Le comble de l’absurde est sans doute atteint lorsque les groupes d’ultra-gauche auto-proclamés « antifascistes », c’est à dire revendiquant ouvertement et officiellement que la nature exclusive de leur combat est l’opposition radicale à tout ce qu’ils estiment être des « réminiscences» du fascisme, se voient eux-même qualifiés de « fascistes » par les victimes de leurs actions d’intimidation, de dénonciation ou de violence. On assiste ainsi à une véritable course à l’échalote afin de déterminer qui est le « vrai fasciste », du nervi arborant keffieh et tshirt de Che Gevera et ou de l’étudiant libéral-conservateur (sic) se faisant lyncher en se rendant à une dédicace d’Eric Zemmour.
– « Sale fasciste ! »
– « Non, c’est toi le fasciste, car tu es méchant et violent ! »
– « Même pas vrai, c’est toi qui l’est ! »
Ambiance cours de récréation de collège, section Segpa.
Une démission historique et politique
A l’origine de ce confusionnisme absolu, de ce « n’importe quoi » érigé en dogme, une inculture historico-politique crasse entretenue par la lâcheté chronique d’une « droite » toujours à la recherche de l’assentiment du camp adverse et acceptant systématiquement de mener le combat sur son terrain et en utilisant son vocabulaire et sa grille de lecture.
C’est ainsi que le terme « fasciste » est progressivement sorti du champs lexical des idées politiques pour rejoindre celui des injures et invectives à visée excommunicatoire. Totalement vidé de tout contenu conceptuel ou doctrinal, le mot « fasciste » est donc devenu synonyme de « brute », de « butor » extrémiste et haineux, et, par là, toute personne ayant recours à la violence – symbolique, étatique ou criminelle -, quel que soit l’idéologie dont il se réclame, devient immédiatement et automatiquement un « fasciste ». Cet invraisemblable et extraordinaire tour de passe-passe sémantique doit incontestablement une grand part de son succès à la collaboration active d’une « droite » qui a cru habile et « stratégique » de participer à la manipulation en espérant la retourner contre ses opposants. Toujours terrorisée mentalement par les diktats moraux de la gauche, elle a cru ainsi se dédouaner, une fois de plus, de toute accusation de lien ou de parenté avec « les heures les plus sombres », sans se rendre compte qu’elle entérinait par là l’idée, totalement ridicule mais efficiente dans un monde ignare, que toute violence politique, tout comportement extrémiste, ne pouvait émaner que d’un seul camp, celui du « fascisme », c’est à dire, dans l’esprit général, de « l’extrême-droite ».
De doctrine politique et d’expérience historique dont peuvent être librement débattus le contenu comme le bilan, le « fascisme » a été transformé en incarnation démoniaque d’un fantasmatique « camp du mal » dont on cherche à faire porter le sceau infamant à tous ses adversaires, quels que soient leur discours ou positionnement idéologique. A l’inverse, le communisme et ses divers avatars, pourtant incomparablement plus criminels et encore aujourd’hui actifs, restent totalement intégrés et acceptés dans le discours et le débat publics et personne ne se voit stigmatisé ou « relégué hors de l’humanité » s’il s’en revendique.
Cette dysmétrie du jugement collectif moral est incontestablement une grande victoire pour les gauches, qui se disculpent à la fois de leurs propres forfaits tout en consolidant une vision unilatérale et manichéenne de l’histoire.
Redonner leur sens aux mots
Le « fascisme » n’est pas une « méthode » et la violence politique n’a bien entendu nullement attendu les années 20 du XXe siècle pour s’exprimer sous les formes les plus diverses et variées, et souvent beaucoup plus radicales et massives que lors de l’épisode mussolinien. La doctrine et l’idéologie « fascistes » appartiennent au domaine de l’histoire des idées politiques et du travail universitaire, il ne s’agit pas de vouloir les défendre ou les « réhabiliter » anachroniquement, mais simplement de les remettre à leur place et de refuser l’imposition du vocabulaire de l’adversaire.
Non, les racailles de banlieues ne sont pas des « petits fascistes », mais des voyous gavés de shit et de sous-culture américaine rêvant de fric et de bagnoles, et les petites frappes de la « Jeune Garde » ou d’autres groupuscules du même tonneau ne sont pas plus des « fascistes » mais des nervis d’extrême gauche nourris de la même haine et utilisant les mêmes méthodes que leurs ignominieux ancêtres, des profanateurs de tombes de 1936 en Espagne aux tondeurs de femmes de 1945 à Paris…
Les mots ont un sens. L’abandonner ou le travestir, c’est renoncer à la vérité.



