Von Rundstedt fut toute sa vie un soldat loyal, le doigt sur la couture du pantalon

Si vous cherchez des livres sur la Seconde Guerre mondiale et plus précisément sur les grandes figures militaires de celle-ci, la biographie de Von Rundstedt, maréchal allemand et personnage majeur de l’armée allemande durant ce conflit, vient de paraître. Entretien avec Laurent Schang sur Breizh Info
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Une première en français, pour un maréchal qui n’a laissé ni livre, ni gros écrits pour pouvoir reconstituer son parcours. Laurent Schang s’est donc attelé à un travail de fourmi, qui mérite d’être souligné, et distingué.

Von Rundstedt, aristocrate prussien, ancien combattant de la Grande Guerre et doyen des forces armées allemandes, prit part aux principales campagnes européennes du conflit, à la fois comme concepteur et exécutant des plans d’invasion. La Pologne en 1939 c’est lui, la France en 1940, c’est encore lui en grande partie, de même que la Russie en 1941. La suite, c’est celle d’un soldat qui obéit aux dirigeants de son pays, et notamment à Hitler, ni plus, ni moins.

Breizh Info a interrogé Laurent Schang au sujet de son ouvrage, en espérant que cette interview vous donne envie de vous procurer cet ouvrage, passionnant et instructif.

BREIZH-INFO. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

LAURENT SCHANG : 45 ans, né et vivant en Lorraine. Mon nom peut prêter à confusion mais il vient du Platt, le dialecte germanique local. J’ai à mon actif, outre ce Von Rundstedt, le maréchal oublié, une biographie du Fondateur de l’aïkido, Morihei Ueshiba, et quatre recueils de récits : Constat d’Occident ; Kriegspiel 2014 ; France-Garde royale prussienne 0-1 et Le bras droit du monde libre, suivi de Biggles chez les Rhodésiens. Quand je ne suis pas à mon travail, j’anime les Éditions Le Polémarque, une microstructure spécialisée dans la tactique et la stratégie. Je suis également membre du comité de rédaction du magazine Éléments, un magazine d’idées vendu en kiosque, dans lequel je traite des questions militaires.

BrBREIZH-INFO. Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à Von Rundstedt ?

LAURENT SCHANG : Rendons à Dieu ce qui est à Dieu, et à Yannis Kadari ce qui est à Yannis Kadari. C’est lui qui m’a proposé, il y a près de six ans maintenant, d’écrire pour la collection « Maîtres de guerre » qu’édite la maison Perrin. Le directeur de la publication de Caraktère (Ligne de FrontTNTBatailles & Blindés…) avait plusieurs noms à me suggérer et parmi eux j’ai choisi celui de Rundstedt sans l’ombre d’une hésitation. Au fil du temps, le projet a pris de l’ampleur et d’une monographie, on est passé à une biographie en bonne et due forme. Ce qui explique que le livre paraisse aujourd’hui hors collection. Pourquoi Rundstedt ? Comme tous les passionnés de la Deuxième Guerre mondiale, son nom ne m’était bien sûr pas inconnu : sa contribution contrastée à la campagne de France, son action (ou son inaction) lors du débarquement de Normandie, l’offensive des Ardennes à laquelle son nom est souvent associée – au grand dam de l’intéressé. Mais, sorti de ces généralités, il faut bien avouer que le lectorat français ne sait presque rien de Rundstedt. Son pedigree, son cursus, ses états de service en 14-18 ou sous la république de Weimar ne sont pas plus connus du grand public que son rôle exact dans l’établissement et l’exécution des plans « blanc » (contre la Pologne) et « jaune » (contre la France), sa participation à « Barbarossa » ou les trois années au cours desquelles il occupa le poste de commandant en chef des troupes d’occupation en France.

Pour résumer, son nom apparaît dans tous les livres ayant trait à la Deuxième Guerre mondiale en Europe, sans jamais que les projecteurs soient braqués sur lui. Cela alors que Rundstedt a fait l’objet en Angleterre, dès 1974, d’une monographie signée John Keegan, s’il vous plaît, suivie en 1992 d’une biographie de Charles Messenger, certes très factuelle – à l’anglo-saxonne – mais bourrée d’erreurs et d’approximations. Sans parler de l’hagiographie que lui consacra son ancien chef d’état-major, le général Blumentritt, en 1952, toujours en anglais et sur laquelle je reviens en détail dans mon livre. Autant de raisons de me pencher plus attentivement sur le cas Rundstedt.

