Mort de l’historien Zeev Sternhell

L’historien israélien Zeev Sternhell nous a quittés ce dimanche à l’âge de 85 ans. Il aura tout au long de sa carrière beaucoup écrit et beaucoup fabulé. Sa thèse très contestée sur les origines françaises du fascisme, qui aura influencé jusqu’à Bernard-Henri Lévy (lequel, en la matière, n’aura jamais été autre chose qu’un sous-Sternhell pour plateaux télé), aura contribué à la grande confusion ambiante des idées.
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Au-delà du problème posé par ses partis pris idéologiques, la grande faiblesse de Sternhell, particulièrement grave pour quelqu’un exerçant le métier d’historien, est à chercher dans son approche étroitement idéaliste des événements. En expliquant un phénomène politique comme l’irruption et le succès du fascisme par l’influence d’idées pures (les textes boulangistes de Barrès, les livres de Sorel, la doctrine syndicaliste révolutionnaire, les thèses du Cercle Proudhon, etc.) plutôt que par des faits, des bouleversements aussi décisifs que la crise économique de 1929 ou la Première Guerre mondiale, il est passé à côté de corrélations historiques qui pourtant sautaient aux yeux.

Dans son livre sur le syndicalisme révolutionnaire (Édouard Berth ou le socialisme héroïque, Krisis, 2013) Alain de Benoist voyait dans la démarche de Sternhell une forme d’« anachronisme téléologique » (p. 253). Michel Winock avait fait, il y a quelques années, une critique de fond du travail de Sternhell, lui reprochant de « donner au concept de fascisme une élasticité sans limite », « une sphère infinie dont le centre est partout » (pour reprendre un expression de Blaise Pascal) et qui ne désignerait finalement qu’une idée platonicienne dans le ciel rêvé des essences transhistoriques…

Jacques Julliard avait écrit de lui : « Il en va de la propension au fascisme chez Sternhell comme de la pulsion sexuelle chez certains psychanalystes : dès lors que vous en introduisez l’hypothèse au départ, il est impossible de ne pas la retrouver à l’arrivée dans vos conclusions. » L’auteur de Histoire et Lumières, qui avouait lui-même être imperméable à « l’idolâtrie des faits » (sic !). aurait été bien inspiré de relire L’Idéologie allemande de Marx et Engels, qui mettait en garde les intellectuels s’obstinant à vouloir toujours expliquer les événements par les idées (quand souvent il faudrait faire l’inverse), leur reprochant de « marcher la tête en bas »…

Dans l’émission ci-dessous enregistrée le 26 avril 2018 sur le plateau de TV Libertés, nous débattions d’un des livres les plus connus de Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche : l’idéologie fasciste en France, paru en 1983.

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