Les Maudits

Pour en finir avec le maccarthysme littéraire. La revanche du talent

L’antifascisme de parade a beau être en toc, il fait toujours son petit effet. Il ne nous appartient donc pas de siffler la prescription, tant que la gauche cultureuse tiendra les manettes.
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Il est grand temps de sortir des caves les « maudits », ces écrivains épurés à la Libération : Brasillach, Drieu, Rebatet, Céline, et plus d’une centaine d’autres. La Nouvelle Librairie les mettra à l’honneur le jeudi 12 décembre, dès 18 h, à l’occasion de la parution des Maudits, Ces écrivains qu’on vous interdit de lire.

ÉLÉMENTS : Vous publiez Les Maudits, ces intellectuels et écrivains placés sur la liste noire du CNE, le Comité national des écrivains, en 1944. Constituent-ils à eux tous le nouvel « Enfer » des bibliothèques officielles, cet « Enfer » qui accueillait autrefois les auteurs licencieux ?

PIERRE SAINT-SERVANT. Cantonnés aux « enfers » des bibliothèques, mais surtout mis à l’isolement ! Ces Maudits sont victimes de l’esprit des listes noires qui plane sur le milieu littéraire depuis la Libération. Le jugement des critiques et des éditeurs relève désormais plus souvent de la morale que du goût. Et encore s’agit-il plus d’une moraline fade, à l’image de l’époque, que des anciens décrets d’une intolérance désormais désuète, celle du Saint-Office ou des Hussards noirs. Mais il suffit au lecteur véritable de jeter un rapide coup d’œil aux vertueux pour être irrémédiablement attiré par les infréquentables, les pestiférés. D’un côté Guillaume Musso, Amélie Nothomb, Yann Moix (avant son surprenant lynchage) ou Katherine Pancol. De l’autre Drieu la Rochelle et Chardonne, Montherlant et Saint-Loup, et puis Brasillach, Céline…

ÉLÉMENTS : On n’en finit pas d’épurer les épurés. Comment expliquez-vous cet acharnement au long cours ? N’y aurait-il pas ici prescription ?

PIERRE SAINT-SERVANT. C’est que les petits curés du progressisme et de la société inclusive – mon œil ! – ont mauvaise conscience. Leurs mains ne sont pas aussi propres qu’ils le prétendent. Ils ne manqueraient donc aucune occasion de se refaire une virginité sur le dos des affreux littérateurs, qui, de 1939-1945, ont – plus ou moins – choisi de se ranger dans le mauvais camp. Ça ne coûte pas bien cher, et peu rapporter beaucoup, quand on vise les places de choix dans les salles de rédaction, les comités de lecture, les salons littéraires, ou qu’on souhaite prendre la lumière sur les plateaux télé… L’antifascisme de parade a beau être en toc, il fait toujours son petit effet. Il ne nous appartient donc pas de siffler la prescription, tant que la gauche cultureuse tiendra les manettes. En revanche, libre à nous de désensabler et de transmettre ce qui, chez les Maudits, relève de la littérature de haute altitude.

ÉLÉMENTS : Parmi tous ces noms, il y a au moins une quinzaine d’auteurs majeurs, quelques-uns même au firmament de la littérature française. Comment expliquez-vous cette surreprésentation de figures éminentes des lettres au sein de la « Collaboration » ? Est-ce là le chant du cygne d’une droite littéraire, hégémonique dans la première moitié du XXe siècle, au dire d’un Thibaudet par exemple, et portée disparue après 1945 ?

PIERRE SAINT-SERVANT. Le constat de Thibaudet est difficilement contestable. Il suffit de parcourir la trentaine de portraits que nous mettons en avant, que l’on retrouve dans tous les prix littéraires de l’entre-deux-guerres et même – ce qui n’est pas toujours bon signe – sur les bancs de l’Académie française. Nombre d’entre eux n’ont été d’ailleurs considérés comme collabos que par la bêtise crasse des petits commissaires du CNE : Barjavel, Giono ou encore La Varende. Quant aux « ultras », faut-il rappeler les tirages fabuleux dont bénéficiaient Céline, Chateaubriant ou Rebatet ? Il devrait être possible, dans une société saine, de lire Maurras comme l’un de nos grands classiques, et Saint-Loup pour la beauté de ses récits de montagne, pour ses épopées. De faire son miel des aphorismes de Montherlant et d’apprécier la profondeur de vue d’un Benoist-Méchin. Au lieu de cela, ces œuvres sont chassées des manuels scolaires, des rayons des bibliothèques et des librairies, du champ universitaire, ces noms arrachés des rues qui les portaient, des bâtiments dont ils assuraient le patronage. Merdre ! Reprenons notre liberté de juger ces œuvres bonnes ou mauvaises pour ce qu’elles sont, comme nous y invite Alain de Benoist dans sa solide préface.

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