BREIZH-INFO. Quels ont été ses principaux faits d’armes ? Peut-on dire que ce fut un grand soldat ?

LAURENT SCHANG : Son premier fait d’armes authentifié, Rundstedt l’accomplit en 1914, durant la bataille de la Marne, lorsqu’il remplace au pied levé son supérieur direct, le général von Gronau, dans les combats de Monthyon, sur l’Ourcq. Là, le jeune officier subalterne qu’il est encore fait la démonstration de ses qualités d’officier breveté d’état-major en prenant le commandement de la 22e Division de réserve (1re Armée du général von Kluck), alors en grande difficulté. Après, pour un général comme Rundstedt, placé à la tête de groupes d’armées dès la campagne de Pologne, je ne sais si l’on peut parler de fait d’armes à la manière d’un Rommel ou d’un Manstein. C’est une des particularités de la carrière de Rundstedt : sa position hiérarchique a fait qu’il n’a jamais été un « général de l’avant », même s’il n’a pas craint de s’exposer physiquement à diverses reprises, notamment au cours de la campagne de France.

Un rôle ingrat en quelque sorte, si une « belle guerre » se définit par les exploits qu’on y réalise. Rundstedt est tout de même, assisté de ses adjoints Blumentritt et Manstein, à l’origine du plan « blanc », qui permit à l’Allemagne de vaincre la Pologne en 18 jours – une campagne qui ne fut pas une promenade de santé, en dépit de la disproportion des forces en présence. Il est pour beaucoup aussi dans la conception du plan « jaune », toujours avec l’assistance du duo Blumentritt-Manstein, même si je suis de ceux qui considèrent, documents d’époque à l’appui, que Manstein a grandement exagéré son propre rôle dans la mise au point de ce plan (le fameux « coup de faucille »).

Les prises de position de Rundstedt durant la campagne de France, alors qu’il commandait le groupe d’armées « A », autrement dit le fer de lance de l’offensive allemande, méritent elles aussi d’être réévaluées, ce que je me suis efforcé de faire dans le livre. S’il a eu très tôt tendance à vouloir freiner ses subordonnés, on ne peut lui imputer l’entière responsabilité de l’opération « Dynamo » de rembarquement des Alliés à Dunkerque, comme on le lit trop souvent. Au contraire, sa façon de commander, laissant le plus d’initiatives possibles à ses généraux malgré ses appréhensions, ce qu’on appelle dans le jargon l’Auftragstaktik, a beaucoup contribué au succès de la campagne. Lors de l’opération « Barbarossa », Rundstedt est, à la tête du groupe d’armées « Sud », celui qui engrange le plus de résultats. Paradoxalement, il me semble que son principal fait d’armes sur ce théâtre n’est pas tant la prise de Kiev ou la victoire d’Ouman que sa claire conscience des efforts inhumains demandés à ses armées par le haut commandement et donc, sa décision de stopper l’offensive de son propre chef, au mois de novembre 1941.

Une décision qui lui valut d’être une première fois limogé par Hitler, même si celui-ci reconnut après coup que Rundstedt avait eu raison sur le moment. Il y a bien encore sa résistance efficace à Arnhem et surtout à Aix-la-Chapelle à l’automne 1944, mais à cette date, la cause était déjà entendue. Ses faits d’armes s’arrêtent là.

Un grand soldat, par les postes qu’il occupa, oui, assurément. Un grand soldat comme on dit d’untel qu’il fut un grand chef de guerre, c’est plus douteux.

BREIZH-INFO. Quelles relations ce général entretint-il avec le régime nazi, idéologiquement ?

LAURENT SCHANG : Les relations on ne peut plus typiques d’un général ayant fait ses classes sous l’empire wilhelmien, doublé d’un fils de la plus ancienne noblesse prussienne – une noblesse désargentée et dépourvue de domaine –, avec un régime plébéien, « païen » et dirigé par un despote sorti du ruisseau. On peut affirmer sans risquer de se tromper que Rundstedt était sur le plan idéologique un conservateur de stricte obédience. Monarchiste et patriote cela va de soi, protestant bon teint, bismarckien en matière de politique extérieure (d’où sa réticence à attaquer la Russie), et pour qui les intérêts de l’Allemagne se confondaient avec ceux de son armée. Antisémite, rien ne l’atteste, sauf à admettre que Rundstedt partageait l’antisémitisme traditionnel, « culturel » (sans connotation raciale particulière), du corps des officiers. Par excellence l’homme de sa caste, Rundstedt en imposait, tous les témoignages se recoupent sur ce point, par sa raideur physique, sa parfaite correction et son attitude réservée.

