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Racisme : il n’y a pas de haine heureuse

Racisme : il n’y a pas de haine heureuse

Le racisme est le péché contre l’esprit du temps. Le football n’y échappe pas, il est même la vitrine des bons sentiments. À la condition qu’il s’exerce contre les Blancs.

Le monde du foot est régulièrement frappé par des affaires de racisme. En fait, bien sûr, il est plus juste de dire que, très régulièrement, les médias font un boucan d’enfer à cause d’affaires de racisme dans le foot, et notamment des insultes à caractère supposément raciste entendues dans des stades. Quand ça arrive, c’est à peine si les JT ne débutent pas avec « l’épouvantable histoire » de Manolo, supporter du Bétis Séville, ou Beppe, ultra de Lecce, qui ont poussé des « cris de singe » lorsqu’un joueur africain de l’équipe adverse a fait une touche. Les autorités des ligues respectives s’indignent, les émissions dédiées au foot s’insurgent, et Gérald Darmanin balance un communiqué pour exprimer son « intense émotion ».

Sur Twitter, les commentateurs professionnels hissent le Plus jamais ça et réclament des mesures « enfin à la hauteur » du « crime » – ils ne manquent d’ailleurs jamais de rappeler, en vrais passionnés de droit, que le « racisme » est sévèrement puni par toutes les législations des pays civilisés. Dans un post sponsorisé par Nike, Sephora et Burger King – entreprises qui, comme toutes les mondialisées, ont fait de l’inclusion un cheval de bataille –, les stars du foot disent sur tous les tons leur « dégoût », « terme » dont la « force » traduit un « engagement » dont chacun se félicite ; à travers cette « prise de position courageuse », les footballeurs milliardaires prouvent qu’il s’intéressent, eux aussi, à la vie de la cité – étant entendu que s’intéresser à la vie de la cité se réduit, pour les médias, à l’adhésion aux principes progressistes parmi lesquels l’antiracisme est, sans conteste, le premier.

C’est nau-sé-a-bond

En 2020, lors du match de Ligue des champions entre le PSG et Istanbul Basaksehir, le quatrième arbitre de la rencontre aurait désigné le Camerounais Pierre Achille Webó, entraîneur-adjoint de l’équipe turque – qui se faisait alors logiquement laminer par les stars du Qatar FC – comme « le noir, là-bas ». Indignés, Wébo et certains de ses joueurs avaient alors foutu un dawa mémorable ; la rencontre avait dû être interrompue ; les médias en avaient fait un psychodrame de trois jours, durée très longue dans le temps médiatique, en général plutôt réservée aux tremblements de terre qui font cent mille morts ou aux actes djihadistes qui en font cent en France. Attaquant du Basaksehir, Demba Ba, Sénégalais de nationalité française, par ailleurs musulman très affirmé, avait beaucoup parlé dans les médias français. Le coupable était roumain ; en fait, il avait dit « negru », et, forts de ce fait – passé complétement sous silence dans un premier temps –, d’aucuns s’étaient lancés dans des développements oiseux sur ces problèmes de traduction qui enquiquinent tant une humanité qui n’aspirerait, évidemment, qu’à la concorde, c’est-à-dire au vivrensemble, c’est-à-dire à ce modèle multiculturel dans lequel chacun pourrait enfin affirmer ce qu’il est vraiment, comme dans une pub McDonald’s. L’affaire Webó est une bonne échelle pour mesurer le racisme dans le football vu par la doxa.

Récemment, il y a eu l’affaire Lukaku et, en ce moment, il y a l’affaire Galtier. Selon un corbeau, Galtier, lorsqu’il entraînait l’OGC Nice, aurait tenu des propos peu amènes sur ses joueurs africains et/ou musulmans. Il aurait failli en venir aux mains avec Didier Digard, alors entraîneur des équipes de jeunes du même club et converti à l’islam – avec la longue barbe qui va avec les convertis, évidemment toujours plus royalistes que le roi. Tous les observateurs, sur les plateaux, sont d’accord : si c’est vrai, il faut empaler Galtier, vivant de préférence. Quand ils évoquent cette affaire, les commentateurs prennent leur air le plus sombre, comme s’ils revenaient d’Auschwitz en décembre 1943. Les mots leur manquent, même ; c’est « indicible », c’est « vertigineux », c’est « nauséabond ».

