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Décédé en 2024, Maxime Tandonnet était un haut fonctionnaire, nommé en 2007 conseiller immigration à l’Élysée.

Ordre moral, désordre civique : chronique d’un effondrement annoncé

Roman-testament d’un ancien conseiller de l’Élysée, « Le ministère de l’Ordre moral » (Éditions de Flore) projette la France dans un futur à peine décalé du présent. Maxime Tandonnet y imagine l’ascension fulgurante et la chute brutale d’un ministre sans relief. Dans une République crépusculaire minée par le désordre, la corruption et la fragmentation communautaire du pays, la politique vire à la farce tragique. Satire du macronisme tardif, mais aussi méditation désabusée sur la vanité du pouvoir, cette dystopie ne serait-elle pas un miroir grossissant d’une fin de règne, elle très contemporaine ?

Décédé en 2024, Maxime Tandonnet était un haut fonctionnaire, nommé en 2007 conseiller immigration à l’Élysée. Dans ce roman d’anticipation paru à titre posthume, il dévoile ses inquiétudes quant à l’avenir de la France sous forme de fiction, narrant l’ascension et la disgrâce, dans la seconde partie du XXIe siècle, de François Lambert, un homme falot aux ambitions contrariées passé, en quelques jours, de ministre de la République à ennemi public numéro un. La France de demain n’est pas très différente de celle d’aujourd’hui, à ceci près que tout ce qui va mal va encore plus mal : délinquance, corruption, communautarisme, tiers-mondisation accélérée. Arpentant des rues dans lesquelles les incendies de voitures et d’églises font partie du décor quotidien, notre anti-héros se laisse charmer par les promesses du vénéneux Isidore Pitronneau, élu chef de l’État à la suite de quelques illustres prédécesseurs (Marine Le Pen, Gérard Darmanin, François Ruffin…). Cet homme séducteur et cynique, dont « le triomphe devait tout à cette bizarre maladie du cerveau, cette épouvantable métastase de vanité », semble à la fois inspiré par Macron et Sarkozy. Calculateur sans scrupule, il décide de nommer Lambert, dont l’épouse est connue pour ses convictions catholiques, à la tête d’un nouveau ministère, celui de l’Ordre moral et des valeurs traditionnelles, avec un programme simple : « Le bordel, c’est fini ! » Il s’agit d’une basse manœuvre pour siphonner le vote conservateur, tout en tentant la même stratégie en direction de la gauche avec un ministère de la Libre jouissance. Lambert, mal à l’aise, se rassure « en songeant que la pleine conscience du danger auquel il s’exposait – la courtisanerie – le préservait du risque d’un effondrement moral : servir sans s’asservir ». Mais il n’y a jamais loin du Capitole à la Roche Tarpéienne et les coups du sort s’enchaînent sur le maillon faible du gouvernement, entraînant un tourbillon de violence où se succèdent chantages sexuels, meurtres, coup d’État, balkanisation du territoire, exil, folie… Une dystopie crépusculaire.

Maxime Tandonnet, Le ministère de l’Ordre moral, Éditions de Flore, 400 p., 15 €.

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