Le magazine des idées
Le populisme ou la mort, Olivier Maulin, éditions Via Romana, 292 p., 24 €.

Olivier Maulin, roi du roman anarcho-populiste

Éclater de rire presque à chaque page d'un livre n'est pas chose fréquente. C'est pourtant l'effet garanti de la lecture de l’œuvre truculente et picaresque d'Olivier Maulin, génial metteur en scènes des existences cabossées de personnages improbables, bras-cassés poétiques et autres perdants magnifiques. Gloire aux « laissés pour compte » de la mondialisation libérale ! L'anti-modernité joyeuse et émouvante, c'est par ici ! Plongez-y à l'occasion de la réédition du « Bocage à la nage » par les éditions Litos.

Après la réédition de sa Trilogie royale par la Nouvelle Librairie il y a deux ans (En attendant le roi du monde, Les Évangiles du lac et Petit monarque et catacombes), les éditions Litos ont eu la bonne idée de rééditer en ce début d’année Le Bocage à la nage, de l’anti-moderne Olivier Maulin.

Où cacher un dossier compromettant qui pourrait faire tomber plusieurs ministres ? Le directeur du Renseignement Intérieur a la bonne idée de planquer ce document top-secret dans une maison abandonnée à l’ouest de la Mayenne, dans les marches de Bretagne. Manque de chance pour lui – et les agents du contre-espionnage chargés de déposer le dossier -, une communauté anarchiste vit à quelques lieues de là.

Philippe Berthelot est VRP en monte-escaliers pour l’entreprise Top Indépendance et sillonne la Mayenne profonde. Commercial médiocre – une vente en six mois -, il est moqué par ses collègues et fréquemment humilié par son patron. Il vit chez sa grand-mère à Bourgneuf-la-Forêt, dans le pays de Jean Chouan, chef de l’insurrection contre-révolutionnaire mayennaise. Quand il n’échoue pas à vendre des monte-escaliers, il passe ses journées à arpenter le bocage et la forêt de Misedon, boire des coups avec son acolyte – un ancien militaire déserteur surnommé Cro-Magnon -, et aider le seigneur des lieux, propriétaire d’un vieux manoir en ruine.

Une communauté autonome, naturiste et végétalienne

Le domaine de cet aristocrate ennemi du monde moderne héberge une communauté autonome naturiste et végétalienne. La petite société est composée de vagabonds loufoques, de ploucs demi-débiles, mais aussi de militants libertaires et anarchistes qui « tiennent la civilisation pour le grand fossoyeur de l’humanité ». Maulin fait revivre un pan oublié de l’histoire populaire en réinventant une expérience de vie communautaire et autarcique : au début du XXe siècle, des colonies constituées d’anciens ouvriers anarchistes réfractaires au progrès et ne se nourrissant que de végétaux crus, avaient décidé de rompre radicalement avec le monde capitaliste et de s’installer hors de la société.

Comme à son habitude, Olivier Maulin signe des lignes de critique sociale féroces sur notre modernité qui n’en finit plus de finir (sa description du milieu des représentants de commerce – avec le récit d’un séminaire de motivation pour VRP dans un Hôtel Ibis d’une zone commerciale – vaut le détour), et nous présente un panel truculent d’inadaptés et de déçus de notre époque. Les héros de Maulin ne sont pas des intellectuels, plutôt des marginaux, opposés au monde moderne, tentant d’échapper à cette société pesante et au matérialisme vide de sens, qui croient au repli communautaire pour retrouver une gaieté et une insouciance perdues. L’auteur a des mots très justes pour célébrer la beauté du bocage et fait l’éloge de la haie, ce « joyau du bocage, témoignage de la forêt primaire » et critique sa suppression par le remembrement : destruction de la faune et la flore, érosion des sols, inondations, agrandissement des parcelles, monoculture, pesticides… autant de destructions irréversibles qui ont brisé l’équilibre écologique ancestral.

On retrouve les ingrédients d’un excellent Maulin : écriture jubilatoire, gouaille, humour sans filtre, personnages fainéants, inadaptés ou en rupture de ban, grivoiserie, cuites mémorables, camaraderie, communautés autonomes, discours anti-moderne, réenchantement du monde, retour à la terre et paganisme. Bref, un savant mélange de Rabelais, Aymé, Evola et Ellul, tout ça et bien plus encore.

Olivier Maulin, Le bocage à la nage, éditions Litos, 280 p., 8,50€

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