Carte de vœux

Nouvel an, les cartes de vœux

Ces cartes de vœux réalisées à l’occasion du solstice d’hiver et de la nouvelle année doivent être chargées d'un contenu esthétique, sentimental et « idéologique » spécifique, relativement à la fête elle-même, à notre communauté et à la personnalité de celui ou de celle qui les adresse.
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Le temps est maintenant venu de célébrer le solstice d’hiver, et déjà cette grande fête familiale, dont les racines plongent au plus profond des traditions européennes, doit occuper notre pensée et flatter notre imagination. Une fête de solstice ne s’improvise pas quelques jours à l’avance. Parmi les coutumes qui, à cette occasion, se sont instaurées peu à peu au sein de notre communauté, l’une des plus originales et des plus fécondes est celle qui consiste à s’adresser des cartes de vœux. En effet, entre les coutumes d’ordre communautaire et les coutumes strictement familiales, celle-ci correspond à un troisième niveau organique, celui des relations interpersonnelles ou, mieux, inter-familiales. Notre communauté n’est ni une simple collectivité ni la seule addition des individus ou même des familles qui la composent : elle est une chaîne vivante et diversifiée, dont le type de relations atteste la solidité et la sincérité. Mais revenons aux cartes de vœux qui, parmi toutes les relations interpersonnelles ou inter-familiales possibles, doivent être dès à présent l’objet de notre réflexion.

Il y a cartes de vœux et cartes de vœux. Celles que l’on achète ont infiniment moins de prix et de signification que celles que l’on réalise (ou fait réaliser) soi-­même. Précisons tout de suite que le coût de fabrication de ces cartes ne saurait constituer un obstacle : il est beaucoup plus coûteux d’acheter cent cartes de vœux en librairie que de les faire imprimer soi-même (et à plus forte raison de les imprimer soi-même lorsque l’on dispose d’un peu de matériel…  Et surtout de beaucoup d’imagination pratique).

D’autre part, ces cartes de vœux réalisées à l’occasion du solstice d’hiver et de la nouvelle année doivent être chargées d’un contenu esthétique, sentimental et « idéologique » spécifique, relativement à la fête elle-même, à notre communauté et à la personnalité de celui ou de celle qui les adresse. Que la carte comporte un motif ou un texte, que ce motif ou ce texte (ou les deux ensemble) soient tirés de notre patrimoine culturel ou inspirés par celui-ci à ceux d’entre nous qui jouissent de quelque don graphique ou littéraire, elle doit satisfaire à ce triple impératif et, bien sûr, éviter toute faute et, si possible, toute faute de goût.

Si le sens de la fête du solstice et l’esprit de notre communauté ne devraient poser aucun problème de « traduction » et offrir à chacun un vaste répertoire de thèmes, la vérité oblige à dire néanmoins, que l’affirmation personnelle – jusqu’ici – n’a pas toujours été très manifeste ni très heureuse. Or, en pareille occurrence, que doit être l’affirmation personnelle, sinon d’abord celle de l’héritage familial et régional ? Il n’est en Europe et en France de région qui ne possède ses propres traditions de Noël et son propre répertoire de motifs et de textes : n’est-ce pas là l’occasion de l’explorer et de le faire connaître, plutôt que de recourir, par facilité, à des formes et a des symboles qui, détachés de leur contexte géographique et historique original, perdent beaucoup de leur signification et, dans certain cas, exposent ceux qui les utilisent au ridicule ?

Une belle et riche collection de cartes de vœux engrangée au fil des ans est source de réconfort et de fierté. Mais ces cartes de vœux doivent enfin posséder un style, c’est-à-dire porter la « marque » de celui qui les réalise : une tradition se meurt si elle n’est que répétition. Toutefois en la matière, la modestie est souvent la meilleure garantie du bon goût.


Note historique

La coutume des cartes de Noël et/ou de Nouvel An date d’un siècle environ. Elle se justifie pleinement par le fait que, dans la vie moderne, il devient de plus en plus difficile de présenter de vive voix ses souhaits et ses vœux à tout son entourage. Toutefois, au XVIIIe siècle, on avait déjà l’habitude d’envoyer de courts poèmes à ses proches au moment de Noël, à l’occasion d’un anniversaire, etc. Des feuilles de papier enluminées étaient même vendues à cet usage. (De même, les enfants offraient des vers de leur cru à leurs parents.) Plusieurs personnes revendiquent l’honneur d’avoir « inventé » la carte de vœux moderne ! La première carte aurait été fabriquée en 1842 ou en 1849 par un nommé William Egley ; elle se trouve aujourd’hui au British Museum. En 1844, on note une initiative similaire de la part d’un clergyman de Newcastle, Edward Bradley, et d’un habitant de Birmingham, W. A. Dobson. En 1846, la carte de vœux devient un « produit de masse » : J. C. Horsley en fabrique plus d’un millier. Vers 1870, l’usage s’est déjà répandu dans toute l’Angleterre et commence à toucher les États-Unis et les pays du continent européen.

Attention : n’envoyez pas vos cartes trop tard ! On a pris en France la détestable habitude d’adresser des vœux jusqu’à la fin du mois de janvier voire jusqu’en février. Dans tous les autres pays, les vœux s’envoient entre le 15 décembre et le 10 janvier au plus tard, ce qui correspond à la période réelle du solstice. Il paraît très souhaitable de s’aligner sur cette façon de faire.

Alain de Benoist

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