Un adolescent, doit transgresser. Ses parents et la société préféreraient que cela n’arrive pas. Tout comme la maman loup préférerait que son jeune louveteau n’aille pas se faire recadrer par le mâle alpha. Malheureusement la nature est têtue: l’adolescent transgresse. C’est ainsi. Le mâle de l’espèce transgressera plus au travers de la violence, qui est sa fonction primaire. La femelle, elle, plus par la sexualité ; la reproduction étant sa fonction primaire. Vu comme ça, en éthologue, évidemment, c‘est beaucoup moins poétique et utopique que le point de vue néo-rousseauiste woke, dans l’esprit d’une Sandrine Rousseau qui déconstruit son conjoint ou d’un Mélenchon qui veut déconstruire l’identité d’un pays. Mais le réel est têtu. Et le réel se moque autant des idéologies que des philosophes. Le réel est, par nature, cru, simpliste et impitoyable. Comme le disait Michel Onfray : « La réalité ne vote pas pour eux (la gauche) ».
Je l’ai plusieurs fois expliqué à des collègues d’extrême-gauche qui m’avaient un peu titillé avec leurs discours abscons : « Tu vois ce buisson? Et bien, si tu jardinais un peu, tu saurais que le moindre buisson est une guerre éternelle. Chaque plante essaye de prendre plus de place que les autres plantes. Chaque insecte cherche à dévorer l’insecte plus petit que lui sans se faire dévorer par l’insecte plus gros. Et l’Internationale n’y pourra jamais rien.» Cela m’a permis de faire du tri, les plus fragiles psychologiquement me fuyant comme la peste.
Il y a des années (j’en ai fait une scène dans Blanc Cassé), j’ai alerté un personnel de direction sur le fait que l’indulgence criminelle dont on avait fait preuve lors du conseil de discipline de la veille conduirait un jour prochain une femme de la cité à se faire violer et tuer. « Son sang sera sur vos mains ! » lui ai-je asséné, le laissant plus qu’un peu sonné. Un élève, qui avait eu un comportement violent, insultant et sexuellement ambigu à l’encontre d’une surveillante, ne serait finalement pas exclu de l’établissement. La direction avait voté contre l’exclusion définitive, faisant pencher la balance. Et ce, malgré le fait que c’était un fauteur de trouble notoire. L’explication : «Il a de plutôt bonnes notes ». L’exemple donné à toute la communauté scolaire locale était désastreux. On pouvait tout faire, il ne se passerait rien. La partie « éducation » du terme « Éducation Nationale » était trahie à un point difficilement imaginable.
Rétablir des limites ou compter les morts
Je mets aussi un coup de projecteur dans mon roman sur cette phrase sans cesse répétée par les élèves : « Tu vas faire quoi ?» ? Il faut traduire: « Alors papa, si je transgresse, tu vas faire quoi ? » Alors, loup alpha, si je transgresse, tu vas faire quoi ? Là, le petit mammifère a besoin d’une réponse claire, ferme. Un juste châtiment, une pédagogie (du grec paidos agein : cheminer avec l’enfant) primale, qui lui rappelle sa place mais, bien plus important encore, la présence de limite entre sa place -son être au monde- et ses pulsions de transgressions. Sans cela, on aura un petit loup complètement fou.
Si, quand l’élève crache sur le prof, il ne se passe rien, la prochaine fois il faudra frapper. Si frapper ne suffit pas, il faudra venir avec un couteau. Si tirer des fusées d’artifice ne suffit plus, il faudra des mortiers, puis des mortiers multiples. Et un jour on viendra avec de vrais lance-missiles, juste pour voir s’il y avait, ou pas, une limite aussi de ce côté-là. Il ne faudra pas non plus se plaindre si ce qui suit ce sont les fameuses conduites ordaliques poussées à l’extrême : usage de stupéfiant, comportements suicidaires. Si aucune limite ne provient des adultes de la meute, il faudra tester toujours plus les limites de la réalité, de son corps. Par la drogue, par la vitesse, faire des « roues » (foncer à moto sur la roue arrière). Ou bien, qui sait, par la défenestration, le saut dans le fleuve ?
Pour en revenir au « pénalty », c’est la transgression ultime (jouer avec la vie d’autrui, donc le meurtre) à la porté de tous. En meute, on joue avec la vie de l’autre, le lynché, la forme recroquevillée au sol qui reçoit les coups. Les penalties. Mourra-t-il ? Ne mourra-t-il pas. J’ai transgressé son corps, la loi, la morale ma propre vie. Est-ce comme dans un jeu ou comme dans la réalité ? A-t-il plusieurs vies ? Y a-t-il une sauvegarde ? Finirais-je ne prison pour meurtre, ou pas ? On ne sait pas. C’est transgressif, ordalique, régressif, « en meute ». C’est tout ce qu’une civilisation se doit de réprimer. Et c’est ce qui arrive quand on ne chemine plus avec l’enfant.
C’est à ça que ressemble « la guerre des boutons » quand on a choisit de perdre tous les repères. Quand le loup alpha s’en fout, quand le père est parti, quand le simple fait de parler de père plutôt que de parent deux, risque de vous faire accuser d’être patriarcal.
Quand l’enfant ne sait même pas ce que le mot « patriarcal » signifie, mais qu’il a bien compris que, si plus personne ne le savait, cela signifiait sans doute que, pour transgresser, il allait falloir aller décrocher le fusil du père. Tout un symbole.