Une apparence de statue du commandeur qui explique la rare déférence avec laquelle Hitler le traita toujours. Rundstedt, de son côté, ne ressentait que mépris et aversion pour Hitler et ses suivants, y compris et surtout ceux issus comme lui de l’armée impériale : les Keitel, Jodl, Reichenau. Le Troisième Reich ne pouvait constituer à ses yeux qu’un pis-aller pour l’Allemagne, faute d’obtenir le retour de l’empereur, et comme beaucoup de généraux, il crut dans un premier temps que Hitler servirait utilement la cause de l’armée. Son programme de réarmement, ses ambitions diplomatiques n’étaient certes pas pour déplaire à Rundstedt après les années de vache maigre (la Reichswehr de 100 000 hommes) de la république de Weimar. Qu’aurait-on fait de lui ensuite, les généraux n’en savaient sans doute rien eux-mêmes. Cette confondante erreur d’appréciation – ne pas avoir vu que Hitler allait les instrumentaliser et non l’inverse – fut aggravée par le fait que la majorité des généraux n’avaient nullement l’intention de se salir les mains, à commencer par Rundstedt.

Dans le livre, je raconte comment, toutes les fois que Rundstedt eut l’occasion d’infléchir le cours des événements, il se réfugia derrière son uniforme pour ne pas avoir à se mêler de politique. Des trois armes, l’armée de terre fut encore la moins imprégnée par l’idéologie nationale-socialiste, bien qu’il faille relativiser la chose au fil des ans et du renouvellement des cadres. Il n’empêche que les généraux s’accommodèrent assez vite du régime dans leur ensemble, Rundstedt y compris, dès lors que les couches populaires étaient tenues en laisse et que l’armée reprenait des couleurs.

Non, ce qui frappe quand on étudie cette période, c’est de voir combien, jusqu’à l’été 1940, la plupart des généraux, et notamment ceux de la vieille école comme Rundstedt, au lieu de soutenir Hitler dans ses projets, rentrèrent la tête dans leurs épaules ou cherchèrent à le dissuader d’aller plus loin. C’est dire si la finalité du régime nazi leur avait échappé.

BREIZH-INFO. Finalement, ne peut-on pas dire que von Rundstedt a été un général contre son temps ? Qu’est-ce qui a causé sa perte ?

LAURENT SCHANG : Rundstedt ne fut pas du tout un général contre son temps s’il s’agit d’apprécier son attitude de 1933 à 1945. Il fut toute sa vie un soldat loyal, le doigt sur la couture du pantalon. Tout au plus peut-on évoquer l’ordre qu’il envoya à Kleist de se replier à l’ouest de Rostov-sur-le-Don et son offre de démission, qu’il mit dans la balance pour obtenir gain de cause. On connaît aussi sa réponse cinglante à Keitel à la fin du mois de juin 1944, d’ailleurs contestée par Blumentritt : « Qu’allons-nous faire ? Faites la paix, bande d’idiots ! ». Réponse qui lui aurait coûté son deuxième limogeage. À part ces deux sursauts, on ne trouve pas dans sa biographie la moindre opposition frontale à Hitler. Rundstedt était résigné et comme il le dira lui-même, il n’y avait pas dans son esprit de débat possible : en temps de guerre, servir l’Allemagne et servir le régime ne faisaient aucune différence, à partir du moment où Hitler était le chef suprême des armées.

Du reste, quand celui-ci le rappela fin août 1944, Rundstedt obéit sans discuter. « Zucht und Ordnung » : « Discipline et Ordre », si deux mots le caractérisent, ce sont bien ceux-là. Du point de vue du mode de commandement, Rundstedt fut là aussi en parfaite adéquation avec son temps : un Generalfeldmarschall qui donne les grandes orientations et qui laisse ses adjoints régler les détails. S’il fut contre son temps en quelque chose, c’est dans l’emploi des chars, et encore, puisqu’il admit tout de même assez tôt – avant la guerre – leur utilisation en masse et en pointe. Officier à l’ancienne, Rundstedt était tout simplement sceptique face à cette innovation doctrinale majeure, et il était loin d’être le seul parmi les généraux. Quant à la controverse qui l’opposa à Rommel, début 1944, au sujet du positionnement des Panzerdivisionen en prévision du débarquement, on est plus dans le registre de la divergence tactico-opérationnelle que dans le rejet pur et dur des blindés, ce qui aurait été une ineptie après six années de guerre et l’expérience acquise par Rundstedt depuis la Pologne. Je développe la question dans le livre.

