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Primaires, ou comment la droite et la gauche font encore semblant d’exister

Primaires, ou comment la droite et la gauche font encore semblant d’exister

Dans les anciens partis de gouvernement, les primaires battent leur plein. Pour des résultats s’annonçant pour les moins incertains, à huit mois de l’élection présidentielle. Revue de détail de cette curieuse rentrée des classes.

La société française s’américanise à marche forcée ? La preuve par les primaires. Certes, ces dernières sont le moyen traditionnel de départager les candidats à la Maison-Blanche. Mais là-bas, il n’y a que deux partis, Républicains et Démocrates. Le seul candidat indépendant à avoir eu un début de chance d’accéder au Graal fut Ross Perot, en 1992. Depuis ? Rien. Même Donald Trump, à l’itinéraire politique des plus fluctuants – un jour chez les Démocrates et l’autre chez les Républicains – a finalement accepté de concourir à cette fameuse primaire, en 2016 et au sein de cette seconde formation, avant de devenir le président qu’on sait, l’année suivante. En France, rien de tout cela.

Alors, pourquoi ces primaires agitant le bloc central, que ce soit sur son versant gauche et son versant droit ? Tout simplement parce qu’aucun candidat plausible et crédible ne se dessine naturellement, au contraire de LFI et du RN, dont les figures de proue sont notoirement incontestées. Résultat ? Un foutoir d’autant plus inepte que, contrairement à la tradition d’Outre-Atlantique, où le vainqueur enrôle généralement le vaincu pour faire un ticket ensemble (ce qui permet d’atténuer les polémiques, ordinaire de ce type de compétition interne), leurs imitateurs français ne connaissent pas ce nécessaire apaisement.

Un exemple ? La primaire LR de 2017. Les deux favoris sont Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Et qui sort du chapeau ? François Fillon. Le moins qu’on puisse prétendre est que ses deux compétiteurs se sont plutôt montrés mauvais perdants, le milliardaire libanais Ziad Takieddine, proche du président sortant, s’étant à mi-voix vanté d’avoir plombé François Fillon durant sa campagne, en lui offrant ces fameux costumes à près de huit mille euros l’unité. Les mêmes effets produisant le plus souvent les mêmes causes, il y a donc fort à parier que personne ne sortira véritablement indemne de ces deux primaires, à gauche comme à droite.

Ça tangue à gauche…

Du côté du PS, Olivier Faure, son Premier secrétaire, vient d’officialiser, ce dimanche 30 août, sa participation à la primaire de son parti. Ils seront cinq à concourir : Olivier Faure, donc, mais aussi le sympathique Philippe Brun, se targuant d’un profil plutôt « social » (ce qui n’est pas un incongru pour un socialiste) et Jérôme Guedj, tenant d’une ligne « universaliste » et « républicaine », ce qui n’engage à rien et ne mange surtout pas de pain. Il y a encore Raphaël Glucksmann, pas encarté au parti de François Mitterrand, mais patron du club Place publique, que le même Olivier Faure avait été chercher pour mener la liste socialiste aux élections européennes de 2019. Puis, dans la série des revenants, Ségolène Royal, qui a quelques comptes à régler avec une maison mère ne l’ayant pas spécialement épaulée lors de l’élection présidentielle de 2007, lorsqu’elle chuta face à Nicolas Sarkozy. Mais, quand il n’y en a plus, il y en a encore, François Hollande, autre fantôme sorti de son placard en caleçon à fleurs, qui s’y verrait bien, des fois qu’il y aurait une ouverture et qu’il n’ait plus qu’à conclure.

Renaud Dély, fin spécialiste des arcanes de la défunte taule sise rue de Solférino, analyse la situation pour France Info : « Olivier Faure se lance pour faire barrage au favori, Raphaël Glucksmann. (…) Ensuite parce que sa candidature réjouit Jean-Luc Mélenchon. (…) Et l’insoumis peut espérer se retrouver de nouveau au centre de la querelle interne dont il est le principal sujet de discorde. » Nous y voilà. Cette gauche longtemps donnée pour être de « gouvernement » ne sait plus trop bien où elle habite, obnubilée qu’elle est, à la fois par la figure méphitique de Mélenchon et la possibilité de voir ce dernier affronter Marine Le Pen au second tour de la prochaine présidentielle. Si l’on résume, cette gauche à l’ancienne ne se bat pas pour défendre ses propres couleurs, mais pour conjurer le pire. Un pire sur lequel elle n’arrive d’ailleurs plus à accorder ses mandolines, ne sachant pas très bien qui, de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon serait le moindre mal.

