Michel Audiard

Michel Audiard, un dialoguiste populiste

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Retrouvez Nicolas Gauthier, auteur des Grands excentriques, le mercredi 18 septembre à 18 h à la Nouvelle Librairie, 11 rue de Médicis, Paris 6e. Il présentera le hors-série de Valeurs actuelles, « La France de Michel Audiard ».

ÉLÉMENTS. C’est quoi, la France d’Audiard ?
NICOLAS GAUTHIER : C’est une France qui a connu les affres de la Seconde Guerre mondiale et qui a été élevée dans ceux de la Première, tout en devant affronter les conflits de la décolonisation. Et c’est justement parce que cette France avait grandi dans une époque « lourde » qu’elle savait aussi faire preuve d’une évidente légèreté. J’en veux pour preuve La Grande vadrouille de Gérard Oury, sorti en 1966 : le ton y est aérien, les protagonistes y sont tous plus sympathiques les uns que les autres, et même les soldats allemands y sont seulement dépeints comme un peu lourdauds. Pas d’antinazisme rétrospectif ou de repentance ; bref, un tel film serait aujourd’hui inconcevable.

À rebours de la France d’Audiard, la notre cultive la lourdeur, comme si elle était inconsolable des malheurs qu’elle n’a pas connus ; c’est le syndrome des antiracistes et de leur combat contre un racisme qui n’existe pas, ou alors de manière anecdotique ou résiduelle. C’était aussi ça, la France d’Audiard, une France qui, parce qu’elle avait vécu des événements graves, savait en rire.

ÉLÉMENTS. Pourquoi ça marche encore aujourd’hui Audiard ?
NICOLAS GAUTHIER : Un peu pour les mêmes raisons. Les pouvoirs politiques et médiatiques sont de plus en plus pesants. On nous interdit de boire et de fumer, de rouler vite et de manger gras. On nous oblige à rire à telles ou telles blagues et pas à d’autres. À voter pour les gentils et contre les méchants, ou encore à laisser le vocabulaire des supporters de football à l’entrée des stades ; comme si un match OM/PSG était un tournoi de bridge. Dans cette crise de société, Michel Audiard est un peu une valeur refuge, tout comme l’or dans d’autres crises, financières, celles-là.

Et puis, la France d’Audiard, c’est encore celle des petites gens, des artisans, du bas de la classe moyenne, celle qui se trouve désormais laminée par la mondialisation du monde et l’américanisation de nos sociétés. Cette France, Michel Audiard ne l’idéalise pas, se contentant d’en dresser un portrait à la fois railleur, affectueux et complice. Nul doute que l’homme aurait arboré le gilet jaune ; mais à carreaux, afin qu’il soit assorti à sa gapette.

ÉLÉMENTS. Quelles conditions doivent-elles être réunies pour qu’une société produise un nouvel Audiard ?
NICOLAS GAUTHIER : Je crois qu’elles le sont désormais. Les ligues de vertus ont atteint un tel pouvoir qu’on se dit qu’à côté, l’Armée du Salut du siècle dernier, c’était un peu Village People. Comme toujours, cela passe par l’humour : paradoxalement, les Russes n’ont jamais tant ri que durant la période soviétique. Quand on voit le succès d’un Dieudonné, d’un Laurent Gerra ou d’un Gaspard Proust, on se dit que tout n’est pas perdu. Ce ne sera donc peut-être pas un « nouvel Audiard », terme qui n’a pas grand sens, pas plus que prétendre qu’un Christian Clavier était un « nouveau Louis de Funès », mais des dizaines d’autres qui, chacun à leur manière, se revendiqueront tôt ou tard de son œuvre. Certains, à l’instar de Laurent Gerra, le font déjà.

Mieux, et d’un point de vue plus politique, la « montée des populismes », comme on dit chez Télérama, participe également et à mon sens, de ce même mouvement.

ÉLÉMENTS. Audiard en une œuvre et pourquoi ?
NICOLAS GAUTHIER : J’ai une préférence pour son travail avec Henri Verneuil, cinéaste des plus sous-estimés. Jugez-en de son palmarès, pour ne citer que ceux de ces films dialogués par Michel Audiard : Le PrésidentUn singe en hiverMélodie en sous-solCent mille dollars au soleil ou Le corps de mon ennemi. C’est simple, il n’y a rien à jeter. Mais ce qu’il a accompli avec Claude Miller, Garde à vue et Mortelle randonnée, dans un registre plus noir, voilà qui vaut le détour ou la revoyure. Ces choses dites, quand on voit son pamphlet Vive la France, on se dit qu’un François Ruffin, malgré toute sa bonne et évidente volonté, a encore quelques progrès à faire en la matière.

ÉLÉMENTS. Audiard en une citation ?
NICOLAS GAUTHIER : « Écoute, j’ai été enfant de chœur, militant socialiste, et bistrot. C’est dire si j’en ai entendu des conneries… »

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

S’abonner à la newsletter de la revue Éléments