Moyen Âge, une économie pour demain

Notre collaborateur Guillaume Travers, économiste de son état, publie dans la collection "Longue mémoire" de l'Institut Iliade aux éditions de la Nouvelle Librairie une synthèse lumineuse sur l’économie médiévale et la société féodale, d’où il ressort que le Moyen Âge, trop souvent rejeté dans les âges obscurs, fut un temps de renouveau dont nous avons beaucoup à apprendre.
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ÉLÉMENTS : Dans quel cadre mental se conçoit l’économie médiévale ?

GUILLAUME TRAVERS. Comprendre l’économie et la société médiévales présuppose de s’abstraire du cadre mental qui est celui de la modernité. Les penseurs modernes, dont les économistes contemporains ont poussé la logique à l’extrême, s’efforcent de ne voir dans la société, dans la politique, que le produit de l’action intéressée des individus. La poursuite des intérêts individuels y est l’alpha et l’omega, sur lequel tous les édifices théoriques sont construits. Le Moyen Âge est totalement différent : la vie communautaire y occupe une place centrale. Tout l’ordre social y est subordonné à une vision du bien commun, compris non de manière abstraite, mais comme le bien d’une communauté particulière. Enfin, les valeurs monétaires jouent un rôle totalement secondaire, par comparaison avec les valeurs spirituelles et chevaleresques.

ÉLÉMENTS : Notre terminologie moderne n’est-elle pas impuissante à qualifier l’économie médiévale ? Comment la définiriez-vous à l’aune de nos critères ?

GUILLAUME TRAVERS. La terminologie est très largement piégée. La principale difficulté vient du fait que l’« économie » médiévale n’existe pas de manière autonome par rapport à la « politique », à la « société ». Tous les faits sociaux y sont intimement liés et s’articulent selon une vision organique de l’ordre social. Quels termes utiliser dès lors pour qualifier l’économie médiévale ? C’est d’abord une économique organique et communautaire. Des faits tels que l’interdit de l’usure ne peuvent se comprendre que dans ce cadre. C’est ensuite une économie fortement localisée, territorialisée. Le commerce à longue distance est limité à un nombre très restreint de biens. C’est enfin une économie qui limite le rôle de l’échange marchand et laisse place et des formes beaucoup plus riches de relations entre les hommes : serments personnels, vie communautaire et corporative, etc.

ÉLÉMENTS : Qu’est-ce que le Moyen Âge a à nous apprendre en matière économique ?

GUILLAUME TRAVERS. Le Moyen Âge est un contre-modèle face au capitalisme libéral. Nombre des thèmes qu’il nous donne à penser sont éminemment actuels : l’inscription locale de l’activité économique (« localisme »), la limitation du spectre des échanges marchands et la protection de biens qui doivent échapper à la logique du marché, etc. Tout cela doit nourrir notre imaginaire et nous inviter à repenser notre modèle économique. Notons enfin une chose : le féodalisme, l’économie médiévale se sont mis en place en réponse à une crise très grave, la fin de l’Empire romain, caractérisée par l’effondrement des institutions et une insécurité considérable. Il est permis de penser que les circonstances dans lesquelles est né le féodalisme ont de nombreux traits communs avec la période actuelle. Nombre de nos contemporains ne sont-ils pas déjà en train de se re-localiser, de se ré-enraciner, tant pour des besoins de sécurité que pour garantir une assise économique et alimentaire locale ? Des logiques féodales ne sont-elles pas déjà en train de réapparaître ?

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