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Tribune : Le mauvais bilan des « chefs patriotes » en Europe

Une puissante vague patriote est en train de se lever partout en Europe. Même dans des pays depuis longtemps gouvernés par la gauche — Portugal, Suède, Danemark —, les mouvements patriotes sont en hausse constante. En Autriche, en Allemagne, aux Pays-Bas, en France et même au Royaume-Uni, les patriotes, en constante progression, peuvent espérer arriver au pouvoir demain. Arriver au pouvoir, mais pour faire quoi ?

Dans trois pays importants d’Europe, la Pologne, la Hongrie et l’Italie, les patriotes ont pendant plusieurs années été portés au pouvoir et ont disposé d’une majorité suffisante pour agir. En Italie, ils y sont toujours.

Pologne : immigration et armement américain

En Pologne, le gouvernement de Mateusz Morawiecki, dirigeant du parti PiS (Droit et Justice), est arrivé au pouvoir en 2015 avec un discours très conservateur, se voulant protecteur de la famille, de la religion chrétienne et de l’identité polonaise. Il se déclarait également très préoccupé par l’immigration, présentant la situation française comme un repoussoir. Or c’est le gouvernement patriote qui a commencé à ouvrir la Pologne à l’immigration extra-européenne de travail, dans un contexte de croissance économique. La Pologne a notamment fait appel à des immigrés asiatiques (souvent des Vietnamiens) pour occuper des postes à responsabilité, dans l’informatique principalement.

Alors que tant de Polonais avaient émigré en Europe de l’Ouest au XXe siècle et depuis le début des années 2000, voici la Pologne florissante « contrainte » d’accueillir une immigration extra-européenne pour des salaires moyens de 2 000 euros permettant de jouir d’un haut niveau de vie en Pologne.

Sur le plan international, la Pologne a réagi de la meilleure façon qui soit face à l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. En accueillant sur son sol des millions de réfugiés ukrainiens, cette situation a évidemment fait l’objet de tensions certaines entre ces deux populations.

S’opposant frontalement à Vladimir Poutine, la Pologne a aidé l’Ukraine en lui livrant un grand nombre de matériels militaires (notamment son stock d’armes soviétiques) mais a également adopté une posture défensive très réactive. L’armée polonaise est actuellement en passe de devenir l’une des plus puissantes armées européennes.

Cependant, ce réarmement s’est fait au profit de deux acteurs majeurs de l’économie militaire, bien loin d’être européens : les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud. La Pologne a en effet acquis 180 chars sud-coréens K2 (de très bonne qualité) ainsi que des canons et lance-missiles du même pays et un très grand nombre de matériels de pointe américains (lance-missiles HIMARS, chars Abrams, hélicoptères Apaches, chasseurs F-35).

Autrement dit, la Pologne n’a mené aucun effort de défense européen. Elle reste l’un des meilleurs acteurs de l’OTAN dans une vassalisation totale vis-à-vis de Washington, sans la moindre initiative politique européenne.

 Mateusz Morawiecki a été battu en 2023 et remplacé au pouvoir par le pro-européen Donald Tusk.

Hongrie : immigration et russophilie

En Hongrie, Viktor Orbán, dans sa jeunesse fougueux opposant au gouvernement communiste hongrois, a connu plusieurs périodes au pouvoir, de 1998 à 2002 puis de 2010 à 2026.

En tant que Premier ministre avec la capacité (pleinement utilisée) de modifier la Constitution, il a eu tous les pouvoirs de mettre en œuvre son programme. Comme en Pologne, malgré les discours martiaux hostiles à l’immigration extra-européenne illégale, il a lui aussi mis en œuvre des filières d’immigration extra-européenne de travail légales, pour accueillir des travailleurs africains ou moyen-orientaux afin que ceux-ci occupent les postes que les Hongrois ne souhaitaient plus occuper en raison du très faible niveau des salaires. Et ce, moyennant l’obtention de la nationalité hongroise.

En plus de cette politique migratoire allant à l’encontre de ses discours (et c’est d’ailleurs sur cette question qu’il a été attaqué par son opposant Péter Magyar durant la campagne présidentielle), son positionnement face à la guerre en Ukraine s’est révélé des plus problématiques. Prenant systématiquement le parti de Vladimir Poutine, « au nom de la paix », il s’est constamment opposé à l’Ukraine et à son président, parfois de façon insensée. Durant sa dernière campagne électorale, il est allé jusqu’à agiter la menace que l’Ukraine ferait peser sur la Hongrie(!). Son blocage systématique des systèmes de soutien européen à l’Ukraine a considérablement ralenti l’aide européenne à cette dernière.

Viktor Orbán vient d’être battu aux derniers élections législatives hongroises le 12 avril 2026 par Péter Magyar qui prône, lui, une politique pro-européenne, hostile à la guerre que mène Vladimir Poutine en Ukraine.

Italie : des promesses non tenues

En Italie, l’accession de Giorgia Meloni au pouvoir en 2023 a suscité un grand espoir en Europe. Inflexible face à Vladimir Poutine sur l’Ukraine, recalant Donald Trump lorsque ses critiques sur les États européens vont trop loin, favorable à une conception civilisationnelle de l’Europe, Giorgia Meloni n’a laissé personne indifférent.

