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Ode à Delphine Ernotte ou la métapolitique selon Patrick Sébastien

Ode à Delphine Ernotte ou la métapolitique selon Patrick Sébastien

On croyait ce fantaisiste plus porté sur la carte des vins que celle du tendre. On se trompait. Telle que le démontre cette déchirante déclaration d’amour de l’humble troubadour à l’adresse de la belle Delphine, duchesse de France Télévisions.

D’abord, il y a ces vers tout en pudeur, foudroyants de beauté : « Delphine si t’avais connu ma pine. On aurait été si heureux. Delphine si t’avais connu ma pine. On aurait été amoureux. Delphine si t’avais connu ma pine. Tu aurais eu les larmes aux yeux. Delphine si t’avais connu ma pine. Ça aurait été merveilleux. » Patrick Sébastien participe donc de cette auguste lignée d’amoureux transis, capable d’ouvrir leur cœur tout en baissant leur caleçon. C’est du François Villon ; mais en mieux.

Il va sans dire que la belle Delphine ne pouvait que succomber devant une telle ode. Elle aurait pu laisser tomber son mouchoir en dentelle, afin que son soupirant le ramasse d’une main empressée. Elle a préféré lui envoyer du papier bleu. Leur belle histoire se poursuivra donc devant les tribunaux pour « outrage sexiste ». Une telle délicatesse l’honore. « Va, je ne te hais point », souffle Chimène à Rodrigue. « Mon Patounet, je t’aime toujours et tu le sais. Signé : Ta Fifine », semble-t-elle lui susurrer. C’est beau.

On sent bien qu’elle brûle d’envie de voir leur idylle naissante étalée sur la place publique, afin que son bonheur soit connu de tous, qu’il éclate enfin au grand jour.

« On aurait niqué en gondole »…

On imagine ainsi sa félicité quand ses avocats diront tout haut ce qu’elle espère tout bas, lorsqu’il leur faudra pénétrer les détails de ce lyrisme amoureux : « Je t’aurais emmenée à Venise. On aurait passé des nuits folles. T’aurais visité ma tour de Pise. On aurait niqué en gondole. »  À côté, Jacques Brel et son Ne me quitte pas ne fait évidemment pas le poids. « Moi, je t’offrirai. Des perles de pluie. Venues de pays. Où il ne pleut pas. Je creuserai la terre. Jusqu’après ma mort. Pour couvrir ton corps. D’or et de lumière. Je ferai un domaine. Où l’amour sera roi. Où l’amour sera loi. Où tu seras reine » ? Tout cela est d’un vulgaire achevé; pas la peine d’avoir fait Hypokhâgne pour en convenir.

D’ailleurs, au contraire de Jacques Brel, Wallon ethno-centré, Patrick propose à Delphine de s’ouvrir au vaste monde : « Je t’aurais emmenée dans les îles. Pour faire l’amour où il fait chaud. Tu aurais pu bronzer tranquille. En caressant mes noix de coco. Mes jolies noix de coco toutes blanches. De plus de cinquante ans. »

Les aveux d’un poète…

Et notre poète, c’est manifestement plus fort que lui, d’en rajouter dans le registre du marivaudage exquis : « J’ai longtemps hésité avant de sortir cette chanson (…) C’est de la farce, de la blague. La seule chose qui me fait peur ce serait qu’elle tape à ma porte en me disant : “Finalement je voudrais la connaître”… » Il est un fait que notre homme n’est pas du genre à exhiber sa p(e)ine.

Ces délicieux prémices sentimentaux, on les a déjà vus dans Le Bonheur est dans le pré (1995) d’Étienne Chatilliez, quand Eddy Mitchell s’épanche en ces termes auprès de Sabine Azéma : « Ça suffit ma belle, pendant des années, chaque fois que tu me rencontrais, tu me regardais en ayant l’air de dire que ma bite avait un goût. » C’est pourtant le début d’une sublime romance éthérée, digne des plus belles heures de cet amour courtois, jadis si cher à la civilisation médiévale. À tel point qu’il faut ensuite quasiment leur jeter un seau d’eau froide pour les déboîter l’un de l’autre.

Et maintenant ? Tout ce que l’on peut espérer, à l’occasion d’un procès à l’occasion duquel on sondera les esprits, mais surtout les cœurs, c’est que Patounet puisse enfin faire de même des reins de Fifine.

De là à réserver une portée ? N’exagérons pas.

Delphine de Patrick Sébastien

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