Match au sommet, Jünger-Evola ! Pour une métaphysique du Travailleur

Les Éditions de la Nouvelle Librairie font paraître un essai inédit de Julius Evola consacré à la figure – centrale, déterminante, métallique – du Travailleur chez Ernst Jünger. Une relecture au scalpel de l’Allemand par l’Italien. Nous avons interrogé son traducteur, Gérard Boulanger.
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ÉLÉMENTS : Qu’est-ce que cet essai d’Evola apporte à l’œuvre maîtresse de Jünger ?

GÉRARD BOULANGER. D’une certaine façon, il la complète. En effet, Jünger avait projeté d’ajouter à « Der Arbeiter » (Le Travailleur) ce qu’il appelait un volet « théologique », reconnaissant ainsi qu’en dépit d’allusions répétées à une « métaphysique » dont il n’explicite pas le sens, cette dimension en était absente. Ce projet inachevé, Evola le mène donc à son terme en soulignant que, loin d’être nouveau, le monde de la domination du Travailleur conjecturé par Jünger se révèle un monde crépusculaire, à défaut de se référer à un principe supérieur, à une légitimation d’en haut. Comme il l’écrivait en 1950 dans Orientations, et aujourd’hui plus que jamais, « un nouveau symbole de souveraineté et d’autorité spirituelle est nécessaire ».

ÉLÉMENTS : Quel sens peut revêtir aujourd’hui la Figure du Travailleur ?

GÉRARD BOULANGER. Au-delà des contingences de lieu et de temps liées à l’écriture de « Der Arbeiter », au-delà des références à la prussianité, à la Compagnie de Jésus ou au « soldat invaincu de la Grande Guerre », la Figure du Travailleur continue de nous interpeller ici et maintenant, essentiellement en termes d’éthique, de style de vie et de conception du monde. Elle fait clairement écho à l’« esprit légionnaire » évoqué par Evola et à la « révolution silencieuse » à laquelle il appelle les hommes restés debout au milieu des ruines afin de préparer le climat spirituel adéquat pour une authentique restauration.

ÉLÉMENTS : Que nous dit cet essai sur les relations personnelles d’Evola avec Junger ?

GÉRARD BOULANGER. Evola n’avait pas l’estime facile et l’admiration moins encore, mais vis-à-vis de Jünger celle-ci est évidente. Elle est d’une autre nature que celle, purement intellectuelle, qu’il put éprouver pour de rares personnalités telles que René Guénon ou Mircea Eliade et renvoie à son équation personnelle de kshatriya (aristocratie guerrière). Mais Evola avait aussi fait de la fidélité à ses engagements (non sans esprit critique, comme l’atteste son essai Le fascisme vu de droite) une règle de vie que l’establishment culturel lui fit payer au prix fort. Or, pour le pestiféré de Rome, le spectacle du sage de Wilflingen polissant sa propre statue et toujours plus sensible au fil des ans à la reconnaissance du demi-monde académique ne manqua sans doute pas d’être, plus qu’une déception, un crève-cœur.

ÉLÉMENTS : Un mot sur la pertinence de l’emploi du terme « Travailleur » ?

GÉRARD BOULANGER. On a tout dit déjà sur l’ambiguïté « classiste » d’un tel choix. Pour autant, ce mot possédait alors une charge symbolique dont on peut penser qu’elle a largement contribué au succès de l’ouvrage, comme du reste à la détestation sans appel de Georg Lukács, marxiste pourtant fort peu orthodoxe. Il n’est pas certain qu’il en aurait été de même si Jünger avait choisi d’utiliser un équivalent évolien tel que l’« individu absolu »…

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