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« On vit actuellement en Espagne une sorte de guerre civile froide »

« On vit actuellement en Espagne une sorte de guerre civile froide »

Avocat honoraire et historien, Michel Festivi est spécialiste de l’histoire contemporaine de l’Espagne dont il commente l’actualité politique pour diverses publications (Synthèse Nationale, Nouveau Présent…). Une actualité qu’il analyse au regard de l’histoire de la péninsule et de ses fractures. A l’heure où le gouvernement socialiste de Pedro Sànchez, acculé par les scandales et un impopularité record, annonce l’organisation de nouvelles élections, nous l’avons interrogé pour évoquer un pays peu traité dans les « grands médias » et dont les soubresauts politico-idéologiques semblent encore porter la marque des déchirures du passé.

ÉLÉMENTS. Dans quelle mesure les lois de « mémoire démocratique » adoptées sous les gouvernements de Pedro Sánchez constituent-elles, selon vous, une instrumentalisation politique de la guerre civile plutôt qu’un véritable travail de réconciliation nationale ?
MICHEL FESTIVI : Les lois dites « mémorielles », ou pire encore « démocratiques », ont commencé à être adoptées sous la législature socialiste de José Luis Rodrígrez Zapatero, à partir de 2005. Zapatero qui est actuellement d’ailleurs mis en examen pour diverses prévarications, une première, pour un ancien premier ministre, qui entretenait, comme Pedro Sánchez, des liens très étroits avec Chavez et Maduro. Ces lois se sont durcies depuis l’arrivée au pouvoir de Pedro Sánchez, à la fin de l’année 2018, dont l’entourage familial et professionnel a aussi maille à partir avec la justice. C’est une véritable rupture avec la cohésion et la concorde nationale, que voulait établir, à partir de 1976, la Transition démocratique. Même l’ancien premier ministre socialiste Felipe González, conteste ces dispositions. Ces lois ont deux conséquences gravissimes : elles entendent effacer tout le glorieux passé espagnol, et punir sévèrement ceux qui auraient l’outrecuidance de rappeler les affres et le chaos, dans lesquels vivait l’Espagne sous la IIème république (1931-1936). C’est revenir aux affrontements des années 1930, et ces lois nient l’ensemble des massacres, tueries, qui ont miné les gauches espagnoles, et notamment celles afférent au clergé, qui a subi l’un pires massacres de l’histoire de l’anticléricalisme européen voire mondial, proportionnellement à la population espagnole, puisque l’on décompte entre les religieux, religieuses et les laïcs abattus uniquement pour leur foi, près de 16 000 victimes. On vit actuellement en Espagne, une sorte de guerre civile froide.

ÉLÉMENTS. Vous avez beaucoup travaillé sur le rôle de la gauche espagnole et de l’influence stalinienne dans les années 1930. Voyez-vous des continuités ou des analogies entre ces dynamiques historiques et les alliances actuelles entre le PSOE et les formations d’extrême gauche ou indépendantistes ?
MICHEL FESTIVI : Ma réponse est oui, absolument. Il faut bien comprendre que les gauches espagnoles se sont totalement radicalisées au début des années 1930, et que le PSOE, dominé alors par Francisco Largo Caballero (le Lénine espagnol), et Indalecio Prieto était devenu un parti totalement bolchévique. Je le démontre dans tous mes ouvrages, et notamment dans Les Griffes de Staline, et je vais publier en fin d’année, un livre sur le chaos de la IIème république, où je reprends tout cela. Quand j’écris mes livres, vous ne pouvez pas savoir combien je trouve des analogies avec notre époque, que ce soit en Espagne, et aussi en France, avec la radicalisation violente des gauches, que l’on constate. Les invectives, les injures, les atteintes à la démocratie, les censures, nous sommes de plein pied dans les années 1930 espagnoles. Il faut bien comprendre que le PSOE est minoritaire en Espagne, et que pour gouverner, il n’a pas hésité un seul instant, à s’associer avec les communistes des Partis comme Sumar, Podemos, L’Izquierda Unida, et avec les indépendantistes révolutionnaires, les basques du Parti Bildu, le successeur des terroristes de l’ETA, toutes les gauches catalanes, et même des partis soi-disant modérés, comme le Parti national basque ou les catalans de Junts. Ce gouvernement est tellement laid et hideux, au sens figuré des termes, que les espagnols l’ont qualifié de gouvernement « Frankenstein ». C’est d’ailleurs un ancien ministre espagnol et ancien secrétaire général du PSOE, Alfredo Pérez Rubalcaba, opposé à une telle alliance, qui lui avait donné cette appellation le premier. Imaginez que la France soit gouvernée par une alliance entre le socialiste Olivier Faure et Jean-Luc Mélenchon, c’est exactement le cas de l’Espagne actuellement.

