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« Radio France » : ça commence à sentir le Sapin !

« Radio France » : ça commence à sentir le Sapin !

Les glorieux résistants de « Radio France » sont en grève. Quel courage ! Quelle prise de risque, surtout, pour des fonctionnaires du journalisme dont la paye, qu’ils travaillent ou non, tombe à chaque fin de mois. Tout ça parce qu’ils refusent un éditorial dominical de Charles Sapin, récemment promu directeur-adjoint de la rédaction de « Valeurs actuelles ». Soit le maquis à la portée des petits marquis.

C’est l’été indien, celui qui se prolonge à l’approche de l’automne, si bien chanté par Joe Dassin. Et comme un bonheur ne survient jamais seul, France Inter est aux abonnés absents. On n’y cause plus dans le poste, on y pousse des disques. Pas de doute, ces gens ont manqué leur vocation de DJ. Ils y font des merveilles, surtout sur FIP, également en grève. Si le monde était mieux fait, rien ne devrait changer.

Le psychodrame Charles Sapin…

Au fait, pourquoi une telle effervescence ? À croire qu’à côté, la Commune n’était rien d’autre qu’un jeu de marelle dans la cour de récréation d’école communale ? Tout simplement parce que le ci-devant citoyen Charles Sapin a été promu pour lire un billet dominical d’à peine trois minutes à l’heure du laitier, lorsque Paris s’éveille, à en croire une autre chanson, celle de Jacques Dutronc. Au fait, une fois encore, qui est Charles Sapin ? Un ancien éditorialiste de Rivarol ou de Réfléchir & Agir ? Fortuitement, non. Centriste de l’espèce libérale, il a travaillé à L’Opinion, au Figaro, au Point, avant de rejoindre la rédaction de Valeurs actuelles, il y a moins d’un mois. C’est assez léger en terme de « radicalité » ; mais c’est déjà manifestement trop pour les gardiens des élégances démocratiques. D’où cette pétition indignée et signée par les professionnels de la profession.

Sans ordre de préférence, on trouve donc, liste non exhaustive, Josiane Balasko, Denis Podalydès, Julie Gayet, Bruno Solo, Ariane Ascaride, Romane Bohringer, Yolande Moreau, Corinne Masiero, Laure Calamy, Serge Moati, Anna Mouglalis, Valérie Donzelli, Audrey Diwan, Yann Tiersen, Lio et Miossec. Rien que des pointures, même si de moins en moins adaptées à celles de la France d’en bas, plus Croc que Veja. Les amateurs de beaux souliers comprendront.

Et que nous dit ce texte ? « L’enjeu dépasse largement ce simple rendez-vous radiophonique et pose la question cruciale des limites admissibles du pluralisme dans le débat public. (…) Les valeurs que représentent ce journal sont en totale contradiction avec les missions de la radio publique définies par le Parlement : défendre la cohésion sociale, la lutte contre les discriminations, la représentation de la diversité des origines et des cultures. »

Stigmatisation de Raymond Bourgine, parce que Franco-Malgache…

Une « représentation » qui, visiblement, ne va pas jusqu’à faire bon accueil à d’autres « origines et cultures », fussent-elles politiques, telles celles, par exemple, de l’hebdomadaire en question, Valeurs actuelles, fondé en 1957, par le Franco-Malgache Raymond Bourgine, condisciple du futur Premier ministre Raymond Barre, de l’avocat Jacques Vergès et ayant servi dans l’Aviation durant la Seconde guerre mondiale. Pour aller court, on a connu nazi plus convaincant que ce sénateur chiraquien ayant ensuite officié au Palais du Luxembourg de 1977 à 1990.

Mais le camp du Bien ne saurait s’arrêter à de tels menus détails. Pour cela, il lui faudrait ouvrir un ou deux livres. « Personne ne sera éprouvé au-delà de ses forces », nous dit le Tout-Puissant, connu pour généralement parler d’or.

Là où tout devient drôle, voire dérisoire, est que cette pétition signée par tout ce que les égouts du monde de la culture comptent en matière de résistants en peau de lapin, c’est qu’ils sont les premiers à vivre plus ou moins grassement du système qu’ils font mine de combattre. Ainsi, cette fameuse préférence nationale, concept cégétiste et de Front populaire, repris au vol par le Front national, n’en sont-ils pas les principaux bénéficiaires ? Quotas de chanson française sur les ondes publiques et privées, exception culturelle française obligeant le contribuable à financer le cinéma hexagonal, pour souvent le pire et parfois le meilleur. Et Radio France, dont les salariés ont tous plus ou moins le statut de fonctionnaire, ne bénéficient-ils pas, eux-aussi, de cette odieuse « préférence nationale » visant à discriminer les « souchiens » vis-à-vis de leurs nouveaux compatriotes issus de la « Nouvelle France », dès lors qu’il s’agit d’intégrer la fonction publique ? Bref, la « préférence nationale », ce sont les autres, les gueux, et non point ceux qui en bénéficient au nom d’on ne sait quel privilège culturel.

De l’urgence de relire d’Ariane Mnouchkine…

À ce degré d’imposture intellectuelle, on ne peut que faire chapeau bas. Et le pire, c’est que cette horde de couillons y croit. Ils auraient peut-être mieux fait de méditer cette tribune d’Ariane Mnouchkine, une dame de leur caste, publiée en 2024 dans Libération, à propos de ce désamour entre peuple des artistes et peuple tout court : « Les premiers responsables, ce sont justement les “gens de culture”On a lâché le peuple, on n’a pas voulu écouter les peurs, les angoisses. Quand les gens disaient ce qu’ils voyaient, on leur disait qu’ils se trompaient, qu’ils ne voyaient pas ce qu’ils voyaient, et après, nous les avons insultés. (…) Je ne suis pas certaine qu’une prise de parole collective des artistes soit utile ou productive. » Sandec ?

En attendant, écouter le service audiovisuel public, surtout quand il se tait, est redevenu un plaisir de chaque instant. Mais attention, il ne faudrait pas non plus qu’ils persistent dans leurs ambitions de tenanciers de boîtes de nuit, David Guetta est déjà là. Et dans le registre, fait le boulot autrement mieux qu’eux. Après la fin de leur grève de fin de vacances, se posera peut-être le délicat problème de leur reconversion. Qu’ils ne s’inquiètent pas plus que ça, il paraît qu’on embauche au camping de Palavas-les-Flots, sachant que La Danse des canards vaudra toujours mieux que celle des cafards.

PS : Que nos lecteurs aient une pensée chrétienne quant à cet infortuné Charles Sapin, débarquant dans ce boutre dont, on l’espère, il n’avait que foutre.

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