conquérant victorieux […] Cette fois ce ne sera pas une conquête par l’épée, mais par la prêche et la diffusion de l’idéologie islamique […] Cette expansion sera le début du retour du Califat islamique.1 » Bergerac est la preuve que cette stratégie est en passe de réussir.

Cette islamisation profonde est catalysée par l’effacement de la figure de l’Homme blanc, français, et plus généralement, de l’Européen à travers l’influence de plus en plus forte de l’idéologie woke. Cette idéologie prétend percevoir le mal « systémique » et dénoncer les injustices que subissent les minorités à cause des populations bénéficiant de privilèges du fait de leur « blanchité » (entendre leur couleur de peau) ou de leur orientation sexuelle dominante (entendre leur hétérosexualité)2. En réalité, le seul but poursuivi est la déconstruction et la destruction de tout ce qui est beau, bon et grand au sein de notre Europe et de notre pays en jouant la carte de l’indignation et de la victimisation. En clair, donner le pouvoir aux minorités, si dégénérées puissent être leurs idées. Les relais d’influence sont nombreux, que ce soient les élus, les lobbys LGBT+, la classe politique et médiatique, la superclasse mondiale dont la famille Soros est la figure tutélaire. Imprégnées par cette cancel culture, les générations actuelles, biberonnées aux séries Netflix, influencées par les effets de mode et par une publicité agressive qui infuse la totalité de leurs perceptions, façonneront le futur de notre civilisation et de notre pays. La France perd peu à peu son âme, son identité, annihilée par des idéologies dominatrices et destructrices. Pris en étau entre l’islamisation et le wokisme, les Français sont en perte de repères, se terrent et se soumettent.

Du village gaulois au village global

Enfin, si cette autre France peut prendre peu à peu l’ascendance sur la première, c’est parce que les Français ont perdu tout sens du sacré et tout esprit de résistance. Le sacré, l’élévation des âmes, c’était l’apanage de l’Église catholique d’avant Vatican II où la Fête-Dieu était encore l’occasion de mener de belles processions dans les petits villages comme Bergerac et où l’on respectait encore suffisamment la religion et les défunts pour s’habiller aux messes d’enterrement. Le concile a malheureusement entraîné toute l’Église dans la pente du modernisme, si décriée pourtant par les prédécesseurs du pape Jean XXIII3. Il fallait que celle-ci s’adapte coûte que coûte au progressisme sociétal et aux évolutions du monde, même les plus laides qui soient, s’abaisse à toutes les compromissions plutôt que de s’élever et de transcender les âmes. Force est de constater que cette vaste entreprise de déchristianisation de la France a eu les résultats escomptés. En 2023, le Français ne croit donc plus et est devenu nihiliste. On ne peut lui en vouloir, seulement lui reprocher de ne pas avoir eu l’esprit de résistance. Le Français a en effet perdu la flamme de la résistance, celle qui a animé Charles Martel à Poitiers, Jeanne d’Arc à Orléans, le général de Vassoigne à Bazeilles et tant d’illustres Français encore… Aujourd’hui la France se meurt, notre civilisation européenne est au bord de l’abîme. Quelques courageux osent se révolter de temps en temps comme lors de la Manif pour tous pour dénoncer les profondes dérives sociétales de la classe politique ou lors des jacqueries des Gilets jaunes, matées dans le sang par les forces de police. Mais cette petite résistance est bien peu de chose, échantillonnaire, tuée dans l’œuf par une machine politique implacable qui broie les cerveaux et les corps et décide arbitrairement de l’avenir de la France à grands coups de 49-3. Sans leader charismatique, sans organisation ni stratégie solides, sans réelle prise de conscience massive des Français de l’importance fondamentale de se lever enfin et de renouer avec l’esprit de résistance de nos Pères, la France que nous aimons ne se relèvera pas. Pire, elle sera remplacée par cette autre France, balayée définitivement par les vagues de la mondialisation et de l’islamisation, noyée sous les eaux du village planétaire.

Renaître avec Cyrano

Devons-nous nous résigner à cette fatalité ? Non, bien sûr que non. Ce n’est pas ce que nos aïeux auraient exigé de nous, ce n’est pas ce que nos enfants attendent de nous. Bergerac doit rester Bergerac, la France doit rester celle que nous aimons et que tant de Français ont aimé avant nous. Comme l’écrivait si justement Jean Raspail : « Quand on représente une cause presque perdue, il faut sonner de la trompette, sauter sur son cheval et tenter la dernière sortie, faute de quoi l’on meurt de vieillesse triste au fond de la forteresse oubliée que personne n’assiège plus car la vie s’en est allée ailleurs. » Le Camp des saints est là, sous nos yeux, et il nous faut réagir rapidement si nous voulons changer la fin de l’Histoire. Tel est notre devoir de Français. N’ayons pas peur de vouloir retrouver notre souveraineté, notre identité, notre chrétienté, notre sécurité, notre culture, nos traditions, nos familles. Osons relever la tête, cessons d’avoir peur et d’être résignés. La vie est un combat, il nous faut l’accepter et s’y engager sans tarder, chacun à la mesure de ses qualités, de ses compétences. Les occasions ne manquent pas, que ce soit en politique, dans la vie culturelle et associative, au sein des mouvements de jeunesse identitaires, catholiques ou dans des instituts comme Iliade qui ont à cœur de défendre la longue mémoire de notre Europe et de notre pays. Ne cédons pas à la tentation de l’attentisme, du pessimisme et du cynisme. Soyons courageux, ayons foi en notre pays, en son avenir et en sa liberté retrouvée. Soyons à notre tour des Cyrano pour qu’il n’y ait plus qu’une seule France, celle que nous avons toujours chérie et que nous appelons de toutes nos forces et de toute notre âme pour nos enfants.

1. Interview de Youssef al-Qaradàwî, Al Jazeera, « La charia ou la vie », 24 janvier 2003.

2. Jean-Frédéric Poisson, « Le wokisme est à nos portes », L’Incorrect, 1er octobre 2021.

3. Pie X, encyclique Pascendi Dominici Gregis, 1907.

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