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Que pensez-vous de la « remigration » ?

Que pensez-vous de la « remigration » ? (4)

Afin de prolonger et de compléter le dossier de notre numéro 220, actuellement en kiosques, consacré à la « remigration », concept qui prend progressivement de l’ampleur dans le discours politique français et européen, nous avons décidé d’interroger sur ce sujet un ensemble de personnalités du monde politique et culturel dissident en leur soumettant la même interrogation : « Pensez-vous que la « remigration » soit possible et souhaitable, et si oui, sous quelle forme et dans quelles conditions ? » Les lecteurs sont également invités à participer, en commentaires ou par courriels, à ce débat. Aujourd’hui, les réponses de Michel Marmin, écrivain, cinéphile et musicologue, et de Thomas Hennetier, journaliste et rédacteur en chef de la revue Krisis.

Michel Marmin

Selon moi la remigration est purement et simplement impossible, sauf à construire une gigantesque autoroute nord-sud au-dessus de la Méditerranée, avec destruction automatique de l’ouvrage après passage du dernier «remigré» – un truc du genre Jean-Claude Albert-Weil. La remigration n’étant pas possible, elle n’est donc pas souhaitable : tenter l’impossible est une folie. En revanche, il est peut-être des modèles oubliés à retrouver, à méditer, dont on pourrait en tout cas s’inspirer, par exemple celui de la Rome impériale, cher à Gérard Herzhaft et à André Murcie. Mais la chose ne me paraît envisageable (si elle l’est) qu’à l’échelle internationale, autrement dit après rétablissement de l’empire romain (ou de son avatar) ! En attendant, chacun peut toujours se murer avec du carton. Et rêver.

Thomas Hennetier

La question migratoire exige aujourd’hui de sortir à la fois du déni et des formules simplificatrices. Il est évident qu’aucune nation ne peut durablement subsister sans maîtriser ses frontières, sans décider souverainement de qui entre sur son territoire et sans poser des limites claires aux flux migratoires.

À ce titre, je suis favorable à une réduction très forte de l’immigration légale, limitée à quelques besoins strictement définis – notamment certains profils étudiants ou de travail hautement qualifiés –, dans un cadre rigoureusement contrôlé et temporaire. Il faut également mettre un terme au regroupement familial, comme certains de nos voisins ont commencé à le faire. De même, l’asile devrait être examiné autant que possible dans les pays d’origine ou dans des zones régionales dédiées, afin d’éviter les détournements massifs d’une procédure dont la vocation première est de répondre à des situations exceptionnelles.

Sur le plan des « sorties », je considère également que l’expulsion systématique des clandestins doit redevenir une règle élémentaire d’un État de droit digne de ce nom. Toutes les mesures de pression et de rétorsion doivent être prises à l’égard des pays tiers pour exiger le retour de leurs ressortissants. Les régularisations de masse, ou au fil de l’eau, envoient quant à elles un signal de faiblesse qui nourrit les flux qu’elles prétendent corriger. Le principe doit être clair : si vous entrez illégalement, vous ne serez jamais régularisé.

À l’heure où trois quarts des Français – et des Européens plus encore – réclament une politique de grande fermeté, où le débat est plus libre – malgré les résistances d’une petite caste qui ne représente plus guère qu’elle-même – et où les perspectives d’action aux échelles nationale et européenne semblent enfin possibles, il serait contre-productif d’hystériser inutilement la question avec des slogans ou des mots valises.

Le terme de « remigration » agrège des réalités très différentes, entretient les caricatures médiatiques et risque de nourrir davantage de fantasmes – tant chez ses partisans que chez ses détracteurs – et de craintes infondées (ou de faux espoirs !) que de solutions concrètes. Une politique sérieuse suppose au contraire des mesures fermes, juridiquement applicables, politiquement assumées et socialement compréhensibles.

Le véritable enjeu n’est pas de produire des formules radicales, mais de reconstruire une capacité politique : contrôler les frontières, faire appliquer les décisions d’éloignement, mettre fin aux mécanismes d’appel d’air et réaffirmer, sans aucun complexe, qu’un peuple a le droit de demeurer lui-même dans la continuité de son histoire.

Propos recueillis par Xavier Eman

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