Il faut le dire nettement : Meloni a profondément déçu.

Alors qu’elle en appelait à un blocus militaire naval pour empêcher les embarcations clandestines d’aborder les côtes italiennes, elle a immédiatement baissé pavillon sans même combattre. Depuis son arrivée au pouvoir, l’immigration a augmenté de 10 %. En 2024, le pays a accueilli plus de 450 000 personnes.

Tout en permettant à l’immigration extra-européenne légale de se poursuivre dans la péninsule, elle a également permis à nombre de travailleurs immigrés d’obtenir les visas nécessaires pour résider en Italie « temporairement » afin d’effectuer les tâches manuelles difficiles et mal payées dont a besoin l’économie italienne (dans la récolte des fruits notamment).

Le gouvernement italien a fixé à 500 000 le nombre de quotas d’entrée pour les travailleurs extra-européens sur la période 2026-2028, qui pourront obtenir un permis de séjour après avoir trouvé un emploi.

Au lieu d’arrêter l’immigration extra-européenne, elle lui a permis de se poursuivre et de s’amplifier. Au lieu d’augmenter les salaires et d’avancer vers la robotisation de l’économie, elle a très exactement poursuivi les méthodes de tous les dirigeants européens depuis plus d’un demi-siècle : priorité à l’économie libérale mondialisée au détriment de l’identité italienne, capitalisme oblige.

Les grandes villes d’Italie, Rome et Milan en particulier, continuent d’être submergées par l’immigration extra-européenne, avec les mêmes conséquences que partout ailleurs en Europe de l’Ouest.

À Modène, en mai 2026, un Italien d’origine marocaine a lancé sa voiture sur la foule, blessant grièvement plusieurs personnes, dont une femme qui a eu les deux jambes sectionnées. L’individu a déclaré qu’il avait été victime de racisme. Mêmes causes, mêmes effets.

Meloni ne fait pas ce qu’il faut. Opposée à juste titre aux agissements des magistrats visant, en Italie comme ailleurs, à établir un gouvernement des juges, Meloni vient de provoquer un référendum sur la réforme de la Justice.

La question migratoire était l’un des principaux enjeux. En Italie comme ailleurs, les juges entendent s’opposer aux politiques de durcissement en matière migratoire. On se souvient de l’épisode de 2019 où les juges avaient empêché Matteo Salvini de bloquer le bateau Open Arms débarquant des migrants clandestins sur les côtes italiennes. Même si Salvini a fini par être acquitté en 2025, la justice italienne a réussi à décourager les tentatives de durcissement.

Dans le débat précédant le référendum, Meloni n’a pas su tenir le bon discours. Elle a tenté de se défendre contre les accusations de dérive autoritaire, se plaçant ainsi sur le terrain choisi par la gauche. Alors qu’il aurait fallu dramatiser l’enjeu et mettre les électeurs devant leurs responsabilités. Et c’est l’échec de la tentative…

Si Giorgia Meloni s’est impeccablement tenue aux côtés des Ukrainiens (dans les mots du moins), force est de constater qu’en matière internationale elle reste davantage dans la posture que dans l’initiative politique concrète. Certes elle tient tête face à la grossièreté de Donald Trump mais la sixième flotte américaine n’en règne pas moins sur la baie de Naples et est la véritable maîtresse de l’Italie. Giorgia Meloni fustige « l’Europe du marché » en exhortant l’Union européenne à devenir une véritable puissance. Mais quels actes politiques et géopolitiques concrets suivent derrière ? Jusqu’à présent, aucun. L’Europe comme l’Italie ont besoin de plus que de simples mots.

À l’approche des élections italiennes prévues en 2027, Roberto Vannacci, ancien général, eurodéputé puis fondateur du parti Futuro Nazionale s’oppose d’ores et déjà à Meloni et Salvini dont il dénonce la tiédeur en prônant une rupture radicale et une politique de remigration.

Rompre avec le mondialisme libéral et construire une Europe civilisationnelle

En Pologne, en Hongrie et en Italie, des gouvernants se présentant comme patriotes ont été élus et ont eu les pouvoirs d’agir. Dans tous les cas, ils ont déçu. Dans tous les cas, ils n’ont pas fait ce qu’il fallait faire. Arrêter l’immigration extra-européenne et mettre en œuvre l’inversion des flux migratoires. Se tenir fermement aux côtés de l’Ukraine envahie par l’agression russe tout en refusant la poursuite de la vassalisation américaine.

Face à l’Europe de Bruxelles, être capable de proposer des initiatives concrètes pour construire une Europe civilisationnelle.

En France, en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas et dans nombre d’autres pays européens, les patriotes peuvent espérer accéder prochainement au pouvoir. Mais les exemples de l’Italie, de la Pologne et de la Hongrie montrent qu’il ne suffit pas d’arriver au pouvoir pour répondre aux attentes des peuples.

Si les chefs patriotes accèdent au pouvoir pour finalement fuir les risques et les tensions en se contentant de mettre leurs pas dans ceux des mondialistes et des immigrationnistes, ils mériteront le jugement que portera l’Histoire sur tous les dirigeants européens depuis soixante ans : des médiocres et, au final, des traîtres.

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