Michael Winner et Charles Bronson

« Un justicier dans la ville » rencontre avec son réalisateur Michael Winner

Michel Marmin a rencontré le cinéaste britannique Michael Winner, auteur du film : "Un justicier dans la ville". Thème : un architecte new-yorkais et « libéral» (Charles Bronson) est converti à l’autodéfense par le meurtre de sa femme et le viol de sa fille. Environnement : la terreur ordinaire dans les mégalopoles américaines. Un film de premier rang, réalisé avec la collaboration engagée de la police de New York. Michael Winner dit : Je n'ai rien exagéré. Il a même atténué les statistiques.
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Avec Un justicier dans la ville, le cinéaste anglais Michael Winner vient de porter un diagnostic accablant sur la société américaine. Mais la force de ce documentaire sur la dégradation de l’Amérique, la prolifération de la criminalité urbaine et la faillite de la justice libérale se trouve considérablement accrue par les conséquences tragiques qu’elles entraînent. En ce sens le film de Michael Winner ne constitue pas seulement un témoignage, mais un avertissement.

Pacifiste, non violent et cousu de principes humanitaires, l’architecte new-yorkais Paul Kersey (Charles Bronson) sourit aux inquiétudes de ses amis, obsédés par l’impuissance de la police à rétablir la sécurité dans les rues de New York. Jusqu’au jour où trois « freaks », défigurés par la drogue, s’introduisent dans son appartement, tuent sa femme et violent sa fille.

L’évolution de Paul Kersey illustre la célèbre boutade de Frank Rizzo, maire de Philadelphie :

– Vous savez ce que c’est qu’un conservateur ? C’est un libéral qui s’est fait attaquer la veille !

Insuffisante, muselée par une législation dépassée, trahie par une justice pervertie, la police avoue amèrement son impuissance. Kersey, au terme d’une révision déchirante de ses convictions, se résout à exercer sa propre justice. Chaque soir, il erre dans les rues de New York, à l’affût des crapules qu’il abat sans remords. Aux applaudissements de la population et même de la police, qui lui témoigne implicitement son admiration. Admirablement mis en scène, Un justicier dans la ville dénote une évolution considérable par rapport à des films comme L’inspecteur Harry, Police Connection ou Magnum Force, où les héros restaient des policiers, même si leur conscience les obligeait à outrepasser leurs droits. Dans le film de Michael Winner, la société américaine tout entière se trouve en état de légitime défense. L’extraordinaire succès du film aux États-Unis, et tout particulièrement à New York (où ses recettes ont dépassé celles du Parrain et de L’exorciste), atteste le réalisme de son propos. « Intellectuellement, nous dit Michael Winner, je ne puis approuver la croisade « sauvage » de mon héros. Mais émotionnellement, je ne puis m’empêcher d’être de tout cœur avec lui. Son comportement est celui d’un homme désespéré par la dégradation de la société. Et si les spectateurs américains applaudissent chaque fois que Charles Bronson tire sur un voyou, c’est parce qu’ils ont la nostalgie d’une époque où ils pouvaient se promener sans danger dans la rue. Je n’ai rien exagéré. Lorsque j’étais dans le New Jersey, récemment, la situation était telle que la police avait dû imposer le couvre-feu après 22 heures. »

Michel Marmin : Quelles sont les causes de cette dégradation ?

Michael Winner. L’immigration. Il y a trop d’étrangers dans les grandes villes qui ne peuvent être intégrés. Aussi ont-ils tendance à devenir des criminels. C’est un fait, et je n’y peux rien. Pourtant, pour échapper à l’accusation de racisme, j’ai encore atténué la réalité. Les assassinats, les viols et les vols sont, à New York, à 95 % le fait des Noirs et des Portoricains. J’ai ramené cette proportion à 50 %.

Michel Marmin : Peut-on espérer un redressement de cette situation ?

Michael Winner. Je crains que non. La police est débordée. La justice aussi. Les prisons sont tellement encombrées que les juges ne peuvent plus sérieusement traiter les dossiers. Pour s’en sortir, ils ne jugent que les délits mineurs. Par exemple si un homme est accusé de viol et de vol, il n’est jugé que pour le vol. Si bien qu’au bout de quelques mois, il recouvre sa liberté, prêt à recommencer. Cette situation aberrante fera d’ailleurs l’objet de mon prochain film. Alors, les citoyens s’organisent. À New York, les habitants de certaines rues particulièrement exposées constituent des groupes de protection qui se relaient nuit et jour. On les appelle les « vigilants »1. Pendant le tournage du film, l’un des « vigilants » d’une rue où je faisais des prises de vues a été emprisonné pour avoir abattu deux jeunes délinquants…

Michel Marmin : Comment la police a-t-elle réagi au film ?

Michael Winner. De façon extrêmement favorable. Je puis même dire que je n’aurais jamais pu réaliser Un justicier dans la ville sans sa collaboration. Grâce à la police de New York, j’ai pu me documenter de façon précise, rencontrer des délinquants et des victimes, visiter des prisons. J’ai même pu tourner dans un véritable commissariat de police, et la plupart des policiers du film sont réellement des policiers. Ils savaient que mon film ne pouvait que les aider à obtenir les moyens d’accomplir leurs tâches. Et ils me disaient : « Il nous faudrait beaucoup d’hommes comme Paul Kersey. »

1 –  Le titre original du film est The vigilante.

Cet article est extrait du numéro 8-9 de la revue Éléments (Novembre 1974 – février 1975)

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