Peut-on parler de sa perte ? Son troisième et dernier limogeage, au mois de mars 1945, doit peu à son commandement et beaucoup à la situation désespérée du Troisième Reich. Rundstedt ne fut ni mis aux arrêts, ni conduit au suicide, ni exécuté sommairement. Déjà familier des sanatoriums à cause de ses problèmes de santé récurrents, il se contenta de partir en convalescence à Bad Tölz, où il avait ses habitudes, en attendant que les Alliés vinssent l’y cueillir, le 1er mai 1945. Sa fin fut triste, je la raconte, mais dans le fond, elle fut assez conforme à ce qu’avait été sa vie.

BREIZH-INFO. Comment est-il perçu aujourd’hui en Allemagne dans les mémoires, dans un pays où la repentance est particulièrement exacerbée, y compris aujourd’hui ?

LAURENT SCHANG : Il me semble assez significatif que le nom de Rundstedt n’ait jamais été utilisé pour baptiser une caserne de la Bundeswehr, contrairement à d’autres généraux de la Wehrmacht. Ici encore, sa position hiérarchique – travaillant en relation directe avec Hitler sans être un proche – l’a sans doute desservi. Il s’en est fallu de peu qu’il soit jugé à Nuremberg, en tant que chef de guerre mais aussi en tant que chef des troupes d’occupation, et son nom reste entaché par les crimes commis sous son commandement, sinon sous ses ordres, aussi bien à l’Est (Pologne, URSS) qu’à l’Ouest (France, Pays-Bas).

Seule sa qualité de doyen de la Wehrmacht (70 ans en 1946) lui a épargné un procès. Par ailleurs, le fait qu’il ait toujours refusé de discuter avec les cercles militaires hostiles au régime nazi, que ce soit en 1938 ou en 1944, ne plaide pas en sa faveur, même s’il est facile de juger la conduite d’un homme, qui plus est d’un homme d’ordre, a posteriori. Quand on aborde une telle figure, immergée dans une telle période, il ne saurait s’agir de séparer le bon grain de l’ivraie. Pour faire simple, ni son acceptation tacite des crimes de masse commis à l’Est dès juillet 1941, ni son rôle de président de la cour d’honneur, qui consistait à expulser de l’armée les officiers impliqués dans l’attentat du 20 juillet 1944, les conduisant à une mort certaine – rôle qu’il aurait pu refuser – ne permettaient aux soldats de la RFA d’ériger Rundstedt en modèle. Que sa biographie, pourtant écrite par Blumentritt, n’ait jamais été publiée en allemand, est un autre signe de l’oubli dans lequel Rundstedt est tombé dans son propre pays.

Étant donné ce que nous savons de son caractère modeste et ironique, je suis tenté de penser que cette situation lui aurait convenu. Cela aura au moins permis d’éviter que sa pierre tombale soit vandalisée, contrairement à celle du Maréchal Model. Jusqu’à présent en tous les cas.

BREIZH-INFO. Auriez-vous des livres, des films, que vous conseilleriez sur la période ?

LAURENT SCHANG : La littérature ne manque pas sur la période qui court, disons, de 1892, année de l’entrée de Rundstedt dans l’armée allemande, à 1945. Pour les chercheurs, les locuteurs de l’allemand et de l’anglais sont clairement favorisés, mais l’amateur trouvera, je pense, son compte avec les quelques titres que je vous propose, tous faciles à se procurer dans le commerce. Sur le plan théorique, La pensée militaire allemande d’Eugène Carrias reste une bonne base de travail, bien que le livre soit un peu daté aujourd’hui. On y ajoutera avec un énorme profit La pensée militaire prussienne de Jean-Jacques Langendorf, qui fait pratiquement le tour de la question, de Frédéric II à Schlieffen. Concernant le développement de l’arme blindée au sein de l’armée allemande, les deux livres de Heinz Guderian, Achtung-Panzer ! et Panzer Leader, sont des indéboulonnables, à condition de parler anglais. Ceux qui ne le pratiquent pas se consoleront sans regret en lisant ses mémoires : À la tête des Panzer, Souvenirs d’un soldat, un gros volume récemment réédité. Pour l’entre-deux-guerres et l’évolution des rapports entre les militaires et les politiques en Allemagne, je conseille de lire Le Drame de l’armée allemande de John W. Wheeler-Bennett. Le livre peut paraître daté (1955) mais c’est une mine d’informations toujours valables aujourd’hui. La remarque vaut aussi pour les deux tomes de la monumentale Histoire de l’armée allemande de Jacques Benoist-Méchin.

