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Qui est Andreas Malm ? De l’« éco-terrorisme » de gauche au « sabotage » de droite

Qui est Andreas Malm ? Pourquoi l’« éco-terrorisme » de gauche est-il toléré, et pas le « sabotage » de droite ?

L’ombre de l’intellectuel suédois, Andreas Malm, né en 1977, plane sur le sulfureux mouvement des Soulèvements de la Terre. Affrontements des forces de l’ordre à Sainte-Soline, dégradations sur le chantier de l’autoroute A69 ou simplement dégonflement de pneus de SUV : quand le temps presse, Andreas Malm revendique une certaine violence légitime. Mais qui est l’éminence grise derrière les Soulèvement de la Terre et ses méthodes. Éléments de réponse avec Paul Derey, auditeur de la deuxième promotion de l’école de journalisme d’« Éléments », qui appelle à réfléchir aux procédés qui ont fait le succès des Soulèvements de la Terre et auxquels le Conseil d’État n’a rien trouvé à redire.

Au milieu de sa quarantaine, le natif de la banlieue de Göteborg a toujours son bonnet marin d’écolo chic vissé sur le crâne. Andreas Malm donne en mars 2023 deux conférences pour l’Institut la Boétie (photo), laboratoire d’idées de La France insoumise (LFI), ainsi qu’une conférence avec les principaux activistes des Soulèvements de la Terre (SLT), une brochette d’écolos Blancs en bonne santé. Trois mois plus tard, le mouvement est visé par un décret de dissolution citant le professeur d’« écologie humaine » à l’Université de Lund :

« Sous couvert de défendre la préservation de l’environnement et de se présenter comme un mouvement militant, ce groupement incite à la commission de sabotages et dégradations matérielles, y compris par la violence, en se fondant sur les idées véhiculées par des théoriciens, prônant l’action directe et justifiant les actions extrêmes allant jusqu’à la confrontation avec les forces de l’ordre. »

On connaît la suite : le 9 novembre, le Conseil d’État annule la dissolution des SLT, bien que le Code de la sécurité intérieure dispose depuis 2021 que la loi permet de dissoudre une association ou un groupement de fait qui provoque à des agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens. En effet, les SLT n’appelaient pas à la violence, mais « relayaient complaisamment » des vidéos violentes… Nuance dont l’Alvarium, le même jour, n’a pas bénéficié.

Le sabotage pour la bonne cause écologique

Andreas Malm fait ses classes militantes auprès de la COP1 de Berlin en 1995, des Fridays for Future ou Extinction Rebellion (XR). C’est Ende Gelände qui l’inspire particulièrement, mouvement allemand visant à l’occupation de mines de lignite en 2019 pour les empêcher plusieurs jours de fonctionner.

Malm est convaincu que le principe de non-violence absolue est une impasse. Il permet à Greenpeace et XR de se faire bien voir des médias et de la population, mais il n’est pas efficace : le réchauffement et la pollution continuent malgré de joyeux happenings qu’il qualifie de niais. Aucun véritable changement ne s’est fait selon lui sans violence, contre les gens et les biens : les Suffragettes auraient ainsi obtenu gain de cause grâce à plus de 300 dégradations de maisons, villas et églises ; Gandhi aurait, jeune, participé à des tueries armées ; et enfin Mandela se préparait à la guérilla et au terrorisme en cas d’échec de ses actions de sabotage. Si l’ennemi ne souffre pas de ses actes, pourquoi s’arrêterait-il ? Il faudrait donc, selon Malm, « endommager et détruire les nouveaux dispositifs émetteurs de CO2. Les mettre hors-service, les démonter, les démolir, les incendier, les faire exploser. Faire savoir aux capitalistes qui continuent à investir dans le feu que leurs biens seront saccagés […] si on ne peut pas obtenir une prohibition, on peut l’imposer de facto avec nos corps et tout autre moyen nécessaire » (Comment saboter un pipeline, La Fabrique, 2020).

La dégradation de biens porte ses fruits. Ainsi, après des dizaines de nuits à dégonfler les SUV de grandes villes suédoises, Malm constate une baisse significative des ventes de tels véhicules en Suède. Le sabotage, qu’il préfère nommer « vandalisme », serait la réponse la plus adaptée face à l’urgence écologique. Et face au Grand Remplacement ?

Les radars, un « sabotage » de droite ?

Pour qui l’ordre républicain n’est pas un absolu – par exemple les paysans (qui s’en plaindrait) –, l’idée de dégradations de biens n’est pas particulièrement désagréable. Les bâchages ou destructions de radars sont plutôt appréciées par la population. Or, l’État peut-il mettre un flic devant chaque radar ou chaque chantier de Centres d’accueil de demandeurs d’asile ?C’est le pari que fait, à gauche, Andreas Malm.

Pourtant, le « camp national » ne semble pas prêt, par paralysie légaliste. Ici, on préfère mourir dans le respect des lois de la République plutôt que de vivre et résister dans une illégalité encouragée par la gauche de la gauche, fût-elle de petite envergure. Pourquoi serait-il interdit de réfléchir à la désobéissance pour sauver ce qu’il reste de ce peuple meurtri et en dormition. Alors que les impôts financent invasion migratoire et avortements autochtones, est-il moral de ne pas tenter d’en payer le moins ? Est-il seulement permis de réfléchir, sans y recourir, à la légitimité du sabotage des biens par lesquels le Grand Remplacement s’opère ? L’exemple paysan nous apprend que, face à l’État, seul le rapport de force paye.

[Avertissement si besoin : cet article n’appelle pas à l’action violente contre les biens, seulement à réfléchir et envisager la question sur le plan intellectuel et juridique…]

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