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Présidentielle 2027 : Jean-Luc Mélenchon doit-il se méfier de François Hollande ?

Présidentielle 2027 : Jean-Luc Mélenchon doit-il se méfier de François Hollande ?

Si peu de personnes y croyaient encore il y a quelques mois, l’idée d’une candidature de François Hollande pour les présidentielles 2027 fait son petit bonhomme de chemin. À gauche, les équipes de Mélenchon s’inquiètent de cette possibilité.

Le 24 janvier dernier, Olivier Faure, devant les autres membres de la primaire de gauche, a fait une déclaration pour le moins étonnante : « S’il y a demain des gens qui disent : “Bon, au fond, on est tous d’accord pour que ce soit François Hollande”, très bien, ce sera François Hollande ». Pourtant, la rumeur commence à faire du bruit. D’autant plus que Le Monde [1] nous apprend que l’ancien président rencontre déjà de manière informelle des personnalités comme Bernard Cazeneuve ou Raphaël Glucksmann. Plus préoccupant pour les promoteurs de la primaire de la « petite gauche » (la formule est de Hollande lui-même), le 7 février, Boris Vallaud s’est positionné contre cette dernière. « Il y a un préalable à tout ça : la désignation d’un candidat du Parti socialiste. Je ne laisserai personne priver les militants d’un choix qui leur revient », a expliqué le chef des députés socialistes.

Séduire le Centre

Autant dire que cette candidature ne fait pas consensus à gauche. Accusé par certains d’avoir « tué » la social-démocratie en déroulant le tapis à Emmanuel Macron, Hollande est surtout honni par la gauche radicale. Toute cette famille politique lui en veut pour la trahison de sa fameuse phrase de campagne : « Mon ennemi, c’est la finance ». Sans parler des deux « péchés » de son mandat : la mort de Rémi Fraisse et la déchéance de nationalité.

En tout cas, un entretien donné dans La Tribune du dimanche [2] du 22 février nous a renseigné sur la stratégie du député de la Corrèze. Après avoir mentionné la mort de Quentin Duranque, tué par des antifascistes directement liés à la France insoumise, Hollande s’en est pris à Mélenchon : « Il y a de sa part une forme de suicide politique. Quand il fait sa conférence de presse, qu’il défend encore la Jeune Garde, qu’il revendique la confrontation, il se prive de toute capacité de représenter une gauche alternative. Il n’a pas réussi à tuer la social-démocratie, elle a survécu et va se reconstruire. » Il ajoute que « sa faute est double : avoir entretenu depuis des années un climat de brutalité, de disqualification, de dénonciation, notamment d’une partie de la gauche, et avoir monté assez récemment une organisation en lien avec des groupes qui, dans la vie politique française, sont des ultras, sous couvert d’antifascisme ».

Reprenant la théorie de la « tenaille identitaire » du Printemps républicain (racialistes de gauche contre identitaires de droite), Hollande a alors dénoncé la stratégie mélenchoniste consistant à faire de chaque débat une opposition entre lui et l’« extrême droite ». Pour se différencier d’Olivier Faure, l’ex-président a aussi expliqué qu’il était contre la Nupes mais pour le NFP, car, « alors que l’extrême droite pouvait être majoritaire », cette union « était fondée sur le rejet de toute brutalisation ». En maintenant son soutien à la Jeune Garde, la FI a trahi selon lui cet accord.

Ensuite, toujours dans cet entretien, Hollande rejette l’héritage de la présidence de Macron, tout en reconnaissant son action pour l’Europe. « En dix ans, les forces les plus démocratiques se sont effondrées au profit de l’extrême droite, et, à un moment, de la gauche radicale », dénonce-t-il. Et pour continuer à séduire la base macroniste, tout en rappelant ce poncif centriste du rejet des deux extrêmes, il reprend l’idée d’« internationale réactionnaire » (Trump, Poutine, Chine) à combattre. Il finit par s’en prendre « au protectionnisme, à la phobie de l’immigration et à la fuite en avant budgétaire » du Rassemblement national (RN).

Le duel Mélenchon/Hollande

L’opposition entre les deux hommes remonte à loin. Comme le rappellent les journalistes Alemagna et Alliès : « Hollande et Mélenchon, héritiers de la première et de la deuxième gauche. Issus d’une même génération mais aux formations politiques si différentes. À l’un, l’ENA et les cabinets ministériels. À l’autre, la formation marxiste des lambertistes, les AG étudiantes et l’accomplissement militant par, pour et dans le parti. Le vilain petit canard d’origine trotskiste face au fils préféré de Delors, devenu chouchou de Jospin.[3] »

Une fois parti du PS, Mélenchon accentue ses attaques. À la suite des attentats de 2015 et du projet de déchéance de nationalité, Mélenchon critique le gouvernement : « Soyez maudits pour cette ignominie sans précédent ! En créant de toutes pièces la catégorie des ‘‘Français de souche’’ et des ‘‘étrangers de souche’’, Valls et Hollande ouvrent une boîte de Pandore dont le pire est certain de sortir [4]. » Mélenchon, incarnation de la gauche de rupture, a toujours voulu résister à cette « troisième voie » représentée par Hollande et censée prendre acte de la chute du communisme, de la victoire de l’économie de marché sur la planète entière et de l’inefficacité des politiques économiques interventionnistes dans le contexte de mondialisation.

On imagine la satisfaction de Hollande lorsque la FI a été classée dernièrement à l’« extrême gauche » par le ministère de l’Intérieur. Ainsi le piège tendu à la gauche pour les municipales par le parti de Mélenchon, entre rupture assumée et alliances électorales, pourrait se retourner contre lui pour les présidentielles. En effet, la diabolisation de la FI permettrait à Hollande d’annoncer le ralliement du PS au bloc central, sans avoir à justifier cette rupture devant ses électeurs. Il s’ancrerait sur une nouvelle légitimité, le « ni…ni… » contre les extrêmes et leur réunion dans la « théorie du fer à cheval ». Si Hollande est le candidat revendiqué de la gauche réformiste et qu’il récupère une large part des votes du post-macronisme, il y a un risque direct pour l’accession au second tour de Mélenchon.

Jusqu’en 2027, les bouleversements mondiaux et la situation intérieure française peuvent faire naître de nombreuses crises (sociale, politique ou même militaire). Comme « président des attentats », M. Hollande peut se démarquer de ses concurrents du PS élargi (Vallaud, Glucksmann, Faure), et incarne la meilleure candidature possible du centre-gauche à la fois progressiste, sécuritaire, pro-européenne et libérale. Voilà pourquoi Mélenchon redoute une candidature Hollande.

[1] Olivier Pérou et Sandrine Cassini, « François Hollande, un retour pour la présidentielle de 2027 semé d’embûches », Le Monde, 13 février 2026.

[2] Guillaume Durand, « François Hollande : « Il y a, de la part de Jean-Luc Mélenchon, une forme de suicide politique » », La Tribune du Dimanche, 22 février 2026.

[3] Laurent Mauduit et Denis Sieffert, Trotskisme, histoires secrètes – De Lambert à Mélenchon, Les petits matins, 2024, p. 73.

[4] Voir la note du blog de Mélenchon intitulée « Le Père Noël gouvernemental est une ordure » (23/12/2015).

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