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Jean-Luc Mélenchon, le cheikh des Insoumis

Mélenchon, c’est un hologramme, pas un programme

Quand Jean-Luc Mélenchon, le cheikh des Insoumis, rêve de Matignon, cela donne une coalition très hétéroclite. Un peu auberge espagnole, un peu salade grecque, un peu halal.
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Mélenchon est un magicien électoral qui transforme les défaites en victoires. « Je demande aux Français de m’élire Premier ministre. » Rêvant d’une improbable cohabitation, il a lancé une OPA sur la gauche : la fusion dans la confusion, l’acquisition dans la débandade. En bon jargon corporate, sa Nouvelle union populaire, écologique et sociale, c’est une opération de scalping. Le scalping, c’est la guerre éclair telle que la conçoivent les traders. Pour le coup, les Insoumis ont soumis la gauche en lui offrant une poignée de circonscriptions aux législatives, autant de lots de consolation pour tous ceux qui ont été à Canossa s’agenouiller devant le commandeur des croyants, le cheikh des Insoumis, le grand mufti de Marseille, l’imam de l’islamo-gauchisme : j’ai nommé Jean-Luc Mélenchon. Elles ne lui auront coûté que trente deniers. Il faut toujours acheter à la baisse.

À 21,95 %, tout le monde défile devant vous : les Verts en faillite, les socialistes en déroute, les communistes en péril d’extinction. Belle revanche pour celui qui n’a jamais caché un fond d’amertume et qui a réussi le tour de force de mettre au garde-à-vous de vieux libertaires qui ont ravalé leur « Ni dieu ni maître ». Dieu, ils l’ont trouvé dans les banlieues de l’islam où l’appel du muezzin a appelé à voter Mélenchon ; et maître, ils l’ont subi dans le caporalisme de Mélenchon.

Le Líder Mínimo de l’islamo-gauchisme

Sans son charisme, on se demanderait comment Mélenchon parvient à coaguler toutes les forces centrifuges qu’il a réuni autour de lui. Aymeric Caron qui n’aime pas la viande, l’écarté Taha Bouhafs qui ne l’aime que halal, Fabien Roussel qui ne l’aime que saignante et Alice Coffin qui ne l’aime que sanglante. On cherche des dénominateurs communs et on n’en trouve qu’un seul : l’opportunisme. Je rêve d’un débat entre Alice Coffin et Houria Bouteldja : lesbianité et islamité.

2017 semble bien loin. À l’époque, Mélenchon se déhanchait sur des rythmes latinos : le populisme d’Ernesto Laclau, une sorte de zapatisme tropical à Paris Plages avec la voix éraillée de Raquel Garrido. LFI accomplissait la synthèse du bonnet phrygien et du bonnet péruvien, avec Mélenchon en tête de gondole dans les habits d’un Chávez-sur-Seine. Il pouvait jouer au Líder Mínimo, pas au Líder Máximo, avec la promesse d’une VIe République citoyenne et kolkhozienne.

En 2022, la géographie du mélenchonisme a changé : créolisation et islamisation obligent, elle repose sur le jumelage de la Seine-Saint-Denis et de La Mecque. Adieu le bonnet révolutionnaire, bonjour le hidjab réactionnaire et l’écoféminisme en burkini !

Robespierre avec la voix de Georges Marchais

Chassez le naturel, il revient au galop. Mélenchon est retombé dans les ornières de son gauchisme organique et de ses tentations autocratiques. On ne se refait pas. Un vrai petit chef. Comme Marine, il ne travaille bien qu’en famille avec sa compagne Sophia Chikirou, qui lui surfacture ses services selon la cellule investigation de Radio France. Sa Nouvelle union populaire a même investi son gendre Gabriel Amard, compagnon de Maryline Mélenchon, sa fille. Ça, c’est son côté Jean-Marie Le Pen.