Ça se bouscule à droite…

Du côté de la droite, il n’y a pas non plus de quoi danser la javanaise, tant la situation demeure plus fumeuse que jamais. Il y a évidemment Édouard Philippe, naguère champion des enquêtes d’opinion, mais dont l’étoile commence à sérieusement pâlir : parti à plus de 30 %, il est aujourd’hui tombé à moins de 20 %. Plus embêtant : si la gauche est à peu près tombée d’accord sur le principe d’une primaire, Édouard Philippe n’en veut pas, persuadé qu’il est de pouvoir faire sans. Mais Bruno Retailleau, l’homme qui a intégré le gouvernement Macron sans qu’on ait compris pourquoi avant de le quitter sans qu’on puisse en entrevoir les raisons et David Lisnard, le sympathique libéral de service (3 % d’intentions de vote sous la toise électorale) ne seraient pas contre. Idem pour Laurent Wauquiez, jamais à court de mauvaises idées, qui appelle à se montrer « disruptif », le nouveau vocable à la mode chez les faisans faisandés. Et d’insister lourdement dans Le Figaro de ce lundi 31 août : « Avoir plusieurs candidats de droite au premier tour, c’est les priver tous d’une dynamique de campagne, c’est prendre le risque qu’il n’y ait aucun au second tour et c’est offrir sur un plateau à Jean-Luc Mélenchon son ticket pour le second tour. » Et ce quotidien de citer une voix de l’entourage de l’ancien président du Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes : « Cette primaire est un jeu de dupes entre les uns et les autres, car, manifestement, les conditions ne sont pas réunies. »

Il est un fait que cette primaire censée fédérer de la droite de la droite à celle du centre gauche a des contours pour les moins flous, puisque pouvant aller, grosso merdo, de Gabriel Attal à Sarah Knafo. Ce d’autant plus que Xavier Bertrand et Bruno Le Maire entendent eux aussi de tout leur poids. Bref, un Malien polygame n’y retrouverait pas ses femmes et encore moins ses enfants.

Ces sondages qui radotent…

Dans le même temps, les sondages se suivent et se ressemblent. À en croire celui d’Ifop-Fiducial pour Le Figaro du 27 août, Marine Le Pen continue de faire la course en tête avec 33 % à 35 % selon les configurations, tandis que Jean-Luc Mélenchon conforte sa position de possible finaliste, fort d’un résultat allant de 16 % à 19 %. Édouard Philippe, lui, n’est crédité que d’un score oscillant entre 14,5 % à 18 %. Celui de l’institut Elabe, publié quatre jours plus tard par La Tribune dimanche, donne sensiblement les mêmes résultats.

Autant dire que ça va se jouer dans un mouchoir de poche pour parvenir au second tour. Ce sera d’autant plus serré qu’Édouard Philippe demeure sous le coup d’une enquête l’accusant de « détournement de fonds publics, de favoritisme et de prise illégale d’intérêts » dans le cadre de sa fonction de maire du Havre. Ces juges se prenant souvent pour des justiciers, alors qu’ils ne sont là que pour rendre la justice, ont ruiné la carrière d’un François Fillon pour bien moins que ça. D’où l’avantage d’une Marine Le Pen, pour laquelle ces avanies judiciaires appartiennent désormais presque au passé.

En attendant, les lambeaux des anciens grands partis, LR et PS, s’occupent comme ils peuvent. Jouer à la marelle ou s’amuser à faire des primaires au lieu de soutenir le moins mauvais d’entre eux, Édouard Philippe. Politiquement, ce n’est pas très logique, mais ainsi en va-t-il de la nature humaine. On dira que c’est mignon et un peu bas du front. Assez primaire, en quelque sorte.

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