Aujourd’hui, on cherche le Bloc en question. En son temps, Emmanuel Macron en fut le candidat incontesté. Tout le monde s’était retiré devant lui. François Hollande le premier, en renonçant à briguer un second mandat à l’Élysée, fait inédit dans l’histoire de la Cinquième république. Et François Bayrou en ralliant ce pétulant jeune homme. L’ensemble du microcosme médiatico-politique est alors derrière lui.
On connaît la suite. François Fillon empêché par les juges. Marine Le Pen tétanisée. La campagne du premier est parasitée par ses « affaires ». Celle de la seconde par de mauvais choix stratégiques : le Frexit de Florian Philippot est anxiogène, tout comme sa sortie à la va vite programmée de l’euro. En revanche, le troisième fait un sans-faute. « Verticalité » et « dimension christique » du pouvoir : rien ne peut résister au candidat néo-jupitérien. C’était il y a presque dix ans.
Désormais, ce même Bloc est incapable de présenter un candidat coulant de source. La preuve en est qu’ils sont trois. Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau. Et dans ce type de trio, mieux vaut être parmi les deux. Mais, si les deux premiers peuvent se réconcilier pour mieux faire la peau du troisième, ne risquent-ils pas de s’épuiser en un combat fratricide ?
Quand le « Système » semble ne plus y croire…
La réponse est dans La Tribune dimanche de ce 7 juin, l’un des relais de la « Bonne gouvernance », qui nous narre la possibilité d’un déjeuner de réconciliation entre éventuels prétendants du « Cercle de la raison ». Verbatim : « La réunion du comité de liaison destinée à mettre du liant entre les formations du Bloc central dans le cadre de la campagne présidentielle s’annonce tendue. Au cœur de ce déjeuner qui réunira Franck Riester (Renaissance), Christophe Béchu (Horizons), Marc Fesneau (MoDem), Hervé Marseille (UDI) et Nathalie Delattre (Parti radical), présente pour la première fois, figureront les propos tenus par Gabriel Attal. Le candidat de Renaissance à l’Élysée a évoqué devant les journalistes l’organisation possible d’une primaire au début de 2027 si aucun prétendant ne se détachait clairement dans les sondages. Sa proposition a fait bondir au sein du comité de liaison, où les coups de téléphone se sont multipliés. « Si cette structure existe, c’est précisément parce qu’on a tous acté dès le départ qu’il n’y aurait pas de primaire », assure ainsi un des participants. Horizons, MoDem et UDI ont en effet toujours refusé une telle méthode de départage. »
Comprenne qui pourra. Nos lecteurs ont deux heures et ensuite, l’auteur de ces lignes ramasse les copies. Ce que l’on comprend néanmoins, c’est que de primaire il n’y aura pas, Gabriel Attal et Édouard Philippe attendant que les sondages les départagent. C’est plausible, mais hautement risqué. Ce d’autant plus que, contrairement à Emmanuel Macron, porteur d’un projet de société, celui de ces deux frères ennemis se limite à faire oublier l’héritage macroniste tout en se présentant comme rempart face au Rassemblement national. Pourront-ils se rabibocher à temps ? Telle est l’interrogation.
Elle est pour eux d’autant plus cruciale qu’à en croire LCP (la Chaîne parlementaire), « s’ils maintenaient leur candidature à l’élection présidentielle, aucun des deux ne serait en mesure d’être présent au second tour. » Ce média, connu pour sa prudence, démontre ainsi, enquêtes d’opinion à l’appui, que les deux anciens Premiers ministres ne récoltent pour l’instant que 13 % des intentions de vote pour le Édouard Philippe, contre 9 % pour Gabriel Attal, son successeur. Alors que Jean-Luc Mélenchon frôle déjà les 15 % dans les mêmes sondages…
Le précédent Lionel Jospin…
La certitude de se trouver au second tour et le dédain face aux petites candidatures a déjà enterré la carrière de Lionel Jospin, le 21 avril 2001. L’actuelle configuration sera encore plus périlleuse l’année prochaine. Car de l’eau a depuis coulé sous les ponts. Le Bloc central n’est plus ce qu’il a été. Fracturé de toutes parts, il semble déjà appartenir au passé. Ce n’est donc plus un bloc. Et central, il l’est de moins en moins, puisque ses frontières vont de Marine Tondelier à Bruno Retailleau.
Au RN, certains affirment que ce qui demeure de ce Bloc ne tolérera pas d’être écarté. Mais pour ce faire, au moins lui faudrait-il un candidat naturel. Le problème n’est point qu’il n’en ait pas, mais qu’il en ait trop. Et là, l’arithmétique est cruelle, sachant que le ticket pour le second tour se situera probablement aux alentours des 13 % et qu’il y a de plus en plus de chances pour que les Français aient à trancher entre les candidats de La France insoumise et du Front national.
Ce que nous confient les hommes du « Système »…
Au fait, qu’en pensent les anciens sponsors de la Macronie finissante ? Ceux qui l’ont porté au pouvoir et savent maintenant que nous arrivons désormais à la fin d’un cycle ?
Du côté des cercles économiques, on nous dit : « Nous préférerons toujours parler avec Marine Le Pen ou Jordan Bardella qu’avec un Jean-Luc Mélenchon. Les deux premiers sont finalement des personnes raisonnables avec lesquelles il est possible de discuter. Avec le troisième, aucun dialogue n’est possible », reconnaît un grand patron par nos soins contacté.
Le son de cloche de la haute fonction publique régalienne est globalement le même : « En cas d’arrivée à l’Élysée d’un candidat du RN, une frange minoritaire des grands corps de l’État tentera de faire de la résistance ou fera valoir ses droits à la retraite. Quant aux autres, ils suivront le mouvement tout en maintenant leurs intérêts de caste. Nous sommes légitimistes à notre manière », poursuit notre interlocuteur.
Et, entre glisser un bulletin RN ou LFI dans l’urne, que choisiraient-ils ? Nos deux hommes répondent de concert : « Ou on s’abstient, ou on vote RN tout en se pinçant le nez et en attendant que ces gens démontrent éventuellement leur incompétence. » Là au moins, c’est clair.
Les représentants du Bloc central seraient-ils lâchés par les leurs ? La question paraît être plus que jamais à l’ordre du jour. Ce d’autant plus que « Bloc », il n’y a plus, que ses débris semblent être de moins en moins « centraux » et que son électorat traditionnel en voie de dislocation devant la multiplication des candidatures.
Certes, nos « élites », connues pour mal gouverner le sont aussi pour bien se défendre. Mais, il y a tout de même des limites. Et si ces dernières avaient été franchies ? On est en droit de se le demander. Réponse dans moins d’un an.



