« Plan culture » de Macron: le mauvais flou artistique!

Emmanuel Macron a dévoilé le 6 mai dernier, les premières mesures de son « Plan pour la culture » depuis l’Élysée. Résultat : un mauvais flou artistique. Et des absents de taille : arts plastiques, musées, patrimoine, édition et architecture, etc.
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Les allocutions présidentielles fournissent une matière inépuisable aux analyses qui font prévaloir, reconnaissons-le, la forme plutôt que le fond. Chacun s’en donne à cœur joie sur les réseaux sociaux. C’est à qui réalisera le meilleur détournement, le mème le plus viral. Les erreurs cocasses du sous-titrage ont donné le ton. Le hâle du Président Macron a pris le relais (pourquoi diable est-il aussi bronzé ?) De même, les commentaires de la vidéo du mercredi 6 mai, dans laquelle Emmanuel Macron dévoile son « Plan pour la culture », soulignent pêle-mêle : la gestuelle des bras, les cheveux défaits, les bras de chemise relevés et la cravate dénouée. Un deuxième niveau d’analyse, plus profond, souligne : les envolées lyriques et les métaphores hasardeuses, d’« enfourcher le tigre » à « du fromage et du jambon ». Dans ses déclarations obscures et sibyllines, le chef de l’État aura réussi la prouesse de créer un mauvais flou artistique. 

Entrez dans une phase de « résistance résilience » !

Le second degré est toujours salvateur, surtout en ces temps de médiocrité et d’incompétence, mais il ne peut nous dispenser d’un examen plus sérieux du projet que le gouvernement dessine pour la culture.

Un seul mantra pour le président Macron : in-ven-ter (à remplacer, grâce à une subtile variation stylistique, par ré-in-ven-ter). Oui, avec une jubilation propre au manager exalté par de nouvelles perspectives d’avenir, il nous annonce que l’été sera « apprenant et culturel » ! Et que, foi de Macron, la crise va nous permettre d’inventer un nouveau rapport avec le public. D’ailleurs, les jeunes issus de l’immigration, des « banlieues » (le mot est marmonné du bout des lèvres) ne seront pas oubliés.

La démocratisation culturelle est en marche ! Les formules opaques se succèdent : « construire collectivement une visibilité », grâce à des « formes de création avec des publics réduits, des captations », pour entrer dans une phase de « résistance résilience ». Il faut se pincer pour s’assurer que cette logorrhée, cet épouvantable jargon jargonnant est bel et bien réel.

Les prémices, déjà inquiétantes, de l’ambition macroniste pour la culture étaient en germe dans la fameuse et triste phrase : « Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France et elle est diverse » (Lyon, le 4 février 2017). Les personnalités réunies et les sujets abordés mercredi dernier étaient réduits au spectacle vivant et au cinéma. Quid des arts plastiques, des musées, du patrimoine, des auteurs, de l’édition ou de l’architecture ? 

L’injonction de l’invention de la ré-in-ven-tion

Aujourd’hui, quelles sont les perspectives pour la culture en France (oserons-nous écrire culture française) ? Quelle stratégie nationale, hormis l’injonction à l’invention de la ré-in-ven-tion ? Est-ce celle du « Pass Culture», projet déjà obsolète mais dont le coût (49 millions d’euros en 2020) fut, lui, exorbitant ?

Les librairies, quant à elles, ont rouvert ce 11 mai, mais on peut s’inquiéter de la voracité des grosses plateformes. Ceux qui se sont tournés vers Amazon ou d’autres e-commerces pendant le confinement, conserveront-ils leurs habitudes d’achat ? 

Il y a, plus que jamais, matière et besoin d’exprimer un véritable projet de politique culturelle. Mais qui l’incarnera ? Sûrement pas Franck Riester, le grand muet du ministère de la Culture, arrivé à son poste dans la plus parfaite indifférence, et aujourd’hui cantonné au rôle de concessionnaire de la rue de Valois, son premier et vrai métier. 

Une réponse

  1. Merci pour cet excellent article.
    Je déplore le manque total de DICTION des « nouveaux acteurs » !!
    Ils parlent dans un souffle… (nouvelle méthode paraît-il) et sauf à avoir le scénario avec les dialogues sous le nez, le téléspectateur ne comprend rien. Heureusement, la suite des événements nous laissent deviner l’entretien qui a eu lieu devant les caméras et les « preneurs de son »…
    Problème qui a moins lieu dans les superbes films américains qui explosent tous les records du box-office. Sauf lorsque la société en charge des dialogues traduits nous re-fournit des voix expirantes, au bord de l’agonie, dont on n’entend que le souffle trop proche du micro.
    Alors voilà : j’aimerais qu’on APPRENNE LA DICTION à des soit-disant professionnels qui nous abreuvent de souffles et d’expirations d’agonies durant les dialogues !! ZUT A LA FIN !
    Je rouspète parce que tous ces agonisants vivent des subsides du budget à la CULTURE alors qu’ils ne savent pas le B.A.BA de leur métier, qu’ils nous gâchent les films et que l’argent serait mieux employé ailleurs avec de vrais professionnels !!

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