La purification des tribunes

Le football est un sport « populaire ». Ce qui signifie que, contrairement au rugby, au golf ou au tennis, ses suiveurs se recrutent pour l’essentiel dans les classes populaires – autrefois on disait « le peuple » et tout le monde comprenait de qui on parlait. Et, selon les bourgeois et leur esprit boïscout dont se moquait tant le génial Nimier, les prolos ont naturellement tendance à mal se comporter. Au foot, on chambre, parfois méchamment ; on déploie des banderoles que ne signerait certes pas Lamartine ; certains supporters, ces fameux ultras tellement attachés à leur club, qui se saignent chaque week-end pour aller le voir joueur à l’autre bout du pays ou parfois de l’Europe, n’hésitent pas, parfois, à se battre, vraiment, avec les supporters de l’autre club pour, dans une logique viriliste, identitaire, prouver leur valeur.

À l’heure de l’inclusion – qui n’est qu’un des mille autres noms de l’antiracisme –, ces comportements sont un problème, et même un très grave, et même le plus grave. C’est pourquoi la plupart des ligues, en tout cas celles de l’Europe de l’Ouest, « combattent », depuis une vingtaine d’années, les prolos, avec l’appui des autorités locales. En augmentant fortement le prix des abonnements, en poussant les autorités à empêcher les déplacements des supporters et à punir toujours plus fermement les « débordements », elles ont évacué les classes populaires des stades. La Premier League anglaise a été pionnière en la matière, elle qui avait subi le « phénomène du hooliganisme » dans les années 70-80. Le foot mondialiste doit être un « spectacle », bien propre, bien lisse, comme les répugnantes ligues fermées américaines. Désormais, dans les stades britanniques, les touristes asiatiques côtoient les bourgeois qui viennent « en famille ». Les témoignages blasés abondent qui racontent que le Camp Nou, le mythique stade du Barça, est souvent rempli de Singapouriens ou Chinois en goguette, venus lâcher leur cash dans le parc d’attractions Europa-Land, ses beaux monuments, ses restos gastronomiques et ses boutiques de luxe éclairées comme des cabinets dentaires.

Seuls les Blancs sont racistes

Depuis 1945, en Occident, l’antiracisme est plus qu’une idée parmi d’autres et même plus qu’une idée : c’est une sorte de religion. Selon les élites occidentales contemporaines, l’histoire d’Occident se divise en deux parties : les âges obscurs, où le racisme structurait la société – avec pour climax le nazisme, bien sûr –, et un âge d’or, qui commence à peine, dans lequel le racisme sera vaincu. L’acception du mot racisme s’étend continument ; critiquer l’immigration, c’est être raciste ; ne pas croire en un islam « religion d’amour et de paix », c’est être raciste ; noter que le prénom Mohammed, comme Zemmour l’avait fait une fois face à l’inénarrable Marlène Schiappa, c’est un prénom musulman, c’est « assigner » tous les Mohammed à une identité, et ça c’est raciste aussi. Il n’est pas de pire crime, aujourd’hui en Occident, que le racisme. Sodomiser puis étrangler un enfant, violer une nonagénaire avec du verre pilé, c’est moins grave que de dire – car « les mots tuent », prétendent-ils – « nègre » ou « bougnoule ». Attention, bien sûr, la définition du racisme a changé. Vous pensiez qu’il était l’idée selon laquelle des races sont supérieures à d’autres, ce qui est « absurde » car, comme on nous l’a répété un million de fois à l’école et à la télé, « les races n’existent pas ». Vous datez.