ÉLÉMENTS. Comment expliquez-vous que, près de 90 ans après la fin de la guerre civile, le clivage « rouges contre nationaux » continue de structurer aussi fortement le débat politique espagnol, notamment dans les discours de la gauche et de Vox ?
MICHEL FESTIVI :  Les gauches espagnoles entendent rayer de la carte et revenir sur les accords de la Transition démocratique, qui voulaient établir la concorde entre tous les espagnols, ou tout du moins, avec le plus grand nombre. Elles entendent notamment supprimer la monarchie, et faire revivre une république intransigeante et sectaire, telle qu’elle l’était dans les années 1930, comme je le décris dans mes livres. Le Parti populaire de centre droit n’a jamais voulu contrer les gauches, sur le terrain mémoriel et culturel. Il n’a d’ailleurs pas supprimé ces lois liberticides et scélérates, comme il avait pourtant promis de le faire, quand il est revenu au pouvoir en 2011. Vox a donc repris le flambeau, abandonné par le PP, et conteste au nom de la grandeur de l’Histoire de l’Espagne, ces lois et la domination culturelle des gauches. Il faut bien comprendre que le parti Vox de Santiago Abascal, est une émanation du Parti populaire, dont il s’est séparé en 2013. Vox entend reconquérir le fait historique et culturel, qui a été laissé totalement aux mains des gauches, comme dans bon nombre de pays européens, et singulièrement en France.

ÉLÉMENTS. Pensez-vous que l’Espagne d’aujourd’hui souffre d’un déficit de « mémoire complète », c’est-à-dire d’une incapacité collective à reconnaître les crimes et responsabilités des deux camps, et quelles conséquences cela a-t-il sur la polarisation actuelle ?
MICHEL FESTIVI : L’Espagne souffre essentiellement d’une sorte de paraplégie sociale, depuis plusieurs années, l’Histoire mensongère s’est réécrite. La mémoire des gauches est totale, celle du camp opposé, qui a vaincu dans les années 1930, et le communisme soviétique et l’anarchisme libertaire, est reniée, mise de côté, annihilée par le système politique, médiatique, culturel dominant. Imaginez, que le gouvernement socialiste a nommé comme responsable de cette « Mémoire démocratique », l’ancien juge d’extrême gauche, Baltasar Garzón, qui a été interdit d’exercer par la Justice espagnole, pour avoir sciemment utilisé des procédés déloyaux, dans une affaire concernant des membres du Parti populaire. Au parlement, dont la présidente est une socialiste des plus sectaires, Francina Armengol, il est interdit par exemple, de rappeler que sous Franco (1939-1975), l’Espagne était devenue la 9ème puissance économique du monde, et avait connu dans les années 1955/1975, des taux de croissance exceptionnels. On supprime des noms de rues, de villages, on retire des décorations à des personnalités, on exhume des corps, etc. On applique en quelque sorte, ce que George Orwell décrit avec génie dans 1984. Ce n’est pas « un déficit de mémoire », c’est bien pire, c’est une occultation volontaire et organisée du passé. Mon ami Pío Moa qui a préfacé plusieurs de mes livres, parle « de lois soviétiques », comme l’historien américain Stanley Payne.

