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Olivier Maulin signant ses ouvrages à la Nouvelle Librairie

Olivier Maulin : féérie pour une trilogie royale

Olivier Maulin, l’écrivain de tous les exploits ! « En attendant le roi du monde », le premier roman de sa Trilogie royale que publie les éditions de La Nouvelle Librairie, avait réuni il y a quinze ans dans un même élan enthousiaste « L’Humanité », « Le Figaro Magazine » et « Éléments », avant de remporter le prix Ouest France/Étonnants Voyageurs. Heureux les lecteurs qui partiront à la découverte de l’univers maulinesque !
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La Trilogie royale (En attendant le roi du monde, Les Évangiles du lac et Petit monarque et catacombes) d’Olivier Maulin, c’est la puissance de feu d’une grosse farce poétique avec des personnages échappés du Voyage au bout de la nuit, les flingues de concours d’un A.D.G. et d’un Michel Audiard. Avec en prime, le goût des solstices païens, des bacchanales romaines et des banquets grecs à faire rougir les zombies de la Gay Pride et tous les « mutins de Panurge » du Marais et de San Francisco réunis.

Notre satiriste a fait sienne la remarque de l’écrivain colombien Nicolás Gómez Dávila, auteur du trop peu connu Le Réactionnaire authentique : « Dans la société qui s’esquisse, même la collaboration enthousiaste du sodomite et de la lesbienne ne nous sauvera pas de l’ennui. » À l’instar de Lucien, le héros qui inspire ce triptyque anarchiste et royaliste, Maulin prône dans ses romans l’harmonie dans la débauche. C’est un symposiarque qui veut bien utiliser ses vices dans ses romans pour accéder à un état qui les transcende. « Il faut mettre du rite partout, sinon on est foutus », écrit-il. Et en la matière, faut reconnaître, c’est du brutal !

L’insulte abondante et le coup-de-poing facile

Olivier Maulin n’a pas le cœur sec ni le cul serré quand il écrit. Il a la plume drôle, voire acide, et un talent de dialoguiste indéniable. Ses héros ressemblent à s’y méprendre aux clochards célestes et aux perdants magnifiques de René Fallet et d’Antoine Blondin. Ils ont d’ailleurs l’insulte abondante et le coup-de-poing facile devant la connerie contemporaine, surtout quand ils ont ingurgité quelques ballons de gentiane et pintes de bière. Mais pas que… Certains de ses personnages les plus exaltés ne répugnent pas aussi à passer à l’action directe contre les marchands du temple, aux coups d’État qui finissent mal et aux restaurations royales fantasmées. Maulin est ouvert à tous les fanatismes pour la résurrection du Grand Pan. Ses héros ont le goût du terrorisme burlesque.

Chez cet Alsacien particulièrement attachant, l’ogre rabelaisien a décidé une fois pour toutes d’écraser le cartésien. Sa famille littéraire a des racines profondes qui plongent au cœur de l’Europe buissonnière : du Tchèque Jaroslav Hasek (Brave Soldat Chvéïk) au Finlandais Arto Paasilinna (Lièvre de Vatanen). Comme eux, Maulin redoute par-dessus tout le désenchantement généralisé de la société occidentale. Pour lui, la décadence de l’Europe date du XVe siècle, « à peu près l’époque où le peuple a cessé de danser dans les cimetières », amorçant une longue descente « vers l’ennui mortel et la civilisation bourgeoise ». Il sera donc un « chrétien paillard médiéval à la Léon Bloy, aimant le guignol et le grand style ».

Le baron Ungern-Sternberg croise Bush

Avec son premier roman, En attendant le roi du monde, Maulin explore les dédales de la tradition lusitanienne. En toile de fond ? Dom Sébastien, le roi caché qui restaurera le destin du Portugal pour établir le cinquième empire. Dis comme ça, je sens déjà un premier bâillement. Attendez la suite… Avant de chercher un roi dont ils ne connaissaient pas l’existence, Ana et Romain, couple de Parisiens à la dérive, vont échouer dans une pension de famille miteuse de Lisbonne après 23 heures de bus. Rencontrer Dulce, une pétulante nymphomane, et Cécile qui aboie quand on la baise. Écouter Pépé, un ancien colon d’Angola cloué sur son fauteuil roulant qui tape des fados à faire pleurer des bars entiers. Puis tomber sur Lucien, un grutier qui se prend pour un chaman, et parle en direct et sans intermédiaire avec le baron Roman Fédorovitch von Ungern-Sternberg. Lui, il voyage dans le monde des esprits dès qu’il fait l’amour. Le lecteur ne s’étonnera donc pas de croiser des anges pourchassés par une meute de cavaliers bouriates ni George Bush manquer de s’étrangler en avalant un bretzel. En lisant Maulin, les puceaux pourront toujours apprendre quelques positions originales dans la partouze finale.

Coup d’État à l’Élysée…

Prévenons derechef les prudes de jeter un voile pudique sur les pages décrivant la rencontre avec les esprits de la forêt dans le deuxième opus de cette Trilogie royale, Les Évangiles du Lac. Ce roman d’initiation burlesque suit les pérégrinations d’un publicitaire trentenaire parisien, lassé par la vie de bureau, qui fait l’apprentissage du recours aux forêts le temps d’un week-end à Kruth, une petite bourgade des Vosges alsaciennes. Dans le secteur, il y a aussi l’abbé Nonno, un curé de choc, en rangers, qui pense que « c’est cuit depuis ce laïcard de Philippe le Bel », Suzy la païenne qui jette des crapauds dans les bûchers de la Saint-Jean en criant : « Tournez, tournez, cabus. Devenez aussi gros que mon cul », Fifty-Fifty « sept générations sur les rails dont trois dans le contrôle », disciple de Fourrier et mystique du rail, mais aussi un Grec, un écureuil et Petit Louis, un simple d’esprit.

Troisième et dernier tome de la Trilogie, Petit monarque et catacombes nous plonge dans la mitterrandie finissante. Nous sommes en 1992. Rodolphe Stockmeyer, appelé deuxième classe, fils de vigneron, effectue son service militaire comme loufiat au vestibule d’honneur, au Palais de l’Élysée. La planque est bonne : il observe le président Mitterrand traîner son cancer dans un palais de l’Élysée à la dérive, en éclusant quelques bouteilles de Romanée Conti. Reste le point d’orgue, une scène qu’on lit et relit, une fois, deux fois en riant, dix fois en rêvant qu’elle se produise un jour :

– Agence France Presse, bonjour, a dit une voix.

– Bonjour Monsieur, a répondu Pierrot. Je vous appelle pour vous communiquer une information de la plus haute importance.

– Je vous écoute.

– Alors voilà. Ce matin très tôt, il y a eu un coup d’État à l’Élysée…

Quelques secondes de silence du côté de l’AFP…

– Un coup d’État à l’Élysée ?

– C’est ça.

– Ne quittez pas.

Au bout du fil, des bruits de combiné et des murmures étouffés pendant une minute…

– Un coup d’État, donc… Vous pouvez m’en dire plus.

– Bien sûr. Avec la complicité de la Garde républicaine, un petit commando dont j’ai l’honneur de faire partie a rétabli le roi sur le trône de France, à l’aube, sans tirer un seul coup de feu ni verser une goutte de sang.

– Bonne nouvelle, a dit le type. C’est une super info, les gars. Et comment il s’appelle votre roi ? Louis XXVI ?

– Bois-Bois Ier. – Bois-Bois… Ier ?

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