Le racisme, je vous l’apprends si vous l’ignorez, en tout cas le racisme selon l’Université, les médias, les milieux culturels, bref tout ce qui pense ou plutôt impose sa pensée, c’est un « système de domination » créé par les Blancs afin d’asservir les autres… races. Seuls les Blancs furent et peuvent encore être de vrais racistes ; le racisme des autres relève au pire du folklore ; les « dominés » ne peuvent pas être vraiment racistes, et s’ils le sont – car parfois, hélas, ça peut arriver – c’est parce qu’ils imitent les… Blancs. Quand, après l’élimination de l’équipe d’Algérie lors des éliminatoires de la Coupe du monde face au Cameroun, des dizaines de milliers d’Algériens, sur les réseaux sociaux, traitaient les Camerounais de « sales singes », d’« esclaves », ils exprimaient juste une colère certes un peu excessive, mais ce n’était pas du tout du racisme. Les Algériens sont des « dominants » ? Non ! Ils ne peuvent donc pas être racistes… CQFD. Allez demander à des parents algériens s’ils sont d’accord pour que leur fille épouse un Ivoirien… Mais non, j’ai dit que non, ce n’est pas du tout, pas du tout du racisme. La traite arabe, qui a été beaucoup plus longue, qui a produit plus d’esclaves et était plus cruelle – on coupait le membre de tous les hommes, seul un sur huit ou dix survivait à cette opération, laquelle explique d’ailleurs pourquoi on ne trouve pas, dans le monde arabe, de descendants d’esclaves – que la transatlantique, ce n’était pas un « système de domination » basé sur une forme de racisme, oh non, pas du tout…

Le foot, porte-étendard de la diversité

Il y a dans le football, du racisme, c’est vrai, mais un autre : du racisme social. C’est d’autant plus vrai en France. En 1998, en France et dans sa ridicule « république des lettres » – c’est-à-dire un ensemble d’institutions fondées par la gauche, dirigées par des gens de gauche et qui permettent à des tas d’écrivains ratés de gauche de survivre grâce à des aides diverses – le foot était vu comme LE sport des beaufs, des prolos, des cons qui se comportent mal – ah ! Béatrice ! on est tellement mieux à Roland-Garros, avec nos places réservées huit mois avant et nos petits parapluies offerts au cas où quelques gouttes de pluie nous tomberaient dessus.

Après la victoire de l’équipe de France menée par l’inoubliable Zidane, les journalistes ont subitement vu dans le foot un moyen de vanter le multiculturalisme, inventant au passage la risible expression « Black-Blanc-Beur » qui synthétisait leur idéal d’alors – depuis, le « Blanc » a disparu, enfin, ils aimeraient bien et font tout pour qu’il disparaisse. L’équipe de France avait gagné grâce à l’immigration, disaient-ils ; c’était bien là la preuve que l’immigration africaine, contrairement à ce que d’aucuns s’échinaient criminellement à raconter, était d’abord et même uniquement une « chance » pour le pays des 40 millions de pétainistes, de lâches, de cons, de racistes, comme la télé dépeignait – et continue de le faire – la France. En 2014, lorsque l’équipe d’Allemagne remporta la Coupe du monde au Brésil, les journalistes s’enthousiasmèrent peut-être encore plus : ce triomphe était celui de Merkel, fille de pasteur, qui allait peu après obliger son peuple à « accueillir » un million de « Syriens » –, elle exorcisait ainsi enfin la Shoah, ce « passé qui ne passe pas », en soumettant brutalement les Allemands à la « diversité » –, tous ces garçons de vingt ans qui, au lieu de se battre comme le font les hommes libres, comme le font actuellement les Ukrainiens, abandonnaient leurs femmes et leurs enfants pour aller servir, en Occident, d’esclaves modernes aux bourgeois trop fatigués pour aller récupérer leur commande après une journée émaillée de réunions et d’armée aux petits bourgeois qui, pleins de ressentiment envers leur propre civilisation, veulent détruire l’héritage que les siècles leur font légué.

Il y a un racisme légitime – contre les Blancs

Il y a encore un autre racisme, à la rigueur : celui que l’on observe très régulièrement sur les petits terrains de France, lorsque des équipes de jeunes s’affrontent le week-end. En effet, presque chaque semaine, la presse nous apprend – mais évidemment sans entrer dans le détail, accablant seulement une « violence » abstraite – qu’un match ayant opposé une équipe « issue des quartiers » et une autre venue des zones périurbaines ou rurales a dégénéré. En somme, quand s’affrontent sur le pré la « diversité » et les « souchiens », comme Houria Bouteldja, invitée dans toutes les universités, dont les essais sont publiés par de prestigieuses maisons d’édition socialo-communistes, nomme les Français de souche, ou au carré, comme dirait la courageuse Michèle Tribalat – aucune association n’a porté plainte. Les toubabs peuvent bien se faire « bolosser » sur un terrain de foot – comme ils le sont chaque jour dans la rue –, ce n’est pas non plus du racisme. C’est donc uniquement de la faute de la « violence », qui augmente sans qu’on sache pourquoi – mais oui ! grand Dieu ! pourquoi donc ? quel impénétrable mystère ! –, ou alors, à la limite, c’est à cause des « discriminations » dont les jeunes sont forcément les victimes – soumis qu’ils sont au « système de domination » des Blancs, ils sont pour ainsi dire obligés de tabasser des Blancs pour se libérer – ce n’est pas bien, certes, mais les libéraux les excusent, et les gauchistes les soutiennent.