ÉLÉMENTS. Observez-vous aujourd’hui, dans la société et la classe politique espagnoles, des signes d’apaisement de la mémoire douloureuse de 1936-1939, ou au contraire un regain d’instrumentalisation qui risque de réveiller de vieilles fractures ?
MICHEL FESTIVI : Incontestablement, un regain considérable de vouloir en découdre, et certainement pas d’apaisement. Si le 29 novembre prochain, à l’issue des élections législatives, qui vont renouveler et la Chambre des députés et le Sénat, les gauches sont balayées, espérons que le Parti populaire, poussé par ses alliés, fasse enfin le ménage et supprime ces lois intolérables. l’Histoire appartient à tous les espagnols, elle doit faire l’objet d’un débat contradictoire mais apaisé, et non pas se polariser sur le terrain judiciaire. Mais les gauches ont tout à y perdre, car elles savent pertinemment, que leurs actes entre 1931 et 1939 ont dépassé l’entendement, comme je le décris et l’analyse, à la lumière de très nombreux témoignages. D’ailleurs, en fin d’année, je publie, toujours chez Dualpha, un livre qui s’intitulera : « Le chaos de la IIème république espagnole, dénoncé par des républicains ». Je prends le prisme de revisiter toute cette période, par le biais du témoignage de très fervents républicains de la 1ere heure : Gregorio Marañón, José Ortega y Gasset, Miguel de Unamuno, Clara Campoamor, Miguel Maura, Salvador de Madariaga, Augustí Clavet dit Gaziel, et des dizaines d’autres, qui ont tout fait pour parvenir à la République en avril 1931, et qui très vite ensuite, ont radicalement contesté ce qu’ils voyaient se dérouler sous leurs yeux, m’appuyant de surcroît sur une historiographie espagnole des plus récente et non publiée en France.

ÉLÉMENTS. À l’aube de nouvelles élections en Espagne, quel est le panorama des forces en présence et quelle configuration, selon vous, pourrait sortir des urnes le 29 novembre prochain?
MICHEL FESTIVI : Pedro Sánchez, enlisé depuis des années dans une coalition « Frankenstein », n’a pas eu d’autre choix que de dissoudre les Cortès, et d’organiser de nouvelles élections qui auront lieu le 29 novembre 2026. Pour tenter de conserver le pouvoir, il a agi sur deux plans. Dans le cadre de régularisations massives d’immigrés, beaucoup ont acquis la nationalité espagnole et peuvent voter. D’autre part, il a imaginé devoir conférer le droit de vote aux descendants d’immigrés espagnols, qui vivent le plus souvent en Amérique du Sud. Cette loi, dite « ley de Nietos », permettrait à des personnes qui n’ont plus aucun lien avec l’Espagne, sinon la langue, de voter, alors qu’ils ne paient aucun impôt, aucune charge, aucune taxe en Espagne, et ne participent en rien à la vie du pays. Heureusement, le pouvoir judiciaire a réussi à bloquer en partie, l’application de cette loi des plus scandaleuse. En réalité, les socialistes essaient de truquer les élections, comme ils l’ont fait en février 1936, en modifiant le cens électoral. Aujourd’hui, et notamment à cause de tous les scandales judiciaires qui affectent les gauches, tous les sondages donnent le PP et son allié Vox, largement majoritaire dans les deux chambres, car on vote aussi pour les sénatoriales. Vox surtout a le vent en poupe et obtiendrait plus de 60 députés, alors qu’il n’en a que 33 actuellement. Le PP et Vox ont passé plusieurs accords, dans diverses municipalités, dans certaines régions autonomes et au Sénat. En 2023, le PP et Vox ont raté la majorité absolue (176 députés), à deux ou trois sièges, aujourd’hui les sondages leur octroient plus de 200 sièges, le Sénat restant à droite. Mais restons prudent.

Bibliographie de Michel Festivi :

– Les trahisons des gauches espagnoles – Du républicanisme au totalitarisme : 1930/1936
Éditions Dualpha, collection « Vérités pour l’histoire », 2021, 226 pages.

– L’Espagne ensanglantée : anarchistes, milices socialistes, communistes et révolutionnaires, 1880-1939
Éditions Dualpha, collection « Vérités pour l’histoire », 2022, 268 pages.

– Miguel Primo de Rivera, un dictateur éclairé pour régénérer l’Espagne : 1923-1930
Préface d’Arnaud Imatz. Éditions Dualpha, collection « Vérités pour l’histoire », 2023, 334 pages

– La Désinformation autour du Parti communiste « français » – Préface de Francis Bergeron
Éditions Dualpha, 2024, 352 pages.

– Les griffes de Staline sur l’Espagne républicaine (1936/1939) Préface de Pío Moa
Éditions Dualpha, collection « Vérités pour l’histoire », 2025, 272 pages.

– Francisco Franco, un caudillo pour l’Espagne
Éditions Déterna & Synthèse nationale, collection « Bio Collection », 2025, 146 pages.

– Les Phalanges espagnoles: Dépasser le communisme et le capitalisme
Synthèse nationale, collection « Les Cahiers d’Histoire du nationalisme » n° 32, 2026,156 pages.

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