D’ailleurs, depuis la retraite de Jean-Marie, il gagne à tous les coups le concours d’éloquence politique, tour à tour boudeur, charmeur, aboyeur, enjôleur. Il cite Paul Éluard, Victor Hugo, Émile Zola et Éric Drouet. Thèse, antithèse, synthèse, mais comme celles du Parti socialiste d’où il vient. C’est à la tribune qu’il donne le meilleur de lui-même, il y récite un texte qui aurait pu être écrit par Robespierre avec la voix de Georges Marchais. Le hic, c’est que le peuple a disparu de ces reconstitutions historiques parodiques. Plus Mélenchon convoque les prolos, plus les bobos affluent.

En 2012, il avait été défié Marine sur ses terres à Hénin-Beaumont. La working class blanche lui a adressé une claque magistrale. Depuis, il zouke avec la compagnie créole, sauf le vendredi, jour de la prière. La France périphérique l’ayant snobé, il a jeté son dévolu sur les populations qui se trouvent des deux côtés du périphérique selon la recette Terra Nova.

Le mépris de classe des premiers de la classe

Mélenchon surperforme, comme disent les sondeurs, dans les grandes villes, les banlieues de l’islam, les DOM, les catégories populaires et intermédiaires des régimes spéciaux, les intermittents du spectacle, le corps enseignant, les intellos précaires, les créatifs culturels, les étudiants qui végètent à la Fac, plus la fameuse génération climat, celle qui a réglé sa montre sur New York ou Berlin et prend l’avion aussi souvent que dans un film de Cédric Klapisch.

Voici donc un électorat surdiplômé. Avec cela, on ne sera pas surpris que 800 universitaires aient appelé à voter Mélenchon. Telle est la « gauche brahmane », selon le mot de ce charlatan multirécidiviste Thomas Piketty. Piketty est un peu économiste, un peu astrologue, un peu fumiste, un peu mari violent (demandez à Aurélie Filippetti qui avait déposé plainte contre lui pour violences conjugales). Dans l’Inde traditionnelle, les brahmanes représentent la caste la plus élevée, celle des prêtres et des intellos. Piketty ne croit pas si bien dire : le gauchisme est une aristocratie sacerdotale qui ne fait même plus semblant de s’intéresser aux intouchables, ces hors-caste qui votent Marine. C’est étonnant – et révélateur – que Piketty ait recouru à cette comparaison. Forts de leur peau blanche, les brahmanes méprisent les peaux cuivrées, ils sont foncièrement hiérarchiques, inégalitaires et ne conçoivent le monde que sous l’angle de la pureté (eux) et de l’impureté (les autres).

Le Jurassik Marx du gauchisme

Les mélenchoniens vivent dans un Jurassik Marx, parc à thèmes où chacun vient avec son déguisement, qui en communard, qui en marin de Kronstadt, qui en Gavroche façon Netflix, qui en suffragette, qui en guérilléro zapatiste, qui en djellaba. La gauche adore les simulacres fétichisés et les liturgies embaumées. Le mausolée Lénine est son modèle. Elle est incapable de s’avouer ce qu’elle est devenue : pudibonde, liberticide, cagote, pharisienne, maccarthyste. Elle ne vit plus que dans la « double pensée » orwellienne, l’islamo-gauchisme étant son chef-d’œuvre. Dans 1984, la double pensée permet d’abolir les contradictions : être et ne pas être, en même temps, comme dit l’autre. Exemples de double pensée : l’antiracisme qui autorise le racisme antiblanc, le sexe qui n’existe pas sauf chez les trans, etc.

Karl Marx disait que l’histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Grâce à Mélenchon, on sait qu’elle se répète une troisième fois, comme farces et attrapes.

Source : Ligne Droite du 11 mai 2022

Une réponse

  1. Enfin.
    Voilà que sont ouvertes aux lecteurs d’Éléments ces pages de commentaires.
    Gageons qu’elles vont permettre l’échange. Vous devriez avoir un rôle si important à jouer dans le débat.

    Pour ce qui concerne François BOUSQUET : quel délice ! On se sent moins seul dans le désert, plus lucide et plus propre dans sa langue.
    Mais la route est longue pour sortir de la dominance présente. Voir le billet de Mathieu B-C dans le « Figaro » du jour.

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