Les cris de singe, les remarques racistes entendus dans certains stades sont stupides. Je conçois aisément qu’ils énervent ceux qui en sont l’objet. Mais expriment-ils, comme on nous le dit, le racisme des supporters européens et des Européens en général ? Certainement pas. On entend des cris et des chants de ce genre partout à travers le monde, et cent fois plus dans le monde non-occidental. Il en va de ces « débordements » comme de tout le reste, et par exemple de l’esclavage en Occident : l’Occident a pratiqué l’esclavage, lui aussi, mais ce qui le distingue des autres aires civilisationnelles, c’est qu’il l’a aboli, et combattu, et a même fait de cette « lutte » une « valeur » cardinale, un idéal – dans la première moitié du XIXe siècle, la Grande-Bretagne a imposé l’abolition aux autres États européens. Nous n’avons, nous autres Européens, à ne rougir de rien. Rien ! Et surtout pas de notre racisme, incontestable à certaines époques, cela dit jamais sérieusement théorisé sinon par le national-socialisme, minuscule parenthèse de notre longue et superbe histoire et intrinsèquement lié à l’Allemagne et son hubris passé. Les Européens sont sans doute les moins racistes des habitants de cette planète. Comme Claude Lévi-Strauss, célèbre intellectuel fasciste, je pense même qu’ils gagneraient à l’être un peu plus, si par racisme on entend simplement la conviction que son peuple est supérieur aux autres, mérite à tout le moins de persévérer dans son être, faute de quoi l’on n’aurait pas de raison de le défendre.

Le Grand Remplacement par le foot

Ceux qui s’indignent le plus des « débordements » entendus dans le stades européens sont les mêmes qui votent Macron, hégémoniques dans le champ médiatique, ou Mélenchon, hégémoniques dans les champs culturel et universitaire. C’est intellectuellement normal. Ce sont les mêmes qui veulent se débarrasser des peuples européens autochtones afin que naisse, dans une logique d’alchimiste, une nouvelle humanité sur notre sol, enfin celui de nos pères, qui l’ont protégé durant des siècles avec un acharnement parfaitement incompréhensible aux yeux des matérialistes, c’est-à-dire d’individus préoccupés seulement de leur petite personne. Ils veulent punir les supporters des matchs de foot comme ils punissent, avec des lois et des JT, des reportages d’Arte et les chansons de Vianney, les incessantes leçons de morale du monde du spectacle et de notre classe politique les classes populaires en général. Ils évacuent des stades ces dernières comme ils les excluent volontairement des assemblées. Voter pour le RN en France, pour l’extrême droite partout ailleurs, c’est être raciste, bien sûr. Les classes populaires, partout en Occident et en Europe en particulier, sont donc généralement racistes. Elles, en qui persiste tout l’honneur de notre glorieuse, savante, contradictoire, magnifique civilisation, ne veulent pas disparaître. Elles le disent ; on ne les « écoute » pas ; pire encore, on les nazifie pour cette raison. On ne discute pas avec la « haine » : on la « combat ». La même logique est à l’œuvre, dans l’indignation empourprée qui accompagne les affaires de racisme dans le monde du foot et dans les « polémiques » qui suivent chaque prise de position en défaveur de l’immigration. Dans l’absolu, le racisme est bête, soit ; mais l’antiracisme, ici comme ailleurs, est autrement plus dangereux. Les racisme des Européens n’en est, le plus souvent, pas un : il n’est rien d’autre que l’expression de leur refus de disparaître en tant que civilisation. Il manifeste leur légitime désespoir. Il n’y a pas « haine » heureuse.

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