BREIZH-INFO : Vous aviez déjà signé, il y a quelques années, Le Racisme antiblanc, l’enquête interdite. Pourquoi reprendre le chantier aujourd’hui avec « Sale Blanc » ? Qu’est-ce qui a changé – dans les faits, dans les consciences, ou dans votre propre regard – pour justifier ce nouvel ouvrage que vous présentez comme un livre « à part entière » et non comme une suite ?
FRANÇOIS BOUSQUET. Je n’ai pas voulu écrire une simple suite, mais un livre autonome. Si le premier volume relevait de l’enquête brute, le second relève davantage de la fresque sociale sur la France contemporaine. Les deux livres forment un diptyque : le premier révélait un angle mort, le second en éclaire l’arrière-plan. Je ne voulais pas seulement recueillir des témoignages, mais les mettre en scène dans leur contexte social, scolaire, religieux, ethnique, culturel. Il y a une telle galerie de personnages, difficile de faire comme s’ils n’existaient pas. Cela va de la Mère courage au justicier de l’ombre, du skinhead rangé des voitures au geek militant, de la jeune fille à qui on a volé sa virginité au jeune homme à qui on a volé sa jeunesse, du résistant de l’intérieur à l’expatrié qui demande ailleurs l’asile politique qu’il ne trouve plus chez lui. Tout cela n’était qu’esquissée dans le premier volet. Ici, les silhouettes prennent chair. La matière est si abondante, si peu explorée, qu’il fallait au moins deux livres pour en rendre compte. Quand vous commencez à tirer le fil du racisme antiblanc, c’est sans fin, alors même que les victimes se cachent, ont honte ou peur d’être cataloguées à l’extrême droite.
Le sujet ne concerne pas seulement les insultes et les violences, mais les structures profondes des sociétés, puisque le racisme antiblanc engage des visions du monde antagonistes, des rapports entre les sexes différents, des conceptions concurrentes de l’honneur, de la mixité, de la séduction, de la fête, etc. C’est pourquoi j’aborde plus frontalement les violences visant les femmes, qui font jouer des logiques de domination et de souillure inscrites en profondeur.
Je consacre également un chapitre à ce que les Américains appellent les « Blancs adjacents », entre autres les Asiatiques, censés partager les mêmes privilèges supposés des Blancs, pour peu qu’ils travaillent, s’intègrent et respectent les normes majoritaires, sans jamais mobiliser la rhétorique victimaire.
BREIZH-INFO : Vous filez dès l’introduction une métaphore ornithologique saisissante, celle du coucou qui dépose son œuf dans le nid d’un autre oiseau et dont le petit finit par expulser les oisillons légitimes. Pourquoi avoir choisi cette image plutôt qu’une analyse plus classique ? Ne redoutez-vous pas qu’on vous reproche une comparaison jugée brutale, voire déshumanisante ?
FRANÇOIS BOUSQUET. Ce sont plutôt les victimes du racisme antiblanc qui sont déshumanisées. Pourquoi le coucou et sa stratégie ? Disons qu’un bon dessin vaut mieux qu’un long discours. Ce qui est vrai des dessins l’est aussi des métaphores et des paraboles : elles sont susceptibles de toucher un plus large public. À travers le coucou, je ne cherche pas à essentialiser une population, mais à décrire un processus : le sort réservé aux petits Blancs dont j’ai recueilli le témoignage. La stratégie du coucou, c’est l’image qui décrit le mieux à mes yeux le sentiment de substitution éprouvé par mes témoins : une inversion des légitimités. Ce qui m’a frappé, au fil des témoignages recueillis, c’est précisément cela : des Français aux origines souvent modestes, qui ont eu le sentiment d’avoir été expulsés du nid légitime, principalement pendant leurs jeunes années. Comme des héritiers désavoués sommés de céder leur place sans élever la moindre protestation. La brutalité, si brutalité il y a, n’est pas dans la métaphore, elle est dans le réel qu’elle décrit. Depuis Ésope et La Fontaine, l’Europe se raconte à travers des bêtes, le renard, le loup, l’âne ou le corbeau, qui n’ont jamais scandalisé personne. Pourquoi s’interdire le coucou ?
Ajoutons que Florence Bergeaud-Blackler parle également de la stratégie du coucou pour décrire la stratégie indirecte du frérisme musulman : avancer masqué en investissant des structures existantes comme LFI ou des syndicats pour y déposer ses propres œufs idéologiques et laisser l’incubation faire le reste.
BREIZH-INFO : Vous avez recueilli près de cent témoignages. Quel est le fil rouge qui traverse ces récits, au-delà de la diversité des profils et des géographies ? Y a-t-il un témoignage en particulier qui a fait basculer votre enquête, ou qui vous hante encore aujourd’hui ?
FRANÇOIS BOUSQUET. Les deux constantes qui traversent le livre, c’est d’une part, côté agressés : l’apprentissage précoce de la honte d’être Français et d’être Blanc…
Propos recueillis par Yann Vallerie
Pour lire la suite de l’entretien : https://www.breizh-info.com/2026/04/30/259511/francois-bousquet-blanc-racisme/
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