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Le magazine des idées
Louis Pauwels

Louis Pauwels, un aristocrate dans le siècle

Jeudi 5 mai, à 19 heures, dans le cadre des Jeudis de l’Iliade, R. Martin, auditeur de l’Institut Iliade, présentera l’œuvre de Louis Pauwels (1920-1997). Journaliste et écrivain, fondateur du « Figaro Magazine » et compagnon de route de la Nouvelle Droite, Pauwels laisse une œuvre protéiforme qui demeure un jalon essentiel dans le réveil de l’esprit européen.
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ÉLÉMENTS : On sait combien Louis Pauwels a été proche de la Nouvelle Droite et d’Alain de Benoist. Quel rôle ce dernier a-t-il joué dans son évolution intellectuelle ? On a l’impression que, bien plus qu’un compagnonnage intellectuel, c’était une identité de pensées…

R. MARTIN. Si Louis Pauwels fut relativement discret quant à sa proximité avec Alain de Benoist, il n’en demeure pas moins que ce dernier joua un rôle charnière dans la seconde partie de son existence. Alain de Benoist n’a jamais manqué d’exprimer à quel point Louis Pauwels fut subjugué par sa rencontre avec la Nouvelle Droite durant les années soixante-dix, une rencontre qui mena Pauwels à entretenir des liens privilégiés en compagnie de ce courant de pensée grandissant. Fondateur du Figaro-Magazine, Pauwels envisagea même dès sa création d’en faire l’organe de la Nouvelle Droite tant les idées qu’elle diffusait dans la société lui paraissaient porteuses. L’osmose intellectuelle qui se dégageait alors entre les deux hommes fut très bien entretenue d’un côté par le responsable de presse que de l’autre par l’intellectuel : on observa aux confins des années quatre-vingt une multitude de projets et publications allant dans une direction commune que l’on retrouve tant dans le célèbre Comment devient-on ce que l’on est de Pauwels que Comment peut-on être païen ? ou encore Les Idées à l’endroit du même Alain de Benoist. Malgré l’évolution spirituelle, politique et professionnelle de Pauwels au cours des années quatre-vingt – je pense surtout à son implication relativement contrainte au sein du Figaro-Magazine suite à l’instauration d’une police de la pensée dans le monde de la presse ainsi qu’à sa conversion tardive au christianisme –, on sent bien qu’il a toujours su considérer Alain de Benoist comme un camarade de route au poids considérable, y compris à la fin de sa vie. La nature des dernières correspondances entre les deux hommes ne fait place à aucun doute. Quatre ans avant son décès, Louis Pauwels tint à assurer Alain de Benoist de sa « grande estime » et de sa « sympathie acquise » à son égard. Comme si le lien qu’il noua avec Alain de Benoist et la Nouvelle Droite perdurait en dépit de la distance qu’il plaça dans les années quatre-vingt pour se consacrer à une carrière malheureusement éloignée de ses aspirations profondes… J’ai la certitude que la figure d’Alain de Benoist et par-dessus elle, celle de la Nouvelle Droite, planait jusqu’à son dernier souffle.

ÉLÉMENTS : Pauwels a brillé dans bien des domaines. Comment le définiriez-vous ? Comme un journaliste qui faisait de la littérature ou comme un écrivain qui faisait du journalisme ?

R. MARTIN. Louis Pauwels était au-delà du simple journaliste ou du banal écrivain. Il déconsidérait beaucoup le métier de journaliste puisqu’il avoua dans son testament littéraire Les dernières chaînes que c’est le manque d’argent qui l’avait contraint à chercher ses revenus dans le journalisme durant sa jeunesse. Pour lui, le journalisme « entravait son élan créateur, limitait sa production littéraire » en se contentant d’un travail « en surface et dans l’immédiat » tandis que le rôle de l’écrivain était « d’explorer les profondeurs et de chercher le hors temps ». Sans dénier un certain mérite à travers ses fonctions d’éditorialiste, il était paradoxalement bien plus à l’aise dans l’habit d’écrivain détaché du cadre stylistique cher au monde du journalisme. C’est dans ce registre qu’il développait le mieux sa vision du monde et incarnait ce qu’il a toujours été, un aristocrate de l’esprit. Ses pensées les plus poignantes furent celles que l’on retrouva dans ses essais : Ce que je crois, Comment devient-on ce que l’on est ?, L’apprentissage de la sérénité, Les dernières chaînes…

ÉLÉMENTS : Parmi tous ses livres lequel recommanderiez-vous ? Et pourquoi ?

R. MARTIN. Bon nombre de personnes choisiraient Le Matin des magiciens comme étant l’ouvrage le plus emblématique de Pauwels, sûrement parce qu’il est le titre le plus connu de sa bibliographie. Mais celui qui m’a le plus marqué demeure Comment devient-on ce que l’on est, véritable profession de foi éthique, métapolitique et spirituelle de l’auteur. Aucun autre livre de son œuvre ne marquera tant l’apogée de sa réflexion sur le sens de la Vie, l’avenir de la civilisation européenne, la pensée ontologique de l’homme éternel et des racines de notre condition humaine. C’est aussi dans ce livre que Pauwels compris que nous serons de nouveau une civilisation quand nous aurons un modèle d’homme à proposer et vers lequel tendre. Très accessible, cet ouvrage joua d’ailleurs un grand rôle dans mon éveil personnel et politique. Je pense qu’on peut le situer parmi les fondamentaux littéraires pour l’éveil des jeunes consciences à former et structurer mentalement.

ÉLÉMENTS : Parmi toutes ses aventures, laquelle a été selon vous la plus séduisante et la plus stimulante ?

R. MARTIN. Nous pourrions citer le phénomène Planète, symbole du « réalisme fantastique » qui mena à une ébullition littéraire, culturelle, artistique, philosophique et scientifique sans précédent. L’ambition partait pourtant de postulats atemporels développés par Pauwels et Bergier dans le célèbre Matin des magiciens : d’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? L’ouverture d’esprit qui se dégageait de cette réussite bimestrielle était unique en son genre dans la mesure où elle répondait à un véritable besoin d’absolu et d’infini dans nos sociétés occidentales renfermés sur de basses considérations matérielles. À tel point que Planète fut victime de son succès et finit par être apostrophée par tout un pan du bloc monolithique de la pensée dominante, des ecclésiastiques aux sociologues en passant par les artistes… Après plusieurs années de parution et autant de critiques extérieures que de succès sur le plan des idées, la revue cessa par essoufflement de ses créateurs. Il est pourtant incontestable que c’est l’une des plus grandes réussites de la vie de Pauwels au regard de l’influence portée par l’hétérogénéité des auteurs présents et des thématiques traitées à chaque numéro.

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