En complément, dans un registre plus littéraire, je recommande le magnifique Hammerstein ou l’intransigeance. Une histoire allemande de Hans Magnus Enzensberger. Sur la guerre elle-même, impossible de faire l’impasse sur Le Mythe de la guerre-éclair. La campagne de l’Ouest de 1940 de Karl-Heinz Frieser, si l’on aime la technique et la tactique. Moins exigeants, les souvenirs de guerre d’August von Kageneck (Lieutenant de PanzerExamen de conscienceLa France occupée) méritent qu’on s’y attarde. Les lecteurs intéressés par le front de l’Est auront tout intérêt, pour leur part, à se plonger dans Barbarossa 1941. La guerre absolue de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri. « La » somme sur le sujet. Dans un autre genre, les reportages de guerre hallucinés du grand écrivain italien Curzio Malaparte, réunis sous le titre L’Europe naît sur la Volga, se doivent d’être lus. Le bel album La Wehrmacht : La fin d’un mythe, de l’équipe du magazine Guerres & Histoire, sous la direction de Jean Lopez, satisfera tous ceux qui souhaitent avoir une vue d’ensemble sur le sujet. Enfin, trois stratégistes et biographes sont à suivre à mon avis : Benoît Rondeau, Daniel Feldmann, Benoît Lemay. Au-delà, et j’en ai déjà dit beaucoup, j’aime autant renvoyer le lecteur à la bibliographie qui conclut mon livre.

S’agissant du cinéma, je vais vous décevoir mais peu de films trouvent grâce à mes yeux. Les « classiques » américains (Le Jour le plus longParis brûle-t-il ?La Bataille des Ardennes) ont tous très mal vieilli à mon goût, pas tant du fait de leurs moyens que de leurs scenarii, et leurs angles d’approche, souvent réducteurs, ne sauraient satisfaire l’historien le plus compréhensif. Je ferai peut-être une exception pour le Patton de Franklin J. Schaffner et une autre pour Un pont trop loin de Richard Attenborough, film dans lequel Rundstedt fait une brève apparition sous les traits de Wolfgang Preiss. Les Allemands sont toujours présentés d’une façon si caricaturale ! Même Il faut sauver le soldat Ryan n’y échappe pas – un film dont je ne garde que les 30 premières minutes, époustouflantes pour le coup. Je leur préfère encore des films moins chers mais plus sincères – et plus réalistes –, comme La Bataille de Westerplatte, film polonais sur la résistance de la garnison de la forteresse du même nom aux assauts de la Wehrmacht en septembre 1939, Invasion Day, film danois sur l’invasion du Danemark, qui n’aura pris qu’un jour aux Allemands, le 9 avril 1940, ou Les Nôtres, film russe sur les premières semaines de l’opération Barbarossa.

À choisir, puisque vous me le demandez, Le Tambour de Volker Schlöndorff, d’après le roman de Günter Grass, ou Requiem pour un massacre du réalisateur soviétique Elemi Klimov, dont certaines scènes sont à la limite du supportable, nous en disent plus sur ce que fut la Deuxième Guerre mondiale que bien des films estampillés films de guerre. Je retiendrai tout de même La Chute, d’Oliver Hirschbiegel, auquel il n’y a pas grand-chose à reprocher, et Fury, de David Ayer, très fort et plutôt sérieux côté reconstitution, malgré ses travers typiquement hollywoodiens (une poignée de GI’s héroïques contre une marée de soldats allemands qui attaquent sans réfléchir). Voyez aussi le trop méconnu La bataille de France de Jean Aurel, à base d’images d’archives. Le commentaire est de Cécil Saint-Laurent, alias Jacques Laurent, un gage absolu de qualité. Sinon, la série Band of Brothers, prenante et documentée, est encore ce qui s’est fait de mieux depuis les vingt dernières années.

Source : BREIZH-INFO

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