Jean-Pierre Melville

Melville, le dernier samouraï

Influencé par le film noir hollywoodien, le cinéma de Jean-Pierre Melville a lui-même inspiré de nombreux pairs, de Quentin Tarantino à Jim Jarmusch, de Michael Mann à John Woo. Un passionnant portrait du maître du film noir et de l'ambiguïté qui s'est forgé, en perfectionniste obsessionnel, son propre personnage.
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Autodidacte génial entré « par effraction » dans le cinéma, Jean-Pierre Melville (1917-1973), né Grumbach, n’en finit pas de hanter les écrans, référence plébiscitée par une légion d’héritiers, de Quentin Tarantino à Jim Jarmusch, de Michael Mann à John Woo. L’auteur du Samouraïet de L’armée des ombres a-t-il construit son œuvre à son image, ou s’est-il fabriqué une vie de cinéma ? De ses attributs coutumiers, chapeau et lunettes noires, à son temple claustrophobe des studios Jenner, le refuge hors du monde qu’il acquiert en 1955, en passant par sa misanthropie, ses manies, ses insomnies, son intransigeance, ce qu’il a exposé de sa vraie vie renvoie la même épure, la même ambiguïté, la même énigme que ses quatorze films. Pour tenter de cerner l’homme derrière le masque, Cyril Leuthy plonge dans ses archives – cet ermite autoproclamé ouvrait volontiers les portes de son univers – et son extraordinaire filmographie, influencée par le polar américain, mais pas n’importe lequel : le film noir hollywoodien des années 1940, que Melville a réinventé dans la France des Trente Glorieuses, tout en s’offrant le luxe d’annoncer la Nouvelle Vague.

Salles obscures
C’est après la mort soudaine de son père, emporté comme il le sera lui-même par une crise cardiaque à l’âge de 55 ans, que Jean-Pierre Grumbach s’est enfermé dans les salles obscures. Il en sortira pour faire la guerre et renaître sous le patronyme de Melville, son nom de résistant. Il gardera de ces années de combat et de fraternité la matière obsessionnelle de ses histoires. Honneur, solitude, dépassement de soi, hantise de la trahison et de l’inatteignable perfection : ces thèmes nourrissent une œuvre qui chemine vers l’abstraction, tout en gardant l’ancrage populaire du genre qui l’a inspirée. Avec le concours de deux de ses neveux et d’anciens collaborateurs, comme les cinéastes Volker Schlöndorff, Bernard Stora, et Taylor Hackford, son émule américain, ce portrait tourne autour du mystère Melville pour tenter d’en dévoiler la part intime. Ce voyage fascinant se clôt sur le visage égaré de Delon, alter ego mi-fraternel, mi-filial du cinéaste, tentant de fuir dans le déni, après la mort de celui-ci, l’irréversibilité de leur brouille. Quarante ans plus tôt, c’est aussi un remède à la réalité que son ami avait cherché dans le cinéma. (Arte)

Source : Arte

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